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Trafic d'êtres humainsMigration: Rabat, Madrid et Bruxelles conviennent d’une task force commune face aux mafias

08.07.2022 à 14 H 21 • Mis à jour le 08.07.2022 à 14 H 44 • Temps de lecture : 8 minutes
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L'Union européenne et le Maroc conviennent d'actualiser la coopération en matière de migration et de l'étendre aux nouveaux modes de fonctionnement des réseaux de traite des êtres humains. Le nouveau partenariat entre le Maroc et la Commission européenne sur les questions migratoires comprendra le renforcement de la collaboration entre la police et les agences de l'UE avec les autorités marocaines et le lancement d'enquêtes conjointes

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande Marlaska, et la commissaire aux Affaires intérieures de l'Union européenne, Ylva Johansson, ont rencontré ce matin à Rabat le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, une entrevue qui a lieu exactement deux semaines après de la tragédie de Melilla qui a causé la mort d'au moins 23 émigrants.


La rencontre a débuté après onze heures du matin au siège du ministère de l'Intérieur, à Rabat, mais elle n'aura pas de couverture médiatique au-delà des photos et vidéos officielles qui diffusées par les canaux officiels marocains et espagnols. Sur les détails du contenu des discussions, l'Union européenne et le Maroc actualisent leur coopération en matière de migration, selon une note du ministère de l'Intérieur espagnol dont Le Desk a obtenu copie.


Coopération tripartite élargie

Ce nouveau partenariat prévoit des mécanismes pour faire face aux nouveaux modes opératoires des réseaux criminels de trafic d'êtres humains. Lesdits dispositifs comprennent l'appui à la gestion des frontières, le renforcement de la coopération policière, y compris les enquêtes conjointes, la sensibilisation aux dangers de l'immigration irrégulière ainsi que le renforcement de la coopération avec les agences de l'Union européenne.


De source proche du dossier consultée par Le Desk« le dispositif convenu devrait concerner une task force commune pour contenir les assauts et enquêter sur les mafias pour les démanteler à la source ».


Il s'agit de la première visite au Maroc du ministre espagnol depuis que Madrid et Rabat ont surmonté leur crise diplomatique en mars dernier et elle intervient deux semaines après la tragique tentative de passage à Melilla, qui a fait 23 morts selon les chiffres officiels marocains, une trentaine selon les estimations des ONG, qui ont demandé une enquête sur les actions de la police marocaine et espagnole.


Le gouvernement à travers son porte-parole, a qualifié hier l'attentat, le plus meurtrier enregistré à Melilla, d' « inédit », « très violent » et le résultat d' « un plan délibérément orchestré, et en dehors des modalités habituelles de passage des migrants ».


Les autorités marocaines, qui jugent 61 émigrants pour faits graves du 24 juin, affirment que les morts ont été causées par l'écrasement dans une avalanche qui s'est produite à l'intérieur du poste frontière auquel les migrants ont accédé et par la chute de plusieurs d’entre eux du haut d’un mur qu’ils ont escaladé pour accéder à l’enclave de Melilla, mais les organisations des droits de l’Homme et certains migrants, accusent également les forces de l’ordre de brutalité et ont réclamé qu'une autopsie soit pratiquée sur les corps des victimes pour clarifier les raisons exactes de leur décès.


Les évènements de Melilla, la goutte de trop

Le 24 juin dernier s'est produit ce que la presse qualifie de « vendredi noir ». Quelque 2 000 migrants ont pris d'assaut la clôture métallique qui sépare Nador de l'enclave espagnole de Melilla.


Des migrants trop nombreux, des forces de police prises par surprise, autant de critères qui ont conduit au décès d'au moins 23 clandestins, ne manquant pas de faire réagir les ONG et gouvernements à l'international, demandant l'ouverture d'enquêtes afin de clarifier les circonstances de ces décès.


Dans ce sens, la Procureure générale de l'État espagnol, Dolores Delgado, a signé un décret confiant une enquête à Beatriz Sánchez, Procureure de la Chambre de coordination pour les étrangers.


Au même moment, l'enclave espagnole de Ceuta (Sebta) a également été prise d'assaut, mais aussitôt mise en échec. Les éléments de la préfecture de police Tétouan, en coordination avec les services de la Direction générale de la Surveillance du Territoire (DGST), ont arrêté 59 candidats à l'immigration clandestine.


Des mafias à l'origine de ces assauts ?

L'une des premières réactions de Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, a été de pointer du doigt les « mafias qui font du trafic d'êtres humains ».


Ses propos seront ensuite confirmés par les migrants arrêtés lors de l'assaut de Melilla. Plus de 60 clandestins attendent leur procès au Tribunal de première instance de Nador. L'enquête judiciaire a permis de lever le voile sur des réseaux criminels de trafic d'êtres humains qui opèrent depuis le Soudan, et ce, jusqu'aux montages de Nador.


L'Espagne étant le seul pays de l'Europe à avoir une frontière terrestre avec l'Afrique, les passeurs s'en donnent à cœur joie. Cependant, pour faire appel à des réseaux de trafic d'êtres humains, il faut avoir de l'argent à débourser. Or, beaucoup de migrants n'ont pas les moyens de se payer ce « service ».


Selon Abdeslam El Mokhtari, expert en migration, dont les propos ont été rapportés par l'agence de presse espagnole EFE, il existe des organisations criminelles qui aident les migrants à traverser la frontière comme celle entre l'Algérie et le Maroc, mais également des réseaux qui dirigent des actions à l'instar des évènements de Melilla. « La traversée vers l'Espagne nécessite le consentement des passeurs », a-t-il déclaré.


Treize migrants accusés de trafic d'êtres humains notamment, dans l'attente de leur procès, ont expliqué comment ils sont passés par les réseaux d'immigration. Pour traverser la frontière entre le Soudan et la Libye, ils ont payé entre 50 et 70 euros.


Arrivés en Algérie, les prix augmentent pour atteindre entre 300 et 500 euros afin de tenter de pénétrer sur le territoire marocain. Comme nous le rapportions, un Malien de 35 ans qui se fait appeler « Boss », opère entre l'Algérie et le Maroc.


Selon les témoignages, « Boss » serait installé dans une ferme à Maghnia en Algérie, à 10 kilomètres de la frontière marocaine. Ici, les migrants se réunissent et attendent des semaines jusqu'à ce que les garde-frontières se relayent. De là, les membres du réseau criminel les emmènent par groupe de 30 ou 40 personnes.


Accueillis par un Marocain, ils s'installent quelques temps à Oujda avant d'être transférés à Berkane en voiture, où un Tchadien les reçoit un certain temps avant de se rendre près de Nador.


Un Soudanais nommé Ahmed se présente alors comme étant le chef des camps dans les montagnes. « Il portait un masque pour se distinguer du reste des commandants des groupes, alors qu'ils portaient des mouchoirs, se considéraient comme un degré plus élevé que les migrants et étaient chargés de les former », a déclaré l'un des accusés.


L'organisation est stricte : des sous-groupes étaient chargés de surveiller les forêts pour guetter les forces de l'ordre marocaines, la gestion des problèmes au sein du camp et la recherche de nourriture. Chaque migrant doit payer 20 dirhams à chaque repas, selon l'un des migrants, ajoutant que « si quelqu'un enfreignait les règles, ils le punissaient ».


Selon cette même source, le chef de camp et ses assistants apprennent à quelques migrants l'utilisation d'armes telles que des pierres, des bâtons et de couteaux. Pour rappel, 640 bâtons et 13 crochets métalliques ont été confisqués lors de l'assaut de Melilla.


« Au premier plan se trouvaient des dirigeants et des personnes formées pour résister à la police. D'autres étaient chargés d'ouvrir la clôture », ajoute le Subsaharien dans sa déclaration.


Risquer la mort pour un avenir meilleur

Certains des migrants qui ont réussi à poser le pied sur le territoire espagnol ont été expulsé vers d'autres villes marocaines, alors que 133 d'entre eux, pour la plupart du Soudan, séjournent au Centre temporaire pour migrants (CETI) à Melilla.


Le voyage aura été long. Les témoignages recueillis ont démontré qu'il a fallu sept mois pour traverser les 5 000 kilomètres qui séparent le Soudan du Maroc.


L'agence de presse espagnole EFE a relayé les périples de mineurs, notamment Sami, tout juste de 16 ans et qui ère désormais dans les rues de Rabat.


« Ils nous ont jetés les uns sur les autres », a déclaré l'adolescent, se remémorant les évènements du 24 juin. Il serait arrivé au Maroc en 2020, après avoir été emprisonné pendant quatre mois en Libye, où il aurait été torturé.


En 2021, Sami a tenté d'escalader la frontière de Ceuta. Une première tentative qui lui a valu un bras cassé, et une seconde où il a été gravement blessé à la jambe. Fuyant la mort au Soudan, il ne veut pas « mourir sur la clôture ». 


Moussa, un Soudanais âgé de 15 ans, a également témoigné auprès de EFE : « nous avons commencé à bouger à une heure du matin et nous marchions toute la nuit », jusqu'à atteindre la clôture.


« Ils nous ont jeté du gaz, nous ont jetés par terre et nous ont battus. Nous avons passé huit heures au sol sans eau », a-t-il déclaré. Sami et Moussa ne sont pas des cas isolés, adolescents et adultes sont livrés à eux-mêmes dans plusieurs villes du Maroc, sans rien et vivant au jour le jour.


L'Association marocaine des droits humains (AMDH) à Nador a entamé une série de publications Twitter, dans laquelle elle lance des avis de recherches pour les proches des migrants qui ont été dispersés dans différentes villes du Maroc.

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