EauBassin du Sebou : deux projets d’interconnexion hydraulique lancés pour rééquilibrer les barrages du Nord
Dans la province de Taounate, certains barrages débordent en période humide bien avant que leurs voisins n'atteignent leur capacité. Des volumes considérables transitent ainsi vers l'aval sans bénéficier directement aux territoires qu'ils traversent, un déséquilibre d'autant plus frappant que la région est sortie de 7 années consécutives de sécheresse. C'est pour explorer les moyens de corriger cette asymétrie que l'Agence du bassin hydraulique du Sebou (ABHS) a lancé simultanément deux études de faisabilité, l'une pour relier les barrages Sahla et Bouhouda, l'autre pour connecter les sous-bassins de l'Ouergha, du Lben et de l'Inaouen. L'ambition : passer d'une gestion isolée de chaque ouvrage à un fonctionnement en réseau.
Sahla et Bouhouda : le paradoxe des vases non communicants
Le premier projet frappe par l'évidence du diagnostic. Les barrages Sahla et Bouhouda, distants de 20 km dans la province de Taounate, vivent des destins hydrologiques diamétralement opposés. Bouhouda, mis en service en 1998 sur l'oued Asra, offre une capacité de stockage de 44,8 millions de mètres cubes (m3), plutôt modeste au regard des apports que lui fournit son bassin versant de 478 km2. Selon l'ABHS, ce barrage est structurellement l'un des premiers du bassin à déborder dès le début de la saison des pluies, en raison du décalage entre sa petite capacité et la moyenne annuelle de ses apports. Cette asymétrie a atteint son paroxysme au cours de l'hiver 2025-2026, marqué par une pluviométrie exceptionnelle (un cumul de 885 mm enregistré dans la zone depuis décembre). En février 2026, le taux de remplissage de Bouhouda dépassait les 106 %, un record, et 774 millions de m3 se sont écoulés vers l'aval en 46 jours de déversement ininterrompu. Ces volumes sont récupérés par le barrage Al Wahda, en contrebas, mais ne profitent pas directement au territoire de Taounate. Si l'épisode est hors norme, le phénomène de déversement, lui, est récurrent : les termes de référence de l'étude notent que Bouhouda connaît « des déversements fréquents en période humide ».
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