AéronautiqueLe Maroc figure sur la shortlist de Ryanair pour ses futurs ateliers moteurs
Michael O'Leary, directeur général de Ryanair Holdings, a indiqué mardi à Vienne que le Maroc faisait désormais partie des six géographies en négociation active pour accueillir les deux futurs ateliers de maintenance, réparation et révision (MRO) moteurs du premier transporteur européen en nombre de passagers. Les cinq autres candidats sont l'Espagne, l'Italie, la Pologne, les États baltes et l'Irlande du Nord.
L'enveloppe d'investissement totale annoncée pour les deux sites s'élève à 800 millions de dollars (M $), a précisé O'Leary. D'après ce dernier, Ryanair prévoit d'arrêter le choix de son premier site « d'ici quelques mois ».
L'annonce prolonge le protocole d'accord signé le 10 février à Paris entre Ryanair et CFM International, coentreprise entre Safran Aircraft Engines et GE Aerospace, portant sur un contrat pluriannuel de plusieurs milliards de dollars (MM $) de fourniture de pièces détachées et de services. Ce contrat de 15 ans, qualifié de « critique » par Michael O'Leary, doit couvrir à la fois la révision des moteurs CFM56-7B et LEAP-1B équipant la flotte de Boeing 737 de la compagnie, et la disponibilité des pièces de rechange pour les deux futurs shops moteurs, dont la mise en service est attendue à partir de 2029.
Un basculement stratégique
L'opération marque une inflexion majeure pour la low cost irlandaise, qui internalise la maintenance moteurs après trois décennies de sous-traitance auprès de CFM sous contrat « power-by-the-hour ». Le calcul est double : se prémunir contre la flambée des coûts de révision estimés par Ryanair autour de 11 M $ par moteur et sécuriser la disponibilité des pièces dans un marché sous tension, les motoristes ne couvrant qu'environ 50 % de la capacité mondiale de révision.
Ryanair exploite aujourd'hui 647 Boeing 737-800 et 737-8-200 et table sur 208 millions de passagers transportés lors de l'exercice 2026. La flotte doit atteindre près de 800 appareils d'ici 2034, soit quelque 2 000 moteurs à entretenir, dont environ 200 en révision à tout moment. À cette échelle, l'internalisation devient, selon le patron de Ryanair, la seule option pour contenir l'inflation des coûts de maintenance attendue sur la prochaine décennie.
Pourquoi le Maroc ?
Le Royaume coche trois cases que recherche la low cost : une main-d'œuvre qualifiée et compétitive, un écosystème aéronautique en structuration rapide autour des pôles de Casablanca, Nouaceur et Tanger, et une proximité géographique avec les principales bases opérationnelles de Ryanair en Europe du Sud. Le critère décisif, selon les déclarations antérieures de Michael O'Leary, reste la disponibilité d'une main-d'œuvre compétitive en volume, un atout qu'il juge plus déterminant que les subventions publiques, qualifiées de « peu de chose » dans le dimensionnement du projet.
Le timing joue également pour Rabat. En décembre 2025, Ryanair a inauguré sa cinquième base marocaine à Rabat-Salé, assortie d'un investissement de 200 M $, portant son engagement cumulé dans le pays à plus de 1,6 milliard de dollars (MM $) et le nombre d'emplois directs et indirects soutenus à 8 500. La compagnie a fait du Maroc l'un de ses marchés à plus forte croissance, même si O'Leary a rappelé, ce mardi 21 avril, que l'Albanie et la Slovaquie restaient, à ce stade, les deux marchés à la progression la plus rapide du groupe.
Toutefois, plusieurs inconnues subsistent avant de conclure à une localisation marocaine. Le Maroc n'est qu'un candidat parmi six, et la péninsule ibérique, où Ryanair qui vient d'achever un hangar 6 baies à Séville et dispose d'un ancrage industriel profond, part avec une longueur d'avance logistique. La complexité de transport des moteurs, évoquée par O'Leary en février comme un argument en faveur de sites situés sur le continent européen, pourrait jouer contre les options non européennes, le Maroc inclus.
À l'inverse, un arbitrage favorable au Royaume confirmerait la montée en gamme industrielle significative du secteur aéronautique marocain depuis l'implantation des équipementiers de rang 1 dans les années 2010, en positionnant davantage le pays non plus seulement sur l'assemblage et la sous-traitance, mais aussi sur le segment à forte valeur ajoutée de la révision moteurs.
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