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SocialLeur manifestation réprimée à Rabat, les syndicats de la Santé promettent l’escalade

11.07.2024 à 00 H 21 • Mis à jour le 11.07.2024 à 00 H 29 • Temps de lecture : 6 minutes
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Réunis à Rabat pour manifester contre « l’indifférence » du gouvernement face à leurs revendications, les professionnels de la Santé ont été dispersés au canon à eau par les forces de l’ordre. Les syndicats, engagés depuis fin juin dans la protestation envisagent de durcir leur mouvement

« Un niveau de brutalité sans précédent ». Après une série de grèves et de manifestations entamée depuis juin dernier dans le cadre de son récent programme de protestation, la coordination des syndicats de la Santé a entamé depuis hier le troisième round de sa grève nationale, conjuguée à un sit-in devant le parlement et une marche nationale. Ce mercredi matin, des centaines de professionnels de santé, venus des quatre coins du Maroc, se sont donc regroupés devant le parlement à Rabat, marquant la deuxième journée de ce nouveau épisode de protestation s’étalant du 9 au 11 juillet. Cependant, cette manifestation annoncée il y a plusieurs semaines par les huit organisations syndicales adhérant à la coordination a vite tourné en un « massacre », selon Mohamed Ouardi, secrétaire général de la Fédération nationale de la santé (FNS), affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT).


Pour disperser les manifestants réunis au centre de la capitale, les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau, mais aussi d’autres formes « de violence », selon le syndicaliste joint par Le Desk. Les nombreuses vidéos filmées sur place et relayées sur les réseaux sociaux, et qui font état du chaos qui s’est vite installé alors que les autorités poursuivaient leurs interventions pour mettre fin à la manifestation, « aussi horrifiques qu’elles soient, ne reflètent même pas la moitié de ce qu’ont vécu aujourd’hui nos médecins et infirmiers », déplore encore cet interlocuteur.


Trois hospitalisations, de « nombreux » blessés et 22 arrestations

La scène qui s’est produite ce mercredi à Rabat « n’était rien de moins qu’un massacre et d’une brutalité jamais vue auparavant », ajoute Ouardi. Le même son de cloche est retrouvé près d’Abdelilah Asaissi, membre du bureau national du Syndicat indépendant des infirmiers (SII) et président de l’Association marocaine des infirmiers anesthésistes et réanimateurs (l'AMIAR). « Il est regrettable que des cadres de la santé qui ont pris part à une manifestation pacifique pour dénoncer le silence et l’indifférence du gouvernement soient rencontrés par une démonstration de force brutale et injustifiée  », se désole ce syndicaliste, soulignant l’usage « pour la première fois d’une force et de moyens qui n’ont jamais été utilisés avant  ».


Un canon à eau déployé contre les manifestants. Crédit: DR


« Les médecins et infirmiers ont été poussés à terre et d’autres même battus, sans parler des canons qui projetaient l’eau avec une grande puissance, ce qui at causé plusieurs blessures », décrit Asaissi, qui fait part d’un bilan de « très nombreuses blessures de degrés différents de gravité » dans les rangs des manifestants. En outre, « les nouveaux moyens et méthodes d’oppression » mobilisés cette journée ont conduit,  selon les premiers chiffres trois personnes à l’hôpital, en raison de la gravité de leur état, ajoute-t-il.


Outre les manifestants ayant subi des dommages corporels, les deux syndicalistes font état de plus d’une vingtaine d’arrestations. «  Au moins 22 manifestants, de différents corps professionnels, ont été arrêtés  », souligne Ouardi, citant un premier bilan, « en attendant d’autres mises à jour qui tireront probablement ce chiffre vers le haut ».


Des formes de protestation « inédites »

À la suite des événements de cette journée, les membres de la coordination préparaient un communiqué « pour dénoncer déjà la brutalité des forces de l’ordre, mais surtout le moyen par lequel le gouvernement a choisi d’interagir avec la voie pacifique que nous avons emprunté pour faire valoir nos revendications légitimes », fait savoir le SG de la FNS. Selon Ouardi, ce communiqué  ne constitue qu’une « première réaction, en attendant de discuter de nos prochaines actions d’escalade ».


En parallèle, une réunion était prévue entre les dirigeants des huit syndicats pour convenir des prochaines étapes. « Nous ne pouvons pas ne pas réagir face à la démarche du gouvernement  », déclare Asaissi. Ce syndicaliste menace ainsi « de formes de protestations inédites, adaptées à la violence de la réaction des autorités  ».


«  L'intervention des forces de l’ordre ce matin nous pousse à continuer dans notre programme de protestation et à aller encore plus loin », lancent les deux syndicalistes, citant des grèves ouvertes et un boycott de tous les programmes, campagnes et activités sanitaires. Le programme initial prévoyait, outre les plusieurs grèves de trois jours, sit-in et marches déjà organisés, un boycott général menaçant de mettre à l’arrêt les hôpitaux du pays, y compris les blocs opératoires.


L’escalade, et « rien que l’escalade »

Les promesses d’escalade formulées par les deux syndicalistes ne présagent donc rien de bon, comme ils l’admettent à leur tour. « Nous sommes conscients que c’est malheureusement le citoyen qui paiera en fin de compte les pots cassés, mais nous n’avons pas un autre choix », se désole Asaissi. Pour sa part, Ouardi s’indigne : « Ils nous poussent vers l’escalade. On nous l’impose même ! C’est bien dommage que nous en soyons arrivés là, car au final ce sont les Marocains, malades et n’ayant pas les moyens de se faire soigner dans le privé, qui payeront le prix de l’irresponsabilité du gouvernement  ».


Pour les deux syndicalistes, c’est le point de non-retour. Déjà, des grèves et sit-in se sont succédés depuis mai dernier. Le programme de protestation annoncé en fin juin dernier survenait comme réponse à la non-réactivité du gouvernement face aux revendications qui datent de plusieurs mois des professionnels de la santé. Ceux-ci dénonçaient, outre le non-respect des engagements pris par l’Exécutif dans le cadre des nombreux rounds du dialogue sectoriel, les dispositions de certains textes récemment adoptés dans le cadre de la refonte du système de la santé et de la généralisation de la couverture médicale.


Dans leur communiqué daté du 20 juin, les huit syndicats adhérant à la coordination pointaient du doigt la programmation, sans concertation préalable avec les professionnels, de nouveaux décrets, portant notamment sur la mise en place des groupements sanitaires territoriaux, la création de l'Agence marocaine des médicaments, et l'Agence marocaine du sang et de ses dérivés. Ils imputaient, dans la même communication, « la responsabilité des impacts de cette congestion sur la santé des citoyens » au Chef du gouvernement, Aziz Akhanouch.


« Nous avons frappé sur toutes les portes pendant des mois, parce que nous avons toujours favorisé le dialogue pour atteindre un accord à l’amiable. Après que la tutelle n’a pas répondu à nos requêtes, nous nous sommes tournés vers le chef du gouvernement. Malheureusement, toutes nos tentatives ont été vaines », rappelle le membre du bureau du SII, avant de poursuivre : « Les événements d’aujourd’hui sont la preuve que nous sommes devant un gouvernement avec qui nous ne pouvons pas discuter et son approche ne fait qu’empirer la crise ».


Aujourd’hui, alors que ces syndicats sont « plus que jamais déterminés à enchaîner les actions de protestation  », Akhannouch demeure « responsable de tout ce qui pourrait s’ensuivre de cette démarche brutale qu’il a choisi pour interagir avec nos revendications », lance Ouardi. « Nous n’avons aujourd’hui qu’une seule voie devant nous : l’escalade et rien que l’escalade, jusqu’à ce que des réponses satisfaisantes nous soient présentées ».

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