ImmobilierLe gouvernement planche sur un nouveau modèle locatif pour faire baisser les loyers de près de 20%
Le gouvernement étudie actuellement un nouveau modèle de location résidentielle destiné à faire baisser les loyers d’environ 20 % par rapport aux prix pratiqués sur le marché. L'initiative intervient dans un contexte marqué par une hausse continue des coûts du logement, particulièrement dans les grandes villes, où l’accès à la location devient de plus en plus difficile pour les classes moyennes et les ménages à revenus modestes.
Le schéma envisagé repose sur une approche hybride combinant location et épargne. Le mécanisme à l’étude permettrait aux locataires d’affecter une partie de leur loyer à des versements assimilables à des acomptes, susceptibles d’être pris en compte en vue de l’acquisition du logement à l’issue du contrat de location. L’objectif poursuivi est double : réduire le montant des loyers et offrir, à moyen terme, une trajectoire d’accès à la propriété sans recourir à un effort d’épargne additionnel.
Intervenant devant la Chambre des représentants, Adib Benbrahim, secrétaire d’État auprès de la ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, du Logement et de la Politique de la ville, a indiqué que cette formule fait actuellement l’objet d’une étude approfondie menée par son département, dont les résultats préliminaires seront communiqués fin mars 2026.
Un loyer régulé et une trajectoire d’accession en cinq à six ans
Le cœur du dispositif en gestation repose sur l’introduction d’un loyer encadré, inférieur d’environ 20 % aux tarifs du marché, associé à une conversion partielle du paiement mensuel en apport progressif. Dans ce schéma, une fraction du loyer serait comptabilisée comme des versements pouvant être déduits du prix d’achat du logement, permettant au locataire, au terme du contrat, d'en devenir propriétaire.
L’horizon envisagé pour cette bascule vers la propriété est de 5 à 6 ans, sous réserve des modalités définitives qui seront arrêtées à l’issue de l’étude. Ce modèle a pour but d'introduire davantage de stabilité et de visibilité pour les locataires, dans un marché caractérisé par une forte volatilité des prix et la raréfaction de l’offre abordable.
Les causes structurelles de la flambée des loyers
Le gouvernement attribue la hausse continue des loyers à un ensemble de facteurs structurels. Il cite en premier lieu le déséquilibre croissant entre l’offre et la demande, la demande progressant fortement dans les pôles urbains les plus attractifs, tandis que l’offre demeure contrainte, notamment en raison de la rareté du foncier urbain.
À cela s’ajoute l’achat de biens immobiliers par des investisseurs à des fins de revente ou de location commerciale, un phénomène qui se répercute mécaniquement sur les niveaux de loyers. Les autorités pointent également l’essor rapide de la location temporaire (via des plateformes spécialisées) qui détourne une partie du parc immobilier de la location résidentielle classique au profit du court séjour, accentuant la pression sur l’offre disponible.
Encadrement annoncé de la location de courte durée
Face à cette dynamique, le gouvernement prépare parallèlement un cadre réglementaire spécifique dédié à la location de courte durée. L’objectif est d’éviter une extension jugée incontrôlée de ces usages à l’ensemble des quartiers urbains, au-delà des zones touristiques prévues par les documents d’urbanisme, et de limiter leur impact inflationniste sur le marché locatif résidentiel.
Ce volet réglementaire s’inscrit dans une volonté plus large de rééquilibrage du marché, en complément du futur dispositif de location à loyer régulé.
Une réforme inscrite dans les politiques de l’habitat
Cette réflexion s’inscrit plus largement dans les politiques publiques de lutte contre les déséquilibres urbains et de promotion de l’accès au logement, notamment dans le cadre du programme national « Villes sans bidonvilles ». À fin décembre 2025, ce programme a bénéficié à 382 176 familles, et 62 villes et centres urbains ont été officiellement déclarés exempts d’habitat insalubre.
Le gouvernement met en avant une inflexion de son approche, consistant à dépasser la logique de simple relogement pour aller vers un accès effectif et durable au logement, ainsi qu’une meilleure intégration urbaine et sociale des ménages concernés. Dans cette perspective, le plan quinquennal 2024-2028 a permis d’actualiser les données relatives à près de 120 000 familles vivant encore dans des conditions d’habitat non décent à l’échelle nationale.
Parallèlement, les autorités soulignent une implication accrue du secteur privé et des promoteurs immobiliers, avec pour objectif le développement d’une offre de logements dont le coût n’excède pas 300 000 dirhams. Dans ce cadre, la contribution financière demandée aux bénéficiaires peut, dans certains cas, être ramenée à moins de 100 000 dirhams.
Un dispositif encore en construction
À ce stade, aucun calendrier précis de mise en œuvre n’a été arrêté. L’architecture exacte du loyer régulé, les critères d’éligibilité, les mécanismes de financement, les garanties juridiques et les modalités contractuelles restent à définir.
Les arbitrages finaux dépendront des conclusions de l’étude attendue fin mars 2026, qui devra préciser la faisabilité et les conditions d’exécution de cette formule présentée comme un levier structurant pour stabiliser le marché locatif et redonner des marges de manœuvre aux ménages confrontés à la cherté du logement.
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