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EnergieUn nuage de méthane géant aperçu près du gazoduc algérien qui alimente l’Espagne

24.06.2022 à 19 H 59 • Mis à jour le 24.06.2022 à 20 H 07
Par
Abdelmadjid Tebboune
D’imposants panaches de méthane ont été détectés près du gazoduc algérien MedGaz qui alimente l'Espagne. Le CH4 est le deuxième gaz qui contribue significativement au réchauffement climatique, après le dioxyde de carbone (CO2). La présence de ces émissions causées par des fuites très importantes seraient-elles en rapport avec la crise avec l’Espagne ? Explications

De puissants panaches de gaz à effet de serre ont été repérés par satellite dans le nord-ouest de l’Algérie à proximité d’Oran, deuxième ville du pays et près d’un conduit relié au gazoduc Medgaz qui fournit environ un quart du gaz naturel consommé en Espagne, apprend-on de l’agence Bloomberg.


Trois panaches ont été observés par un satellite de l’Agence spatiale européenne (ESA) les 26 et 27 mai. Le plus grave avait un taux d’émission de 118 tonnes de méthane par heure et se trouvait à environ 13 kilomètres de ce qui ressemble à un pipeline de distribution relié au gazoduc Medgaz, selon l’analyse de la société de géoanalyse Kayrros SAS et Global Energy Monitor.


Crédit : Kayrros SAS / Bloomberg


Le panache se trouvait à environ 50 kilomètres du conduit principal. Selon les estimations de Kayrros, un pic d’émission d’une heure aurait le même impact climatique à court terme que les émissions annuelles de plus de 2 000 voitures américaines.


Des émissions observées près du champ gazier de Hassi R’Mel dans l’est du pays indiquent que ce champ laissait échapper du méthane depuis près de 40 ans, rapportent des scientifiques.


La société pétrolière et gazière publique algérienne Sonatrach, qui possède et exploite la quasi-totalité de la section du gazoduc Medgaz qui va du champ de Hassi R’Mel à la côte algérienne, a refusé de commenter l’incident. Tout comme un porte-parole du ministère de l’Énergie du pays.


Naturgy Energy Group S.A., qui exploite la partie du gazoduc Medgaz qui passe sous la mer d’Alboran pour déboucher en Espagne, s’est également murée dans le silence. Naturgy et Sonatrach ont annoncé en juillet dernier qu’ils étendaient la capacité du gazoduc de 25 % à un total de 10 milliards de mètres cubes par an à partir du quatrième trimestre 2021 et ce pour compenser davantage la fermeture unilatérale par Alger du gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui traverse le Maroc.


Le président de Naturgy, Francisco Reynes, avait déclaré que l’infrastructure « renforce la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel de l’Espagne et est essentielle pour fournir des garanties et de la stabilité au processus de transition écologique et de décarbonisation ».


Des raisons inavouables de rompre les contrats gaziers ?

Mais si l’Algérie, qui fournit environ 8 % des importations de gaz de l’Europe, et est le troisième fournisseur du continent après la Russie et la Norvège, ne peut pas freiner les rejets massifs et soutenus de méthane observés par satellite, cela pourrait compromettre sa capacité à jouer un rôle dans la transition énergétique de l’Europe qui cherche à se sevrer de Moscou. En effet, l’Union européenne exige le contrôle des fuites que ce soit en Europe ou en dehors du continent.


Geoff D. Porter, expert du cabinet North Africa Risk Consulting Inc, connu pour son tropisme algérien, affirme que la probabilité de voir le voisin de l’Est suspendre ses livraisons de gaz à l’Espagne ne doit pas être écartée. Il en veut pour explication l’avantage que le pays pourrait en tirer sur le marché spot, alors que sa capacité à fournir son client ibère est en déclin, évincé en cela par le GNL américain et que son intérêt se porte davantage sur l’Italie. La prédiction de Porter confirmerait en fait que le régime algérien n’est pas un partenaire fiable pour l’Europe.


Les spécialistes ne savent pas à l’heure actuelle si les importantes fuites constatées sur MedGaz sont le fait volontaire des autorités algériennes dans leur recherche de justifier, autrement que par un acte de coercition économique, un arrêt programmé de l’approvisionnement de l’Espagne avec qui les relations politiques sont au plus bas depuis que Madrid a épousé les thèses de Rabat sur la question du Sahara Occidental.


Après avoir annoncé la suspension du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération conclu en 2002 avec l’Espagne, l’Algérie qui avait rappelé son mars dernier son ambassadeur à Madrid en signe de protestation contre la décision du gouvernement Sanchez de soutenir le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara le jugeant comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend », avait franchi un nouveau cap dans son escalade de tensions le 8 juin.


Dans une directive adressée à ses affiliés, l’Association algérienne des banques et établissements financiers (ABEF) avait annoncé le gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de produits de et vers l’Espagne à partir du 9 juin.


Des effets de manche et des mesures de représailles qui ont fini par provoquer l’ire de l’Union européenne forçant le régime algérien à rétropédaler après une sévère mise en garde de Bruxelles.

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