AssurancesSanlam Maroc améliore sa rentabilité et accélère sur la fusion avec Allianz Maroc
C’est dans un contexte de transformation stratégique que Sanlam Maroc a présenté, ce 25 mars, ses résultats annuels au titre de l’exercice 2025. Yahya Chraïbi, directeur général du groupe, et Youssef Berrada, directeur général délégué, ont détaillé une année marquée par une performance financière solide, mais aussi par l’entrée dans une phase décisive du projet de fusion-absorption avec Allianz Maroc.
Le chiffre d’affaires global s’établit à 6 195 millions de dirhams (MDH), en léger repli de 1,4 % par rapport à 2024. Ce recul, qualifié de « pleinement maîtrisé » par le management, reflète un ajustement stratégique en cours sur l’activité Vie, dont les primes ont chuté de 31,7 % après l’arrêt, dès le 1er janvier 2025, du partenariat exclusif de bancassurance avec Crédit du Maroc. L’assurance vie ne représente désormais plus que 9 % des primes émises, réparties entre la retraite pour deux tiers et le décès pour le tiers restant.
Cette contraction a cependant été largement compensée par la bonne dynamique de la branche non-vie, qui pèse désormais 91 % du portefeuille et dont les primes progressent de 3,2 % sur l’année. Le moteur principal reste l’automobile, cœur de métier historique de Sanlam Maroc et branche où le groupe revendique la première place au Maroc. Les primes auto atteignent 3 144 MDH, en hausse de 7,9 %, dopées par un marché des véhicules neufs en hausse de 33 % en 2025. L’automobile représente à elle seule 56 % des primes Non-Vie. Le segment corporate affiche également une croissance soutenue de 5,3 %, tandis que la santé recule de 10,5 %.
Si le haut du compte de résultat traduit un léger tassement de l’activité, la rentabilité poursuit quant à elle sa progression. Le résultat net s’élève à 452 MDH, en hausse de 7,9 % par rapport à 2024. Cette performance, supérieure à la croissance du chiffre d’affaires, traduit ce que Yahya Chraïbi qualifie de « croissance profitable », soutenue par des choix stratégiques et une discipline opérationnelle revendiqués. Le dividende proposé à l’assemblée générale est fixé à 98 dirhams (DH) par action, en hausse d’environ 21 % par rapport aux 81 DH distribués au titre de 2024. Le taux de distribution atteint cette année environ 90 %, bien au-dessus de la fourchette cible habituelle de 65 à 75 %, un niveau que le management justifie par la solidité de la trésorerie et des fonds propres.
Le véritable fait marquant de l’exercice réside dans la performance financière. Le résultat financier bondit de 65 % pour atteindre 974 MDH, contre 591 MDH un an plus tôt. Cette progression remarquable s’explique par la bonne tenue des marchés actions et l’évolution favorable des taux d’intérêt, dans un contexte où les placements financiers affectés aux opérations d’assurance atteignent 17 960 MDH, en croissance de 6,5 %. Les fonds propres se renforcent également à 5 449 MDH (+2,2 %), tandis que les provisions techniques restent stables à 15 631 millions de dirhams (+0,3 %).
Des résultats financiers exceptionnels pour Sanlam Maroc en 2025. Création : Ezzoubair Elharchaoui / Le DeskCe tableau positif est toutefois nuancé par la dégradation de la sinistralité, point de vigilance clairement assumé par le management. Le ratio sinistres sur primes (S/P) en non-vie s’établit à 79,5 %, en hausse de 6,1 points sur un an. Cette détérioration est principalement imputable à la branche automobile, dans un contexte d’inflation des coûts de réparation – pièces de rechange, main-d’œuvre – et d’augmentation généralisée de la fréquence des sinistres. Le ratio combiné non-vie franchit ainsi la barre symbolique des 100 %, à 102,2 %, contre 97,9 % un an plus tôt. Cette hausse de 4,3 points a néanmoins été partiellement atténuée par l’amélioration du ratio d’exploitation, ramené de 24,5 à 22,7 %, grâce à une maîtrise des frais généraux désormais contenus à 11,2 % du chiffre d’affaires.
Les enjeux des synergies avec Allianz Maroc
Mais c’est le volet stratégique qui a occupé l’essentiel de la conférence. Le projet de fusion-absorption d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc, opération structurante pour le secteur, entre désormais dans une phase avancée. Yahya Chraïbi a rappelé que les équipes y travaillent depuis près de deux ans et que les annonces récentes confirment l’accélération du processus.
Les conseils d’administration des deux sociétés, réunis les 11 et 12 mars, ont arrêté les termes définitifs de l’opération. La fusion prendra la forme d’une absorption d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc, accompagnée d’une augmentation de capital réservée aux actionnaires d’Allianz Maroc. La valeur des fonds propres d’Allianz Maroc a été fixée à 2 605 MDH, et la parité d’échange retenue prévoit l’attribution de 5 actions Sanlam Maroc pour 2 actions Allianz Maroc. Sous réserve de la réalisation des conditions suspensives, la fusion devrait prendre effet au début du mois de juillet 2026. À cette date, Allianz Maroc sera dissoute de plein droit, sans procédure de liquidation, et l’ensemble de son patrimoine sera automatiquement transmis à Sanlam Maroc.
Trois conditions suspensives doivent encore être levées : le visa de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) sur le prospectus, l’autorisation de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), et l’approbation des assemblées générales extraordinaires des actionnaires des deux compagnies.
Sur le terrain des synergies, le groupe a déjà entamé le travail d’identification. Côté coûts, Yahya Chraïbi a expliqué qu’un effort de plusieurs années a été engagé sur la maîtrise des frais généraux, passant notamment par une gestion stricte des recrutements, avec peu de remplacements lors des départs, ce qui a permis de contenir la masse salariale. Cette même logique a été adoptée du côté d’Allianz Maroc, dans l’idée d’anticiper une partie des économies avant même la finalisation de l’opération.
La valorisation des fonds propres d'Allianz Maroc a été fixée à 2,605 milliards de dirhams. Création : Ezzoubair Elharchaoui / Le DeskC’est cependant sur le plan commercial que les effets les plus visibles sont attendus. Le réseau de distribution passera d’environ 550 points de vente aujourd’hui à plus de 750 à l’échelle nationale, un renforcement significatif de la proximité avec les assurés que le directeur général juge déterminant, en particulier dans l’automobile où la présence terrain fait la différence. Au-delà de cet aspect, l’enjeu principal reste le positionnement stratégique. La taille, rappelle le dirigeant, est un facteur clé dans l’assurance : le rapprochement doit permettre de conjuguer les expertises, d’attirer des ressources de qualité, d’accélérer la digitalisation et de gagner en pertinence vis-à-vis des partenaires.
Prudence sur la rentabilité post-fusion
Sur la question de la sinistralité et de la rentabilité post-fusion, le management se montre prudent. Tant que l’opération n’est pas finalisée, Sanlam Maroc n’a pas accès aux comptes d’Allianz Maroc, que ce soit sur la composition du portefeuille ou le niveau de sinistralité. Les comptes consolidés ne seront disponibles qu’à partir de 2026. L’intégration se traduira mécaniquement par une addition des portefeuilles, une perspective que le groupe perçoit de manière positive. Quant à l’actionnariat du nouvel ensemble, Chraïbi reconnaît que la structuration dépend directement des actionnaires, tout en précisant les ordres de grandeur : la joint-venture détient environ 86 % de Sanlam Maroc et près de 99 % d’Allianz Maroc, ce qui donne une idée des équilibres futurs.
Il faut rappeler que cette fusion s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle découle de la dynamique panafricaine du rapprochement Sanlam-Allianz Africa, dont le « hold separate » a été levé par le Conseil de la concurrence marocain en janvier 2025. Pour répondre aux exigences de cette autorité en matière de concentration du réseau de distribution dans certaines localités, Allianz Maroc avait dû céder une partie de ses points de vente à Wafa Assurance. Le marché marocain de l’assurance, dont le taux de pénétration est estimé à 4,8 % par l’ACAPS, vit une période de consolidation active — la fusion Sanlam-Allianz s’inscrivant dans le sillage du rapprochement Atlanta-Sanad finalisé en 2020.
Pour 2026, Yahya Chraïbi affiche une confiance mesurée. Sanlam Maroc entend franchir un nouveau palier, en poursuivant sa stratégie d’innovation — lancement de nouveaux produits automobile, développement de segments de niche, montée en puissance de Sanlam Private Investment pour l’accompagnement patrimonial — et en capitalisant sur les synergies de la fusion. Le contexte macroéconomique marocain demeure porteur, avec en toile de fond les grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030. Le groupe dispose également de marges de manœuvre, notamment via des plus-values latentes, pour amortir d’éventuelles fluctuations de marché.
L’équation est posée : un assureur qui consolide sa rentabilité malgré une sinistralité en hausse, qui s’apprête à absorber un concurrent pour créer un poids lourd du secteur, et qui parie sur la taille et la proximité pour redéfinir sa place sur un marché en pleine mutation. La réponse viendra de juillet avec le feu vert attendu des régulateurs.
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