IntempériesInondations dans le Nord : le point sur les opérations de secours et de prévention
Le nord du Maroc traverse une épreuve climatique d'une ampleur exceptionnelle. Face à la montée des eaux des fleuves Loukkos et Sebou, provoquée par des précipitations d'une rare intensité, les autorités du Royaume ont déployé un dispositif de secours et de prévention mobilisant l'ensemble des forces vives du pays. Des Forces armées royales (FAR) aux services de la Protection civile, des gouverneurs aux agents de terrain, une chaîne de solidarité s'est constituée pour protéger les populations et limiter les dégâts.
La Direction générale de la météorologie (DGM) a émis une alerte de vigilance orange annonçant la poursuite des conditions météorologiques défavorables. Des averses et des pluies fortes, avec des cumuls de 40 à 60 millimètres, sont prévues ce week-end et au-delà dans les provinces de Larache, Al Hoceima, Taounate, Taza et Chefchaouen. Un phénomène similaire, quoique moins intense avec des précipitations de 20 à 40 millimètres, est également attendu à Moulay Yacoub, Ouezzane et Tétouan durant la même période. Ces prévisions maintiennent l'ensemble des services concernés en état d'alerte maximale.
Ksar El Kébir submergée : une ville face à l'inédit
La ville de Ksar El Kébir, dans la province de Larache, n'avait pas connu pareille situation depuis près de trente-cinq ans. La crue de l'oued Loukkos a partiellement inondé plusieurs quartiers, piégeant des milliers d'habitants dans leurs domiciles. Dès les premières heures de la catastrophe, un dispositif d'intervention coordonné s'est mis en place, réunissant les FAR, la Protection civile, les autorités provinciales et locales ainsi que l'ensemble des services concernés.
Conformément aux instructions royales, plusieurs unités spécialisées ont été déployées sur le terrain. Le colonel-major Hicham El Jiraoui, commandant d'armes délégué de la place Tanger-Larache, a précisé que ces unités, formées aux opérations de secours, d'assistance, de soutien logistique et d'intervention médicale, travaillent en parfaite coordination avec les autorités locales pour porter assistance aux populations sinistrées. Dès le vendredi 30 janvier, sur instructions royales, les FAR ont déployé des unités d'intervention appuyées de matériels, d'équipements et d'engins nécessaires au transport des populations touchées et à leur hébergement.
Dans les rues envahies par les eaux, les engins lourds des FAR et les camions capables de circuler en milieu inondé ont multiplié les rotations. Une intense mobilisation est observée dans les rues de la ville, tandis que les embarcations de la Protection civile, ces barques métalliques à fond plat conçues pour naviguer dans des zones difficiles d'accès, multiplient les rotations pour évacuer le plus grand nombre possible de citoyens piégés par les eaux dans les quartiers touchés. Au quartier Haoumat Taoud, situé au sud de la ville, les équipes de secours se sont déplacées de maison en maison, de ruelle en ruelle, évacuant les citoyens encerclés par les eaux ainsi que leurs biens vers des zones sûres.
Le lieutenant-colonel Driss Loabab, commandant provincial de la Protection civile, a souligné le professionnalisme et le sens humanitaire dont font preuve ses éléments dans cette situation exceptionnelle. Les opérations d'évacuation, menées sans relâche, ont permis de mettre en sécurité plus de 20 000 personnes jusqu'au vendredi soir, selon Abdelaziz El Ferkli, chef du service des affaires économiques et de la coordination à la préfecture de la province de Larache et représentant de la commission provinciale de veille.
Ce dernier a rappelé que les autorités publiques avaient pris des mesures proactives dès la réception des premiers bulletins d'alerte météorologique. La commission provinciale de veille, présidée par le gouverneur de la province de Larache, a supervisé l'ensemble des interventions, notamment la visite des zones sinistrées, l'organisation des évacuations et la mise en place de centres d'hébergement pour accueillir les familles déplacées.
Les conséquences des inondations se sont étendues au réseau de transport ferroviaire. À la suite des inondations enregistrées dans la nuit du samedi 31 janvier, en lien avec le lâcher du barrage Al Wahda, la voie ferrée du tronçon Sidi Kacem-Mechraâ Bel Ksiri a été impactée. L'ONCF a annoncé une suspension temporaire des trains sur cet axe ainsi que la perturbation de la circulation des trains classiques sur la ligne Tanger-Fès. Pour permettre la poursuite des voyages, des solutions alternatives ont été déployées, notamment une déviation via Kénitra.
Taounate en état d'alerte maximale
À l'est, la province de Taounate a également été durement touchée par les intempéries. Les fortes précipitations ont causé des dégâts matériels considérables aux infrastructures routières et à certaines habitations, nécessitant une mobilisation immédiate des services compétents.
En réponse aux bulletins d'alerte émis par la Direction générale de la météorologie annonçant la poursuite des perturbations, la commission provinciale de vigilance s'est réunie sous la présidence du gouverneur Abdelkrim El Ghannami. Cette réunion a permis d'évaluer la situation et de définir les mécanismes d'intervention urgente à déployer. Le gouverneur a insisté sur la nécessité de renforcer le niveau d'alerte et de préparation, de coordonner les efforts de tous les acteurs et d'assurer une présence continue auprès des populations.
Ces mesures s'inscrivent dans le cadre de l'activation du plan national de réduction des effets de la vague de froid et des aléas climatiques.
Face aux risques identifiés, la commission a ordonné l'évacuation préventive de plusieurs familles. Dans les douars Mtimmer et Azzabat Nakhla, relevant de la commune territoriale de Rghiwa, la montée des eaux de l'oued Asra menaçait directement les habitations. Au quartier Ahjar Drian, dans la commune de Taounate, des glissements de terrain ont fragilisé plusieurs constructions, dont l'une s'est effectivement effondrée le 30 janvier, contraignant à l'évacuation de onze familles totalisant trente-huit personnes.
Parallèlement aux évacuations, d'importants travaux d'urgence ont été engagés. À proximité du douar Ouled Ennif, sur la commune d'Aïn Aïcha, un bâtiment jouxtant la route nationale n° 8 et présentant un danger pour les usagers a été démoli. Cette opération a mobilisé les autorités locales et sécuritaires, la direction provinciale de l'Équipement, la Société régionale multiservices, les services techniques de Maroc Telecom et l'entreprise chargée du projet de dédoublement de la route.
Au douar Myayha, dans la commune de Bouarous, un poteau électrique en bois menaçant de chuter a été remplacé provisoirement afin de sécuriser l'approvisionnement en électricité des habitants, en attendant l'installation d'un équipement métallique conforme aux normes.
Les opérations de déblaiement des routes se sont poursuivies sans relâche. Les pistes menant aux douars Mzamda, Rachachiyine, Khrachfa et Akhlalqa ont été dégagées, de même que la route reliant la provinciale n° 5319 à la nationale n° 8 au niveau du douar Bab Al Hajar. Sur la route régionale n° 510 entre le pont Askar et Thar Souk, les équipes ont travaillé à éliminer les dépôts boueux laissés par les pluies.
Ces interventions ont mobilisé les moyens humains et matériels des services provinciaux de l'Équipement, du groupement des collectivités territoriales, des communes concernées, ainsi que des engins mis à disposition par des entreprises citoyennes impliquées dans la réalisation de projets routiers dans la province.
Sidi Kacem : un dispositif préventif renforcé
Dans la province de Sidi Kacem, où la menace de la crue de l'oued Sebou plane sur les communes du cercle de Mechraâ Bel Ksiri, les autorités ont opté pour une stratégie résolument préventive. Un important lot d'aides logistiques et d'équipements a été mobilisé pour faire face aux différents scénarios possibles.
Ce dispositif comprend plus d'un millier de tentes destinées à l'accueil des familles susceptibles de quitter leurs habitations, près de deux mille cinq cents matelas et plus de mille deux cents couvertures. Pour protéger les zones résidentielles et les terres agricoles de l'avancée des eaux, 20 000 sacs de sable ont été mis à disposition des équipes de terrain afin de renforcer les digues de protection et de colmater les brèches dans les secteurs les plus vulnérables.
Le barrage Al Wahda sous haute surveillance
La situation hydrologique de la région est étroitement liée à l'évolution du niveau du barrage Al Wahda, dont le taux de remplissage a atteint environ 87 %. Face à cette montée des eaux, les autorités ont dû procéder à des opérations de déversement contrôlé afin de réduire la pression et d'éviter toute inondation incontrôlée.
Mahjoub Lahrache, directeur régional de l'investissement agricole de la région Rabat-Salé-Kénitra, a détaillé les mesures techniques mises en œuvre. Depuis le jeudi après-midi, des déversements ont été effectués à un débit initial de 250 mètres cubes (m3) par seconde, porté à 500 m3 par seconde durant la journée de vendredi. Ces eaux s'écoulent à travers l'oued Sebou vers l'océan Atlantique, nécessitant une vigilance accrue tout au long de leur parcours.
Au niveau du pont de Bel Ksiri, point névralgique de la surveillance, le niveau d'eau atteint actuellement 8 mètres. Le seuil d'alerte est fixé à 10 mètres, niveau au-delà duquel les terres agricoles et les villages avoisinants risqueraient d'être submergés.
Les autorités locales et l'ensemble des responsables concernés maintiennent une présence permanente sur le terrain pour suivre l'évolution de la situation et prendre toutes les mesures préventives nécessaires. Au-delà de la protection des populations, les efforts portent également sur la sécurisation du bétail et la préservation des terres agricoles, piliers économiques de la région du Gharb.
Cette mobilisation nationale à faire face aux défis climatiques les plus sévères se poursuit de la part des autorités sur le terrain, en passant par l'anticipation logistique et les mesures techniques de régulation des eaux. L'ensemble du dispositif vise un objectif unique : protéger les vies humaines et accompagner les populations dans cette épreuve que le nord du Maroc n'avait pas connue depuis plus de trois décennies.
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