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Stress hydriqueAu Maroc, des pastèques qui consomment plus d’eau que les humains

04.11.2020 à 12 H 21 • Mis à jour le 04.11.2020 à 12 H 21
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Les surfaces agricoles destinées à la culture de la pastèque, introduite avec le Plan Maroc Vert, sont passées des 400 hectares initiaux à 15 000 en douze ans. Une expansion coûteuse en ressources hydriques, couplée avec la troisième année consécutive de sécheresse, qui devient plus que préoccupante pour les zones arides où le manque d’eau devient intenable pour les populations

L’agriculture marocaine, dont les produits ont toujours été des stars de ses exportations, a connu un « boom » ces dernières années, même si son coût n’est jamais évoqué, en termes de ressources en eau, pour le Maroc, un pays semi-aride.


En d’autres termes, il existe des produits qui, comme la pastèque, consomment plus d’eau par unité qu’une personne.


Le Maroc a adopté en 2008 l’ambitieux Plan Maroc Vert et a choisi de privilégier l’agriculture pour l’exportation, un « succès indéniable » qui n’a cependant pas réussi à inverser la dépendance du pays à la pluie, selon les experts.


Le Haut Commissariat au Plan (HCP), l’organisme qui publie les chiffres macroéconomiques fondamentaux, a récemment souligné que l’agriculture consomme annuellement 87 % des ressources en eau du pays.


« Nous exportons de l’eau vers l’Europe »

Celles qui souffrent le plus de stress hydrique sont les régions du sud (Souss et Draa) : avec un climat aride et semi-aride, l’agriculture traditionnelle coexiste avec d’autres plus modernes et très exigeantes en eau.


L’exemple le plus frappant est la culture de la pastèque dans la province méridionale de Zagora, où le palmier dattier est cultivé depuis des siècles et survit avec très peu d’eau.


Le vice-président de l’antenne de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à Zagora, Ibrahim Rizkou, estime que les cultures « étrangères » à la région, comme la pastèque, sont la principale raison de la crise actuelle de l’eau potable dans une zone qui a vécu en 2017 le « hirak de la soif », avec des protestations sociales contre les coupures d’eau continues.


Hirak de la soif à Zagora en 2017. Archives


« Nous exportons de l’eau vers l’Europe », explique à EFEverde Rizkou.


De son côté, le président de l’ONG Les Amis de l’Environnement à Zagora , Jamal Akchbabe, dénonce l’expansion des surfaces destinées à la pastèque, introduite avec le Plan Maroc Vert : des 400 hectares initiaux elles sont passées à 15 000 en douze ans.


« Un hectare de pastèque consomme 6 000 mètres cubes d’eau par an. Si certains apprécient la douceur d’une pastèque, en voici d’autres qui ne trouvent pas d’eau à boire », se lamente Akchbabe.


Si la pastèque était rentable pour les agriculteurs dans les premières années, l’exploitation « abusive et arbitraire » de la nappe phréatique augmentait la salinité du sol, ce qui réduisait la qualité et la quantité des cultures et poussait les agriculteurs à délocaliser leurs champs de pastèques vers Tata, une région tout aussi aride qui risque de souffrir d’une surexploitation similaire.


Au cours de la saison 2019-20, le Maroc a exporté 241 000 tonnes de pastèques, soit 44 % de plus que la saison précédente, et fait déjà partie des dix premiers producteurs mondiaux.


Selon un récent rapport d’Amal Ennabih, chercheur à l’Institut marocain d’analyse des politiques (MIPA), la politique d’irrigation du gouvernement « pourrait avoir aggravé les inégalités sociales » et rendu la société marocaine « plus vulnérable » aux changements climatiques, mettant en péril la sécurité alimentaire et hydrique du pays.


Ennabih remet en question les politiques actuelles de gestion de l’eau pour faire face à des problèmes structurels avec des « plans émergents et à court terme ».


« L’eau stockée par des systèmes hydrauliques multiples et coûteux est exportée principalement sous forme d’agrumes, d’autres fruits et légumes », donne-t-il en exemple.


Sécheresse structurelle

Le Maroc a ajouté en 2020 sa troisième année consécutive de sécheresse : les 140 réservoirs du pays sont à 39 % de leur volume et à seulement 12 % dans le barrage de Youssef Ben Tachfine dans la région sud du Souss, précisément à la pointe de la production agricole.


Dans la région, plusieurs villes souffrent de coupures d’eau nocturnes depuis le 3 octobre dernier.


Pour l’activiste Hussein Oulhous, originaire de la même région, la sécheresse et l’exploitation « agressive et permanente » de l’eau au moyen d’un système de pompage dans les grandes exploitations agricoles ont contribué à vider les nappes aquifères de la région.


« Dans les années 80, la profondeur d’un puits était d’environ 60 mètres  maintenant, vous devez forer jusqu’à 260 mètres pour trouver de l’eau », a déclaré Oulhous à EFEverde.


De son côté, Mohamed Haqqoun, un agriculteur de la province d’Agadir, également dans le Souss, estime que le pays souffre d’une sécheresse structurelle qui ne permet pas un renouvellement des ressources en eau.


Haqqoun ajoute que malgré la réduction des superficies plantées et la suppression des cultures les plus exigeantes en eau (comme les framboises), des menaces pèsent sur la production de la saison en cours et par conséquent sur les emplois.


« Auparavant, un hectare de poivre me donnait 45 tonnes, mais maintenant ça ne me donne que 20 tonnes, ce qui ne couvre même pas les coûts de production », déplore-t-il à EFEverde.

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