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AgricultureImportations de riz : une enquête de sauvegarde pour protéger une filière en péril

13.04.2026 à 01 H 06 • Mis à jour le 13.04.2026 à 09 H 36 • Temps de lecture : 5 minutes
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Des agriculteurs de la plaine du Gharb.
Le ministère de l'Industrie et du Commerce lance une enquête de sauvegarde sur les importations de riz, qui ont bondi de 116% en trois ans. Deux rizeries représentant 78% de la production nationale dénoncent un afflux massif menaçant la survie de la filière

Le ministère de l'Industrie et du Commerce lance, ce 13 avril, une enquête de sauvegarde sur les importations de riz. Cette procédure intervient après une hausse spectaculaire des volumes importés qui menace directement la survie de la filière rizicole nationale.


À l'origine de cette décision, une requête déposée par deux acteurs majeurs du secteur : Mlah Mechich Alami et Mundiriz. Ces deux rizeries, implantées dans les régions du Gharb et du Loukkos, représentent à elles seules 78 % de la production nationale de riz. Elles font partie des six rizeries regroupées au sein de l'Association nationale des rizeries (ANARIZ), opérant sous l'égide de la Fédération nationale interprofessionnelle du riz (FNIR).


Mlah Mechich Alami est un acteur historique de la riziculture marocaine. Sa première unité de production, inaugurée en 1958, fut la première rizerie indépendante du pays. Après une rénovation complète en 2014, elle traite aujourd'hui jusqu'à 70 tonnes de riz blanc par jour à partir du paddy cultivé par les agriculteurs partenaires de la région du Gharb.


Une hausse de 116 % pour les importations

Les données présentées au ministère indiquent qu’entre 2022 et 2025, les importations de riz sont passées de 54 980 tonnes à 118 843 tonnes, soit un bond de 116 %. Rapportée à la production nationale, la part des importations est passée de 139,73 % à 807,22 % sur la même période. Le marché marocain absorbe désormais plus de huit fois en riz importé ce qu'il produit localement.


Ce constat est d'autant plus frappant que la production nationale avait déjà subi un choc sévère. La récolte était tombée de 55 000 tonnes en 2023 à environ 7 000 tonnes en 2024, un niveau historiquement bas dû aux années de sécheresse. Si les pluies abondantes de l'hiver 2025/2026 laissent espérer une reprise de la production, les importations massives accumulées ces dernières années ont entre-temps profondément reconfiguré le marché, rendant la reconquête des parts d'autant plus difficile pour les producteurs locaux.


Le ministre délégué au Budget, Fouzi Lekjaa, avait déjà alerté sur cette tendance en réponse à une question parlementaire : les importations de riz avaient bondi de 66 % sur les deux premiers mois de 2025 par rapport à la même période en 2024, atteignant 10 600 tonnes contre 6 400 tonnes.


Un contexte mondial qui a amplifié la crise

L'afflux massif de riz importé ne s'explique pas uniquement par des facteurs internes. Plusieurs dynamiques internationales ont convergé pour rediriger les flux commerciaux vers le Maroc.


D'abord, l'apparition d'une offre excédentaire sur le marché mondial du riz, après des années de tensions sur les approvisionnements. Ensuite, l'assouplissement ou la levée de restrictions à l'exportation dans plusieurs grands pays producteurs – notamment l'Inde, qui avait interdit certaines exportations de riz pour prévenir des pénuries internes. Enfin, les perturbations affectant les circuits commerciaux internationaux ont contribué à détourner une partie des exportations vers des marchés plus accessibles, dont le Maroc.


L'Inde occupe d'ailleurs une position dominante sur le marché marocain. Selon un rapport du département américain de l'Agriculture (USDA), elle a exporté 46 000 tonnes de riz vers le Maroc lors de la campagne 2023/24, soit 52 % des importations totales. L'Égypte a également accru ses expéditions, bien que des sources industrielles indiquent qu'une partie significative de ce riz serait en réalité d'origine chinoise, reconditionné en Égypte avant d'être exporté.


Le paradoxe des exonérations fiscales

Fin décembre 2024, le ministère de l'Industrie et du Commerce avait décidé de suspendre les droits de douane et la TVA sur les importations de riz, dans l'objectif de stabiliser les prix sur le marché intérieur alors que la production locale venait de s'effondrer sous l'effet de la sécheresse. Une mesure pensée comme un filet de sécurité pour le consommateur, mais qui a pu, par effet collatéral, faciliter l'afflux massif de riz étranger que dénoncent aujourd'hui les producteurs nationaux.


La riziculture marocaine, bien que modeste à l'échelle mondiale, revêt une importance socio-économique majeure à l'échelle locale. Concentrée dans la plaine du Gharb – qui contribue à 75 % de la production nationale – et dans la région du Loukkos, elle occupe environ 12 000 hectares de sols hydromorphes, d'anciennes « merjas » où le drainage est si coûteux que le riz constitue souvent la seule culture viable.


La filière génère des revenus stables pour quelque 2 500 agriculteurs et crée environ 1,5 million de journées de travail par an. Elle est structurée autour de coopératives de la réforme agraire, qui exploitent plus des trois quarts des superficies emblavées. Les rendements, autour de 8 tonnes par hectare dans le Gharb, témoignent d'un savoir-faire technique réel, fruit de décennies d'investissement dans les semences certifiées et les techniques d'irrigation.


Après examen de la requête, le ministère a conclu que les éléments et renseignements présentés étaient objectifs, documentés et suffisants pour justifier l'ouverture de l'enquête. La Commission de surveillance des importations, réunie le 26 mars, a émis un avis favorable.


L'enquête, désormais en cours, devra établir si l'accroissement des importations cause effectivement un « dommage grave  » à la branche de production nationale, au sens des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Si tel est le cas, le Maroc pourrait imposer des mesures de sauvegarde temporaires – droits de douane supplémentaires, contingents quantitatifs ou autres restrictions – afin de donner à la filière locale le temps de se redresser.

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