FinanceStabilité financière : le Maroc confirme la solidité de son système face aux risques
Réuni au siège de Bank Al-Maghrib à Rabat, le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS) a approuvé une nouvelle feuille de route destinée à renforcer durablement le dispositif national de stabilité financière. À l’issue de cette réunion, le Comité a dressé un état des lieux rassurant de la situation macroéconomique et confirmé la robustesse des secteurs bancaire, assurantiel et des marchés financiers, dans un contexte international toujours incertain.
Une feuille de route structurée autour de cinq axes
Le CCSRS a examiné et validé une nouvelle feuille de route visant à consolider les acquis du dispositif national de stabilité financière et à en renforcer les capacités. Selon le communiqué publié à l’issue de sa réunion, cette feuille de route repose sur cinq axes. Elle prévoit d’abord le renforcement du cadre institutionnel et légal, afin d’adapter en permanence la gouvernance de la stabilité financière aux évolutions du système. Elle mise également sur l’approfondissement du dispositif analytique, le développement des instruments macroprudentiels, le renforcement du cadre de résolution et de gestion de crise, ainsi que sur une amélioration des actions de communication liées à la stabilité financière.
Dans ce cadre, le CCSRS a procédé à l’examen actualisé de la cartographie des risques systémiques et passé en revue les travaux de son sous-comité mensuel. Cette démarche permet une lecture globale et cohérente de la situation du système financier, tout en intégrant les tendances macroéconomiques observées et anticipées.
Incertitudes macroéconomiques, mais environnement favorable
Sur le plan international, le Comité a relevé que l’économie mondiale a fait preuve d’une résilience relative au premier semestre 2025. Cette dynamique devrait toutefois céder la place à un ralentissement en 2026, avant une amélioration attendue en 2027. Cette trajectoire demeure entourée de fortes incertitudes, liées notamment à la politique tarifaire américaine et à la persistance des tensions géopolitiques.
Dans ce contexte, l’économie marocaine afficherait une trajectoire plus dynamique. La croissance nationale devrait accélérer à 5 % en 2025, après 3,8 % en 2024, avant de se consolider à un rythme moyen de 4,5 % sur la période 2026-2027. Cette performance serait portée en particulier par la dynamique de l’investissement. L’inflation, restée modérée avec un taux moyen de 0,8 % sur les onze premiers mois de 2025, devrait s’établir à 1,3 % en 2026 puis à 1,9 % en 2027.
Les équilibres extérieurs demeurent également sous contrôle. Le déficit du compte courant devrait rester contenu à 1,8 % du PIB en 2025 et se maintenir en dessous de 2 % au cours des deux années suivantes. Parallèlement, les avoirs officiels de réserve devraient continuer de se renforcer, assurant une couverture équivalente à environ cinq mois et demi d’importations de biens et services.
Sur le plan budgétaire, le déficit public poursuivrait sa trajectoire de réduction, passant de 3,8 % du PIB en 2024 à 3,5 % en 2025, avant de s’établir autour de 3 % sur la période 2026-2028. Cette amélioration s’accompagnerait d’un allègement progressif du ratio de la dette du Trésor, qui reviendrait à 64 % du PIB à l’horizon 2028.
Un secteur bancaire robuste et résilient face aux chocs
Le CCSRS a confirmé le renforcement des fondamentaux financiers du secteur bancaire marocain. Celui-ci affiche une rentabilité soutenue et une bonne adéquation de ses fonds propres. À fin juin 2025, le résultat net du secteur bancaire, établi sur base sociale, a progressé de 25 %, porté par la bonne tenue des activités de marché et d’intermédiation.
Cette performance a contribué à consolider la solvabilité du secteur. En moyenne, le ratio de fonds propres de catégorie 1 s’établit à 13,8 % et le ratio global à 16,4 %, nettement au-dessus des minima réglementaires fixés respectivement à 9 % et 12 %. Sur base consolidée, ces ratios ressortent à 12,3 % pour les fonds propres de catégorie 1 et à 14,3 % pour le ratio global au terme du premier semestre 2025.
Les tests de résistance macroéconomiques menés par Bank Al-Maghrib confirment la capacité du secteur bancaire à absorber des chocs significatifs tout en respectant les exigences prudentielles. Le ratio de liquidité à court terme demeure, pour sa part, supérieur au seuil réglementaire. Le Comité souligne toutefois que le besoin de liquidité bancaire devrait continuer de s’accentuer pour atteindre 158 milliards de dirhams (MMDH) en 2027, notamment en lien avec la progression attendue de la circulation fiduciaire.
Malgré ce contexte, le crédit bancaire au secteur non financier devrait s’accélérer à 4,1 % en 2025, puis à une moyenne de 5 % sur l’horizon de projection. Le taux des créances en souffrance demeure relativement élevé, à 8,7 % à fin septembre 2025, avec un taux de provisionnement de 69 %.
Assurances et marchés financiers : une dynamique soutenue
Le secteur des assurances continue également d’afficher des fondamentaux solides. À fin octobre 2025, les primes émises ont atteint 53,6 MMDH, en hausse de 8,1 % en glissement annuel. Cette progression concerne aussi bien la branche non-vie, avec une augmentation de 7,9 %, que la branche vie, en croissance de 8,3 %.
Le portefeuille des placements du secteur s’est apprécié de 5 % pour atteindre 257,9 MMDH. Les plus-values latentes ont enregistré une progression exceptionnelle de 71,6 % par rapport à fin 2024, pour s’établir à 63,6 MMDH, profitant de la bonne dynamique du marché boursier et de la baisse des taux. Le résultat net du secteur s’est amélioré de 13,4 %, porté par la performance de l’activité financière. La marge de solvabilité demeure largement supérieure au minimum réglementaire prévu par le référentiel prudentiel en vigueur.
À la Bourse de Casablanca, la dynamique haussière s’est poursuivie. À fin 2025, l’indice MASI affiche une progression annuelle de 28,2 %, tandis que la capitalisation boursière a bondi de 38 % pour atteindre 1 039,7 MMDH. La volatilité du marché a légèrement décéléré au second semestre, alors que le ratio de liquidité a continué de progresser.
Sur le marché obligataire, la tendance baissière des taux s’est globalement maintenue en 2025. Les émissions de bons du Trésor se sont élevées à 154,6 MMDH à fin novembre. Dans le même temps, les émissions sur le marché de la dette privée ont atteint 100,3 MMDH, portant l’encours total à 296,7 MMDH.
Enfin, le CCSRS a été informé du lancement officiel du processus d’évaluation mutuelle du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette évaluation est prévue à compter de novembre 2026. Le Comité a réaffirmé, à cette occasion, l’engagement des autorités marocaines en faveur d’une mobilisation coordonnée de l’ensemble des parties prenantes nationales, afin de renforcer davantage l’intégrité et la crédibilité du système financier national.
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