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ÉlectionsLégislatives 2026 : le gouvernement augmente le budget des candidats et retouche le bulletin de vote

27.03.2026 à 02 H 45 • Mis à jour le 27.03.2026 à 14 H 52 • Temps de lecture : 8 minutes
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Deux responsables d’un bureau de vote procèdent au dépouillement, à Rabat, le 4 septembre 2015, lors des élections.
Réuni le 26 mars, le Conseil de gouvernement a adopté deux décrets préparant le scrutin du 23 septembre : l'un relève le plafond des dépenses de campagne de 500 000 à 600 000 dirhams par candidat, l'autre modifie les règles de classement des listes sur le bulletin de vote unique. Des ajustements techniques qui marquent l'entrée du Maroc dans le dernier virage avant les élections

À exactement six mois des élections législatives, le gouvernement pose les dernières briques réglementaires. Le Conseil de gouvernement, réuni le jeudi 26 mars sous la présidence de Aziz Akhannouch, a adopté deux projets de décrets relatifs à l'élection des membres de la Chambre des représentants, tous deux présentés par le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baïtas, en a détaillé les contours lors de son point de presse habituel à l'issue du Conseil.


Un plafond de dépenses relevé de 20 %

Le premier texte, le plus commenté, est le projet de décret n° 2.26.279 modifiant et complétant le décret n° 2.16.668 du 10 août 2016. Ce décret de 2016 fixait à 500 000 dirhams le plafond des dépenses électorales que chaque candidat pouvait engager lors des campagnes relatives aux élections générales et partielles des membres de la Chambre des représentants. Le nouveau texte relève ce plafond à 600 000 dirhams par candidat ou candidate, soit une hausse de 20 %.


Pour le gouvernement, cette révision s'inscrit dans une démarche d'adaptation du cadre réglementaire aux réalités actuelles des campagnes électorales, marquées par une hausse structurelle des coûts. Le relèvement vise à accompagner l'évolution du niveau des dépenses que les candidats engagent effectivement pendant leurs campagnes, tout en maintenant un plafonnement légal garant de l'équité entre les prétendants.


Ce plafond de 500 000 dirhams n'avait pas bougé depuis dix ans. Il avait été fixé en 2016 à l'occasion des législatives du 7 octobre de cette année-là, et reconduit tel quel pour le scrutin du 8 septembre 2021. Pourtant, la réalité du terrain dépassait déjà largement ce seuil. Dès 2016, certains candidats reconnaissaient ouvertement que leurs campagnes coûtaient entre 600 000 et 700 000 dirhams au minimum, rendant le plafond officiel en partie fictif. Le relèvement à 600 000 dirhams constitue donc autant un ajustement au réel qu'un signal de transparence : mieux vaut un plafond crédible qu'un plafond systématiquement contourné.


Ce que nous apprennent les comptes de 2021

Les données de la capture d'écran du communiqué le rappellent utilement : lors des élections de 2021, les dépenses des campagnes électorales avaient atteint 378,9 millions de dirhams (MDH). Les ressources globales des 29 partis ayant produit leurs comptes étaient estimées à 499,64 MDH, réparties entre le soutien de l'État (81 %) et les ressources propres des formations (19 %). Ce chiffre souligne l'importance écrasante du financement public dans les campagnes électorales marocaines, une dépendance qui pose la question de la vitalité financière autonome des partis.


En 2021, l'État avait mobilisé une enveloppe totale de 360 MDH pour financer les campagnes des législatives, des communales, des régionales et des élections à la Chambre des conseillers. Sur ce total, 160 MDH étaient fléchés vers les seules législatives. L'enveloppe pour 2026 n'a pas encore été officiellement communiquée, mais le nouveau plafond par candidat laisse présager une révision à la hausse proportionnelle.


Le bulletin de vote unique retouché

Le second décret adopté est le projet n° 2.26.278, qui modifie le décret n° 2.11.605 du 19 octobre 2011 fixant la forme et le contenu du bulletin de vote unique pour l'élection des membres de la Chambre des représentants. Ce texte, plus technique, précise les dispositions relatives aux modalités de classement des listes de candidature sur le bulletin de vote unique, à l'occasion des élections générales et partielles.


Le bulletin de vote unique, introduit au Maroc pour limiter les fraudes et simplifier l'acte de vote, regroupe l'ensemble des listes en compétition dans une même circonscription sur un seul document. L'ordre dans lequel les symboles et les noms des partis apparaissent sur ce bulletin n'est pas anodin : des études électorales ont montré que la position sur le bulletin peut influencer, à la marge, le choix des électeurs indécis. Le décret vient donc préciser les règles de ce classement pour garantir une procédure équitable et transparente.


Le projet de décret n° 2.26.278 a été préparé conjointement par les ministères de l'Intérieur, de la Justice et de l'Économie et des Finances, signe de la dimension interministérielle de l'encadrement du processus électoral.


Le calendrier se précise

Ces deux décrets prennent tout leur sens au regard du calendrier électoral désormais arrêté. Les prochaines élections législatives sont prévues le mercredi 23 septembre 2026 et viseront à renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. La campagne électorale officielle débutera le jeudi 10 septembre et s'achèvera le mardi 22 septembre à minuit, conformément au calendrier fixé par le gouvernement.


Les déclarations de candidature devront être introduites soit via une plateforme électronique dédiée, soit directement auprès de l'autorité gouvernementale compétente. Le corps électoral provisoire s'établit à environ 16,5 millions d'électeurs inscrits, selon les chiffres communiqués par le ministre de l'Intérieur devant la Chambre des conseillers. Les hommes représentent 54 % de ce corps électoral, avec une légère prédominance des zones urbaines.


La date limite d'inscription sur les listes électorales était fixée au 31 décembre 2025, et le tableau rectificatif définitif a été mis en consultation entre le 15 et le 22 février 2026. Les citoyens ayant atteint l'âge de 18 ans au 31 mars 2026 et non frappés d'incapacité électorale étaient éligibles à l'inscription.


Le pari de la jeunesse

Au-delà des deux décrets adoptés le 26 mars, la préparation des législatives 2026 s'inscrit dans un mouvement de réforme plus large du système électoral, marqué notamment par un effort inédit en direction de la jeunesse. Le projet de loi organique relatif à la Chambre des représentants, adopté en Conseil des ministres en octobre 2025 et voté par le Parlement, prévoit que les candidats de moins de 35 ans – qu'ils soient encartés dans un parti ou indépendants – peuvent bénéficier d'un soutien financier public couvrant jusqu'à 75 % de leurs dépenses de campagne, dans la limite du plafond réglementaire.


Avec le nouveau plafond de 600 000 dirhams, ce dispositif représente un soutien potentiel pouvant atteindre 450 000 dirhams pour un jeune candidat. Le versement de cette contribution est toutefois conditionné : la liste doit obtenir au moins 2 % des suffrages exprimés dans la circonscription, et les comptes de campagne doivent être déposés auprès de la Cour des comptes pour vérification. Les candidats indépendants de moins de 35 ans doivent, pour leur part, réunir au moins 200 signatures d'électeurs inscrits dans leur circonscription pour valider leur candidature.


En 2021, les moins de 35 ans représentaient moins de 10 % des députés élus. Le gouvernement entend inverser cette tendance en faisant de l'accès au financement un levier concret. Le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, a tenu à préciser la philosophie du dispositif devant la Commission de l'Intérieur : il ne s'agit pas d'une rente, mais d'une opportunité fondée sur le mérite, avec des contrôles stricts à la clé.


Un scrutin à forts enjeux

Les législatives du 23 septembre seront les premières depuis le scrutin de 2021 qui avait vu le Parti de la justice et du développement (PJD) subir une défaite historique, perdant plus de 90 % de ses sièges au profit du Rassemblement national des indépendants (RNI) d'Aziz Akhannouch, du Parti authenticité et modernité (PAM) et du Parti de l'Istiqlal (PI). Ces trois formations avaient ensuite constitué la coalition gouvernementale actuellement au pouvoir.


Le contexte de 2026 est toutefois différent. Les manifestations de la « Génération Z » en 2025, réclamant justice sociale, emploi et lutte contre la corruption, ont mis la pression sur l'exécutif. Le PLF 2026 a été conçu en partie comme une réponse à ces revendications, avec des investissements massifs dans la santé, l'éducation et le soutien à l'emploi des jeunes. Les décrets adoptés le 26 mars – encadrement des dépenses, ouverture aux jeunes, modernisation du processus de vote – participent de la même volonté d'afficher un renouvellement démocratique à la veille d'un scrutin qui s'annonce scruté de très près.


Les mesures s'inscrivent aussi dans le cadre des préparatifs des prochaines échéances électorales, avec pour objectif de renforcer l'encadrement juridique du processus électoral et d'assurer une meilleure transparence des campagnes. Les élections municipales, quant à elles, sont prévues pour 2027, un an après les législatives – une séparation des scrutins qui rompt avec le triple rendez-vous de 2021.

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