CéréalesLes stocks mondiaux de blé au plus bas mettent les importations du Maroc sous pression
Le Maroc se retrouve confronté à une nouvelle poussée de vulnérabilité sur sa facture d’importations céréalières, au moment où les stocks mondiaux de blé s’annoncent au plus bas depuis 2016-2017. Selon le rapport World Agricultural Supply and Demand Estimates, publié en août 2025 par le département américain de l’Agriculture (USDA), les réserves mondiales de blé devraient tomber à 256,2 millions de tonnes au titre de la campagne 2025-2026. Avec une production mondiale estimée à 789,8 millions de tonnes, contre une consommation de 801,6 millions, l’écart entre offre et demande se creuse, renforçant la pression haussière sur les prix.
Pour le Royaume, où le pain demeure un aliment central et où le blé représente plus de la moitié de la consommation céréalière, les implications sont immédiates. L’USDA prévoit que le Maroc devra importer jusqu’à 7,5 millions de tonnes de blé sur la campagne 2025-2026, contre des volumes plus modérés l’année précédente. Cette tendance reflète une dépendance structurelle qui expose le pays aux fluctuations du marché international.
Des évolutions contrastées dans les importations
Les chiffres de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL) apportent des nuances. Entre janvier et juillet 2025, le volume total des importations céréalières s’est établi à 5,847 millions de tonnes, contre 6,57 millions sur la même période en 2024, soit une baisse globale de 11 %. Cette contraction traduit une gestion plus prudente des achats, dictée à la fois par une stratégie nationale de sécurisation des stocks et par une reprise partielle de la production locale.
Derrière cette baisse agrégée se cachent des mouvements contrastés selon les produits. Les importations de blé dur ont progressé de 24 % pour atteindre 825 789 tonnes, confirmant son rôle croissant dans les industries de la semoule et des pâtes. Le maïs, indispensable à l’alimentation animale, a augmenté de 12 % pour atteindre 1,716 million de tonnes. En revanche, les achats de blé tendre – ingrédient essentiel du pain – ont reculé de 16 % à 2,636 millions de tonnes. Quant aux achats d’orge, ils accusent un effondrement de 58 %, tombant à 430 527 tonnes contre plus d’un million l’an dernier, reflet d’une conjoncture plus favorable pour les filières de l’élevage et d’un ajustement des réserves.
Sécurité alimentaire : un défi récurrent
La FNCL insiste sur le fait que malgré ces ajustements, le Maroc reste fortement dépendant des marchés internationaux. La robustesse de la consommation nationale de pain explique le maintien d’importations massives de blé tendre, alors que les hausses de blé dur et de maïs répondent à des choix stratégiques liés à la structure de la demande et aux besoins de l’élevage.
Les experts rappellent que cette dépendance ne peut être atténuée que par une double approche : la diversification des origines d’importation, entre l’Europe, le bassin de la mer Noire et l’Amérique du Nord, et un renforcement durable de la production locale. Sur ce dernier plan, les prévisions du ministère de l’Agriculture, publiées en avril dernier, annoncent une production céréalière de 44 millions de quintaux pour la campagne 2024-2025, soit une hausse de 41 % par rapport à la campagne précédente. Un progrès notable, mais encore insuffisant pour réduire significativement l’exposition du pays aux aléas climatiques et aux tensions sur les marchés mondiaux.
Face à la conjoncture internationale, l’urgence est d’assurer la continuité des approvisionnements dans un marché tendu, mais la véritable réponse passe par des réformes de fond : modernisation de la filière céréalière, extension des surfaces irriguées, diversification des cultures et meilleure gestion des réserves. Autant de leviers qui conditionneront la résilience alimentaire du pays face aux crises répétées qui secouent les marchés mondiaux.
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