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Pandora PapersÀ Marrakech, les émirs du Koweït s’offrent des villas de maître via les Îles Vierges Britanniques

04.10.2021 à 14 H 00 • Mis à jour le 04.10.2021 à 14 H 03
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Déjà présent au Maroc à travers son association avec Résidences Dar Saada du groupe Palmeraie Développement, le holding familial de l’ancien émir du Koweït, aujourd’hui géré par son fils, s’est lancé dans un tout autre projet à Marrakech en passant par les Îles Vierges Britanniques. Les détails

Le projet est niché à quelques kilomètres au sud-est de Marrakech : l’Assoufid Golf Club prend la forme d’un gigantesque complexe comprenant un terrain de golf, un clubhouse, un hôtel à construire et des villas à vendre. Un emplacement de choix, à l’abri des regards et bénéficiant d’un large terrain sur lequel le projet est érigé.


Officiellement et comme indiqué sur son site internet, le propriétaire des lieux n’est autre que la North Africa Holding Company, structure koweïtienne créée en 2006 et rattachée directement au Kuwait Projects Company (KIPCO). Même chose pour le gestionnaire des lieux : l’United Gulf Holding Company qui relève aussi de KIPCO.


Puissant holding dans les pays du Golfe mas aussi dans la région d’Afrique, KIPCO a pour ultime bénéficiaire la famille émirienne régnante. En plus du Koweït et d’autres pays voisins, KIPCO investit dans plusieurs autres pays arabes, dont notamment l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte et le Maroc.


Décédé en septembre 2020 à l’âge de 91 ans, le cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Sahab et sa famille en sont donc les propriétaires. À la tête de l’émirat, l’ex-émir est depuis remplacé par son demi-frère (84 ans), Cheikh Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, tandis qu’au siège de « chairman » de KIPCO, c’est le fils qui a remplacé le père.


Au-delà de l’Assoufid Golf Club, les Al-Sabah sont associés avec un spécialiste de l’immobilier au Maroc : le groupe Palmeraie Développement, appartenant à la famille des Berrada Sounni.


Aujourd’hui, le groupe immobilier est connu à travers sa filiale Palmeraie Immobilier, se consacrant aux résidences de luxe : Les Jardins de l’Atlas à Marrakech, le California Golf Resort à Bouskoura, le Palm Square.à Casablanca, les Jardins de Malabata à Tanger. Dans sa communication, Palmeraie Immobilier indique un chiffre d’affaires, pour l’année 2017, de 691 millions de dirhams (MDH), avec un investissement de près d’1,5 milliard de dirhams.


Mais avant de se consacrer à ces projets en vogue, les Berrada Sounni avaient investi dans le business très lucratif des appartements économiques et moyen-standing, par le biais des Résidences Dar Saada. Aujourd’hui cotée à la Bourse de Casablanca et dirigée par le fils du patriarche, Hicham Berrada Sounni, la structure a pour actionnaire discret North Africa Holding Company, détenant 7 % des parts et représentée par Tariq Mohamed Youssef Abduslam.


Du Koweït à Marrakech, un montage complexe

Mais c’est Marrakech qui nous intéresse. Car c’est bien à partir d’elle, qu’on remonte aux Îles Vierges Britanniques pour finalement atterrir au Koweït.


Selon des documents à notre disposition, obtenus dans le cadre des Pandora Papers, l’enquête internationale pilotée par le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ), mais aussi en puisant dans la précédente enquête des Panama Papers, la famille koweïtienne ne s’est pas contentée d’investir à travers une structure marocaine, en l’occurrence Assoufid Palace, dans le projet de Marrakech.


Dans certains cas, elle a eu plutôt recours à des sociétés enregistrées aux Îles Vierges Britanniques, apprend-on auprès de l’ICIJ. C’est le cas pour au moins deux lotissements repérés.


Pour cela, un montage complexe a été mis en place : les dites propriétés sont détenues à travers deux sociétés marocaines, prenant la forme de SARL : Tiglio et Pacato. Celles-ci sont à leur tour détenues par deux structures inscrites aux Îles Vierges Britanniques : Tolland Consultants Limited (Ltd) et Niteshade Corporation. Les deux compagnies ont un lien direct avec la North Africa Holding Company.


D’après des informations obtenues depuis le registre de commerce marocain, la gérance et la gestion des deux sociétés est confiée à tout d’abord Sally Ozanne en 2006, avant que deux nouveaux gérants ne soient nommés un an plus tard :  Michèle Batiste et Timothy Howarth. Tous les trois sont de nationalité britannique et opèrent dans le cadre de l’intermédiaire utilisé et qui est le cabinet Hamilton Trustees Limited. Installé dans un paradis fiscal, qu’est Guernesey, le cabinet sert exclusivement à diriger les entreprises, sous mandat du bénéficiaire effectif qui demeure caché.


Pour leurs opérations immobilières, les Koweïtiens ont eu d’abord recours au très controversé cabinet Mossack Fonseca &  Co, rendu célèbre par le scandale des Panama Papers, avant de décider de changer et de se diriger le cabinet Trident Trust. La raison ? « Insatisfaction avec le précédent cabinet Mossack Fonseca &  Co », indique un formulaire dont Le Desk détient copie.


Selon des sources marocaines, on apprend qu’en avril 2013, pas moins d’un million de dirhams sont injectés dans chacune des sociétés. L’opération est faite en ayant recours aux services, à Casablanca, du cabinet Saadi Hdid Consultants. Celui-ci aujourd’hui n’existe plus, après le départ de Mohamed Hdid, expert-comptable réputé au Maroc.

 

Se fiant aux informations du registre de commerce de Marrakech, on constate par ailleurs que Sally Ozanne et Saaidi &  Hdid Consultants se croisent dans plus de 12 sociétés toutes domiciliées chez le cabinet d’expertise-comptable. (Cedrina, Turchino, Tiglio, Pacato, Raccolta, Bordage, Veduta, Badessa, Calandra, As Time Goes By et Dafina).


Toujours au niveau du capital de sociétés immobilières, et selon les documents des Panama Papers, en 2015, 490 000 euros (environ 5 millions de dirhams) seront injectés dans la SARL Tiglio, propriétaire de la villa 108 à Marrakech. Cet argent provient notamment d’un crédit accordé le 29 septembre de la même année par l’United Gulf Bank of Bahreïn, appartenant au holding KIPCO…


Si le projet de golfe est officiellement tenu par une SARL du nom de Assoufid Palace, il semblerait que le management de KIPCO ait choisi de recourir à des paradis fiscaux pour détenir certaines propriétés. Dans une correspondance adressée au chairman de KIPCO, l’ICIJ et Le Desk ont posé pas moins de huit questions pour tenter de comprendre le montage utilisé et la raison d’avoir eu recours aux Îles Vierges Britanniques. Aucune réponse ne nous a été fournie.


Aujourd’hui, le projet Assoufid comporte plus de 10 villas déjà vendues, un terrain de golf et un hôtel à construire. Selon nos informations, une deuxième tranche est prévue dans le projet, avec la construction de 80 autres villas sur une superficie de 420 hectares, avec pour chaque habitation une superficie de 3 000 à 4 000m2, apprend-on. Un projet dont le véhicule d’investissement n’a cependant toujours pas été précisé…

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Par @soufianesbiti
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