Grands chantiersCAN 2025 et Mondial 2030 : le Maroc mobilise son tissu économique
C’est dans l’écrin du Complexe Mohammed VI de Maâmoura, près de Salé, que s’est tenu, mercredi 21 mai, un conclave d’une portée stratégique pour l’avenir économique du Royaume. Co-organisée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Fédération royale marocaine de football (FRMF), la rencontre a réuni les principaux décideurs publics et économiques pour faire le point sur les opportunités et défis liés à la tenue de la CAN 2025 et du Mondial 2030.
Au pupitre, cinq ministres - Ryad Mezzour (Industrie), Fatim Zahra Ammor (Tourisme), Mehdi Bensaid (Culture), Mohamed Saad Berrada (Éducation et Sports) et Fouzi Lekjaa (Budget) - ont exposé les programmes engagés par leurs départements respectifs. Les grands opérateurs publics (ONDA, ONCF, ANEP, ADM, ANRT, SMIT et Sonarges) étaient également de la partie pour détailler les investissements programmés et les marchés à venir.
Timeline des stades et connectivité 5G
Les chantiers sont nombreux, multisectoriels et déjà bien entamés. À quelques mois de la Coupe d’Afrique des nations, prévue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, le Maroc s’active pour livrer à temps ses enceintes sportives, avec en ligne de mire un second objectif encore plus ambitieux : la Coupe du monde 2030. Zineb Benmoussa, directrice générale de l’Agence nationale des équipements publics (ANEP), a détaillé le calendrier précis des travaux en cours, révélant la timeline complète des stades concernés par les deux événements.
Pour la CAN 2025, les travaux doivent être achevés entre mars et août 2025, conformément à l’échéancier fixé. À Rabat, le Complexe Moulay Abdellah, qui a déjà franchi le cap de la rénovation avancée, est quant à lui sur le point d’être à nouveau opérationnel. Il sera inauguré « dans les prochaines semaines » , selon Fouzi Lekjaa. Avec une capacité portée à 68 500 places, il est appelé à jouer un rôle central : la cérémonie d’ouverture, une demi-finale et la finale de la CAN 2025 vont s’y dérouler. Sans compter son enceinte annexe, le Stade olympique (21 000 places), qui est à l’étape des finitions.
À Fès, les travaux touchent également à leur fin. Le stade de la capitale spirituelle doit être livré dès le mois de juin 2025, suffisamment à temps pour accueillir des matches de la CAN. Les ajustements nécessaires pour répondre aux normes FIFA seront réalisés par la suite, en prévision du Mondial. Le lancement des marchés pour cette seconde phase est programmé pour novembre prochain.
Les stades de Marrakech et d’Agadir sont également dans les clous, avec des chantiers bien avancés qui devraient permettre leur mise à disposition dans les délais, soit avant la mi-juin. Ils seront également adaptés en seconde phase pour répondre aux exigences du Mondial 2030. Il en va de même pour les enceintes de Tanger, Casablanca - le Stade Mohammed V est déjà opérationnel -, dont les travaux de rénovation ou de reconstruction se poursuivent.
À Rabat, le Stade Moulay El Hassan rouvrira ses portes avec une capacité de 22 000 places, tandis que le Stade Al Barid passera à 18 000 places. Ces deux équipements doivent être livrés pour la CAN, avec le mois d’août comme date prévisionnelle, dans l’ambition de renforcer l’offre dans la capitale, tout en s’inscrivant dans une vision urbaine cohérente.
Mais le joyau de cette stratégie reste sans conteste le futur Grand Stade Hassan II, en cours de préparation à Benslimane, près de Casablanca, et dont le chantier a été ouvert en décembre 2024. Ce mastodonte, qui pourrait accueillir la finale du Mondial 2030, disposera d’une capacité de 115 000 places, faisant de lui le plus grand stade du monde. Il entrera, quant à lui, en phase d’exécution effective à partir de septembre 2025, pour une livraison prévue fin 2028.
Mohamed Saad Berrada, ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, a affirmé que les différents stades seront livrés à temps, assurant que la Sonarges dispose d’une feuille de route claire pour leur gestion et leur maintenance d’ici 2030. Il a aussi appelé à un dialogue fluide avec les entreprises pour choisir les bons partenaires et garantir un déroulement optimal des travaux.
L’enveloppe globale dédiée à cette transformation infrastructurelle est colossale : 9,5 milliards de dirhams (MMDH) ont été mobilisés entre 2023 et 2025 pour la mise à niveau des six premiers stades. Une rallonge, globalement estimée entre 4,5 et 6 MMDH, est prévue pour les adaptations spécifiques aux standards FIFA d’ici 2028. À cela s’ajoutent les quelque 5 MMDH que nécessitera la construction du Stade Hassan II.
En parallèle, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) a confirmé le lancement du chantier de couverture du réseau 5G autour des six villes hôtes. Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé auprès des opérateurs pour le déploiement de la fibre optique et de la connectivité mobile de nouvelle génération, afin d’accompagner un événement à la hauteur des standards FIFA. Le déploiement a commencé en 2023 avec la préparation des bandes de fréquence et des licences entre 2023 et 2024. Actuellement, l’ANRT et les opérateurs poursuivent le fibrage des sites physiques. Selon Hicham Lahjomri, directeur technique du régulateur des télécoms, la couverture se fera de manière progressive : d’abord au niveau des six villes et stades accueillant les rencontres de la CAN, puis dans 20 villes et axes autoroutiers d’ici fin 2026, avant de couvrir une quarantaine de villes fin 2028.
Mobilité, tourisme : une transformation accélérée
Le chantier ne se limite pas aux enceintes sportives. Les infrastructures de mobilité sont également au cœur du dispositif. L’ONCF a entamé l’extension du réseau LGV vers Marrakech, doublée d’une montée en capacité des lignes classiques. L’Office national des aéroports (ONDA) s’apprête de son côté à doubler les capacités d’accueil des aéroports internationaux, tandis que la Société nationale des autoroutes du Maroc (ADM) accélère ses projets de contournements et de connexions régionales.
Dans ce contexte, le secteur touristique voit logiquement plus grand. Confortée par le record de 17,4 millions de visiteurs en 2024, la ministre Fatim Zahra Ammor prévoit entre 1 et 2 millions de touristes additionnels durant le Mondial. Avec une audience télé cumulée pour l’évènement estimée à plus de 5 milliards de téléspectateurs, la visibilité internationale du Maroc atteindra des sommets. Le ministère prépare les capacités d’hébergement, les offres de circuits touristiques et l’animation culturelle pour transformer cette fenêtre médiatique en levier durable de croissance.
Un appel à l’audace du secteur privé
« C’est une phase transformative », a lancé Ryad Mezzour, exhortant les chefs d’entreprises à s’impliquer plus fortement, à investir, à innover. Il a plaidé pour une intégration renforcée du tissu industriel marocain dans les marchés induits par cette dynamique, appelant les donneurs d’ordre publics à plus de souplesse dans les cahiers des charges. « On sera à vos côtés, mais battez-vous avec nous », a insisté le ministre de l’Industrie et du Commerce.
Même ton chez Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui a souligné l’ampleur du moment historique que traverse le Royaume. « Ce que l’on prépare aujourd’hui, c’est le Maroc de demain : un pays connecté, modernisé, attractif, avec des opportunités d’emploi pour les jeunes et des capacités doublées dans les transports », a-t-il déclaré, révélant au passage un « véritable partenariat public-privé » en gestation.
Culture, jeunesse, patrimoine…
Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, a insisté de son côté sur l’ancrage culturel de l’événement. « La culture et le capital humain sont le socle de notre émergence », a-t-il rappelé. Des politiques publiques, comme le « Pass Jeunes » ou l’initiative « Nostalgia », seront renforcées à l’occasion de la CAN et du Mondial. Objectif : faire de ces événements une vitrine du récit marocain, par ses arts, son histoire et ses sites patrimoniaux mis en valeur.
Une vision qui dépasse l’événementiel
Au-delà des échéances sportives, tous les intervenants ont martelé un même message : les investissements engagés s’inscrivent dans une vision de long terme. « Le Maroc n’a pas attendu la Coupe du monde pour se développer, a lancé Fouzi Lekjaa. Avec ou sans Mondial, les projets structurants sont là, dans le sillage de la vision royale ».
Pour tous ces responsables gouvernementaux, CAN 2025 et Mondial 2030 ne sont donc pas des fins en soi, mais les accélérateurs d’un agenda de transformation nationale déjà en cours. Une occasion unique de mobiliser les savoir-faire locaux, d’attirer les investissements, de former les jeunes, de moderniser les infrastructures et d'installer durablement le Maroc sur la carte mondiale du sport, du tourisme et de l’économie.
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