AssuranceSanlam-Allianz : les deux assureurs arrêtent les termes financiers de la fusion-absorption
Le 12 mars, les conseils d'administration de Sanlam Maroc et d'Allianz Maroc se sont réunis pour entériner les termes d'un projet de fusion par voie d'absorption. L'opération prévoit qu'Allianz Maroc sera absorbée par Sanlam Maroc, mettant ainsi fin à près de quatre années de tractations, de contraintes réglementaires et d'attentes des marchés.
Ce rapprochement s'inscrit dans un processus engagé de longue date. En mai 2022, le Sud-Africain Sanlam et l'allemand Allianz ont signé un accord de partenariat stratégique pour combiner leurs activités sur le continent africain. Après plus d'un an de démarches réglementaires, la coentreprise SanlamAllianz a été officiellement lancée le 5 septembre 2023, opérant dans 27 marchés africains. Mais le Maroc faisait figure d'exception : le Conseil de la concurrence avait imposé un régime de séparation opérationnelle (dit « hold separate ») qui interdisait toute intégration effective des deux entités sur le marché national, les obligeant à continuer d'opérer comme des concurrents distincts.
Après la levée de ces restrictions par le Conseil de la concurrence en janvier 2025, puis la cession par Allianz Maroc de 31 bureaux de gestion directe et 25 contrats d'agents généraux à Wafa Assurance en septembre 2025 – pour répondre aux exigences anticoncurrentielles –, la voie était enfin ouverte à la fusion.
Les termes financiers de l'opération
La valorisation des fonds propres d'Allianz Maroc a été fixée à 2,605 milliards de dirhams (MMDH). Sur cette base, la parité d'échange a été arrêtée à deux actions Allianz Maroc pour cinq actions Sanlam Maroc. Concrètement, Sanlam Maroc procédera à une augmentation de capital réservée aux actionnaires d'Allianz Maroc, qui recevront des actions nouvelles selon cette parité.
Pour contextualiser, Sanlam Maroc a clôturé l'exercice 2025 avec un chiffre d'affaires de 6,195 MMDH (en léger recul de 1,4 % lié au repositionnement de l'activité Vie), un résultat net en hausse de 7,9 % à 451 millions de dirhams (MDH), et des fonds propres de 5,45 MMDH (+2,2 %). Le nouvel ensemble, avec un chiffre d'affaires agrégé dépassant 8 milliards de dirhams (MMDH) et des fonds propres consolidés avoisinant les 8 MMDH, disposerait d'une assise financière considérable.
À compter de l'entrée en vigueur de la fusion, prévue début juillet 2026, Allianz Maroc sera dissoute de plein droit, sans procédure de liquidation, l'ensemble de ses actifs et activités étant repris par Sanlam Maroc.
Le projet reste conditionné à plusieurs feux verts réglementaires. Trois approbations sont nécessaires : le visa de l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) sur le prospectus de fusion, l'autorisation de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), et le vote favorable des assemblées générales extraordinaires des actionnaires des deux sociétés.
L'ACAPS, en particulier, constitue un verrou clé. Ce régulateur sectoriel doit s'assurer que l'opération ne génère pas de risques prudentiels et que les intérêts des assurés sont préservés. Le fait que les engagements structurels vis-à-vis du Conseil de la concurrence aient déjà été largement honorés – notamment la cession de points de vente à Wafa Assurance – constitue un signal positif pour la suite du processus.
Si l'ensemble des conditions est rempli dans les délais, la fusion entrerait en vigueur début juillet 2026, soit moins de quatre mois après l'annonce.
Un repositionnement stratégique
Le marché marocain de l'assurance a atteint un record de 64,3 MMDH de primes émises en 2025, en hausse de 7,9 % sur un an. Ce marché reste dominé par trois grands acteurs, Wafa Assurance (environ 19,7 % de part de marché), RMA (14,9 %) et la Mutuelle Taamine Chaabi (12,9 %), suivis d’AXA Assurance Maroc.
Avant la fusion, Sanlam Maroc occupait la cinquième place du classement en termes de primes, tandis qu'Allianz Maroc se situait autour de la neuvième position. Leur rapprochement devrait propulser le nouvel ensemble dans le top 3 ou, à tout le moins, dans le top 4 du marché national, juste derrière Wafa Assurance et RMA. En Non-Vie, Sanlam était déjà leader avec 16,8 % de part de marché l'absorption d'Allianz renforcerait encore cette domination.
L'opération couvre l'ensemble des segments : assurances de dommages, assurances de personnes et réassurance. Sanlam Maroc, fondée en 1949 sous le nom de CNIA (puis devenue Saham Assurance), est présidée par Saïd Alj et dirigée par Yahia Chraibi. Allianz Maroc, créée en 1954, est présidée par Jacques Richier et dirigée par Fahd Mokdad. Les deux sociétés sont cotées à la Bourse de Casablanca.
La dimension panafricaine : le dernier maillon
Cette fusion marocaine constitue l'un des derniers maillons du vaste plan de rapprochement Sanlam-Allianz en Afrique. Négocié dès fin 2021 et formalisé par un accord signé en mai 2022, le partenariat a donné naissance à la coentreprise SanlamAllianz le 5 septembre 2023, après l'obtention de l'ensemble des approbations réglementaires. Déployée désormais dans 26 pays, la joint-venture a procédé à la fusion effective des filiales locales sur plusieurs marchés clés : en Côte d'Ivoire, la Commission régionale de contrôle a validé l'opération, et d'autres intégrations sont en cours au Cameroun, au Ghana, au Kenya, au Nigeria, au Sénégal et en Tanzanie.
Le Maroc, du fait de la taille de son marché assurantiel et de la rigueur de son cadre réglementaire, a nécessité un traitement spécifique. Le Conseil de la concurrence avait estimé que la présence simultanée des deux assureurs dans 16 villes pouvait avoir des effets restrictifs sur la distribution. Il a donc imposé un régime de « hold separate », retardant la fusion de près de trois ans par rapport au lancement de SanlamAllianz en septembre 2023. Ces préoccupations ont depuis été levées : Allianz Maroc a cédé les points de vente concernés à Wafa Assurance, et le Conseil de la concurrence a autorisé la levée du hold separate en janvier 2025.
Rappelons que la joint-venture SanlamAllianz est détenue conjointement par Sanlam Emerging Markets (entre 51 % et 60 %) et Allianz Europe (entre 40 % et 49 %). Au Maroc, c'est cette entité qui détient indirectement les participations dans les deux compagnies locales.
Les enjeux de l'intégration
Au-delà des aspects juridiques et financiers, le succès de cette opération se jouera sur le terrain de l'intégration opérationnelle. Plusieurs défis se posent.
La rationalisation des réseaux de distribution est un premier chantier. Sanlam dispose d'environ 550 agents, auxquels viendront s'ajouter ceux d'Allianz Maroc (hors ceux déjà cédés à Wafa Assurance). La gestion de cette couverture territoriale, sans cannibalisation ni perte de proximité avec les assurés, sera déterminante.
L'harmonisation des systèmes d'information et la transformation digitale représentent un deuxième enjeu majeur. Allianz Maroc avait lancé une plateforme en ligne dédiée à l'assurance santé, tandis que Sanlam Maroc a investi dans la digitalisation de la gestion des sinistres. Fusionner ces plateformes tout en améliorant l'expérience client nécessitera des investissements technologiques importants.
La gestion du capital humain constitue un troisième défi. La dissolution d'Allianz Maroc implique l'intégration de ses équipes au sein de Sanlam Maroc, avec les questions habituelles de doublons de postes, de cultures d'entreprise différentes et de maintien de la motivation des collaborateurs.
Enfin, la préservation de la continuité de service pour les assurés d'Allianz Maroc est une priorité absolue. Le communiqué conjoint insiste sur l'ambition de renforcer la qualité de service et l'innovation, mais la transition devra être soigneusement gérée pour éviter toute perturbation.
Ce que cela change pour le marché
Cette opération s'inscrit dans un mouvement de consolidation du marché marocain, où les cinq premiers assureurs détiennent déjà plus de 70 % des parts de marché. Si les préoccupations concurrentielles ont été traitées en amont – via les cessions de points de vente et la levée du hold separate –, la fusion n'en modifie pas moins les rapports de force. Pour les autres acteurs – notamment AXA Assurance Maroc, AtlantaSanad ou la Marocaine Vie – cela signifie un concurrent renforcé disposant de moyens financiers et d'un réseau élargi.
Du point de vue des assurés, la création d'un acteur mieux capitalisé peut être un facteur de sécurité. Une capitalisation plus importante permet de mieux absorber les sinistres exceptionnels et de se conformer aux exigences prudentielles croissantes de l'ACAPS. Les synergies attendues pourraient également se traduire par une offre produit plus diversifiée et des tarifs potentiellement plus compétitifs.
Pour la Bourse de Casablanca, où les deux sociétés sont cotées, la fusion aura des implications sur la liquidité des titres et sur l'indice sectoriel. Les actionnaires d'Allianz Maroc deviendront actionnaires de Sanlam Maroc selon la parité définie, ce qui pourrait modifier la structure du flottant.
La fusion-absorption d'Allianz Maroc par Sanlam Maroc marque un tournant pour le secteur assurantiel marocain. En réunissant deux compagnies historiques, cette opération donne naissance à un acteur de référence doté d'une solidité financière renforcée, d'une gouvernance consolidée et d'une envergure panafricaine.
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