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PolitiqueHausse des prix, élections, gazoduc…Benkirane à Akhannouch : « Vous êtes Nelson Mandela ? »

20.04.2022 à 12 H 59 • Mis à jour le 20.04.2022 à 13 H 39
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Visiblement très remonté contre Aziz Akhannouch, qui a attribué la cause de la hausse des prix au PJD lors de son passage au parlement, Abdelilah Benkirane n’a pas mâché ses mots pour défendre son bilan et régler ses comptes avec son adversaire politique. Florilège de son live Facebook

Retour du duel entre Abdelilah Benkirane et Aziz Akhannouch ? Après une période d’accalmie, le patron du Parti de la justice et du développement (PJD) a de nouveau fait une sortie sur Facebook au soir du 19 avril pour tancer le chef du gouvernement. Au menu de ce live ramadanesque : une réplique à des accusations d’Aziz Akhannouch. Un prétexte pour régler ses comptes avec le milliardaire dont l’écurie politique, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a délogé le parti de la lampe du gouvernement après dix ans au pouvoir.


En réponse à des propos tenus par son adversaire lors de la séance plénière consacrées aux questions orales mensuelles, le zaim islamiste n’a pas mâché ses mots. D’abord, sur la hausse des prix des carburants, conséquence selon Aziz Akhannouch de la libéralisation du secteur réalisé sous le mandat de Benkirane. « C’est une réforme dont je suis fier. Et personne ne me l’avait demandé, ni Sa Majesté, ni le FMI, ni la Banque mondiale. Quand je suis arrivé à la tête du gouvernement, tu en étais témoin, j’ai trouvé que la caisse coûtait entre 54 et 57 milliards de dirhams », rembobine-t-il.


À une question de Abdellah Bouanou, chef du groupe parlementaire PJD, Aziz Akhannouch avait rétorqué : « Si votre objectif est de revenir à la caisse de compensation après avoir libéralisé les hydrocarbures, je vous propose de consulter votre chef, je ne pense pas qu’il voudra. » Une réponse qui a manifestement provoqué l’ire du secrétaire général du parti de la lampe, pour qui le patron du RNI était « très content » de la réforme. « Comment se fait-il que vous ayez changé d’avis ? », lui demande-t-il.


Et d’adresser au passage une série d’accusations aux pétroliers sur une éventuelle entente qui leur aurait permis d’engranger « 17 milliards de dirhams supplémentaires ». « N’y avait-il aucune erreur dans la réalisation de la réforme ? Si, il y en avait une : je croyais que la concurrence allait jouer pleinement sur le marché et induire la baisse des prix. Ça ne s’est pas fait car, probablement, je vous le dis franchement, vous, à travers vos hommes, et les présidents des autres sociétés, vous vous êtes mis d’accord sur une manière de continuer, d’une façon ou d’une autre, à engranger ce que vous gagniez à travers la caisse de compensation, voire plus, ce qui va à l’encontre des principes, des valeurs, et de l’éthique. »


Autre accusation à peine voilée : avant la libéralisation du secteur, les pétroliers présentaient « un simple papier pour demander la compensation ». « Nous n’avions aucun moyen, en tant que gouvernement, de vérifier la quantité de pétrole achetée (…), on vous donnait l’argent sur présentation d’un papier ». Il ajoute, sibyllin : « Honnêtement, j’avais des doutes sur votre probité. »


« Vous ne pouvez pas dire que vous êtes impuissant »

Sur la hausse des prix d’autres produits de base, objet d’un communiqué publié le 16 avril par le PJD, l’ancien Chef du gouvernement dit : « Ssi Aziz a dit qu’il n’avait pas de baguette magique (…) Ce n’est pas normal. Quand le Chef du gouvernement dit qu’il n’a pas de baguette magique, il doit démissionner. Quand vous êtes élu par le peuple et que vous êtes nommé par Sa Majesté, vous ne pouvez pas dire que vous êtes impuissant. Le peuple demande, avec les moyens et les prérogatives que vous avez, que vous preniez les mesures nécessaires pour atténuer cette vague de hausse des prix, ce que vous n’avez pas fait jusque-là. Puis que vous sortiez de votre silence pour expliquer aux gens les raisons de cette hausse », lance-t-il, évoquant aussi au passage les contrats passés par la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) dans le cadre du programme Forsa.


Visiblement en colère contre le président du RNI, Abdelilah Benkirane affirme agir sans volonté de revanche contre celui qu’il désigne comme responsable du blocage ayant conduit à son limogeage par Mohammed VI en 2017. « Je ne vous considère pas comme un ennemi », assure-t-il, affirmant même avoir modéré la colère de ses troupes qui, au lendemain de la défaite cuisante du PJD le 8 septembre, penchaient vers une opposition tous azimuts.


« La presse a même dit que je vous soutenais. Et je n’ai pas de problème à vous soutenir. C’est vous le Chef du gouvernement, pas moi. Mais vous ne pouvez pas m’accuser injustement pendant que je vous soutiens », poursuit-il.


Et de s’ériger en conseiller politique d’Aziz Akhannouch : « Je n’aime pas que le chef du gouvernement dise ne pas avoir de baguette magique. Le chef du gouvernement du royaume doit dire aux gens qu’il va, tant que faire se peut, régler certains problèmes et expliquer pourquoi il ne peut en régler d’autres. »


En filigrane, l’homme remet encore en cause la légitimité de Aziz Akhannouch, dont le parti est passé « de 300 000 à 2 millions de voix ». « Vous êtes Nelson Mandela pour arriver à une telle prouesse ? », moque-t-il.


« Peut-être avez-vous fait des promesses qui ne peuvent être tenues et que vous avez distribué de l’argent et des paniers au mois de ramadan », fait-il mine de s’interroger, avant d’enchaîner : « Puis où sont les paniers cette année. En tant qu’homme riche, c’est maintenant que vous devez distribuez des paniers et non pendant les élections. »


Toujours sur le ton du conseil, il met en garde son adversaire contre la diabolisation du parti de la lampe : « Utiliser le PJD comme marchepied en essayant de montrer que vous êtes contre le parti ne fonctionne pas. D’autres avant vous, plus forts et meilleurs que vous, ont essayé de le faire, avant de tomber. Je ne veux pas citer leurs noms car je les respecte. »


Autre sujet de discorde : la fermeture du robinet du gaz algérien via le Gazoduc Maghreb-Europe. Pendant la séance consacrée aux questions orales, Aziz Akhannouch a accusé le parti de la lampe de n’avoir rien dit « jusqu’au dernier moment sur la fin du contrat gazier avec l’Algérie ».


Une accusation qualifiée de grave par Benkirane, qui prend la défense – fait rare – de son prédécesseur Saâdeddine Elotmani. « Avez-vous une once de bon sens ou vous dites n’importe quoi ? Le contrat allait prendre fin le 31 octobre. Est-ce que le Maroc ne savait pas ? (…) C’est une décision souveraine. Le premier à devoir être est courant, est-ce sidna ou vous ? Pourquoi vous ? En tant que distributeur de gaz ? », rétorque l’ancien chef du gouvernement.


« Je ne suis pas d’accord avec les gens qui vous demandent de partir mais si vous continuez ainsi, il faut savoir qu’il y a des choses qui sont inacceptables, surtout en ce qui concerne la politique étrangère. D’ailleurs, je vous fais une confidence, Sidna suivait lui-même le sujet », assure-t-il.

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