FinanceOCP lève 5 milliards de dirhams en dette hybride perpétuelle
OCP S.A. a bouclé ce 24 juin, par appel public à l'épargne, un emprunt obligataire subordonné perpétuel de 5 milliards de dirhams, intégralement souscrit. L'opération a été structurée en quatre tranches non cotées, négociables de gré à gré, d'une valeur nominale unitaire de 100 000 dirhams, sans échéance de remboursement et assorties d'options de remboursement anticipé ainsi que d'une faculté de différer le paiement des coupons. Les taux d'intérêt faciaux de la première année s'échelonnent de 2,87 % à 4,82 % selon la tranche. Ils se construisent à partir des taux de référence des bons du Trésor publiés par Bank Al-Maghrib au 1er juin - 2,27 % à 52 semaines, 2,94 % à six ans, 3,38 % à douze ans et 3,72 % à vingt ans -, augmentés d'une prime de risque croissante avec la maturité : 60 points de base sur la tranche courte, 70 puis 80 sur les tranches intermédiaires, et un saut à 110 points de base sur la tranche à vingt ans. Les premières fenêtres de remboursement sont échelonnées à partir du 23 juin 2032.
Une demande à rebours de la structuration
La répartition finale révèle une concentration marquée de la demande sur la maturité la plus courte. La tranche à taux révisable annuellement, indexée sur la référence 52 semaines, a absorbé 3,935 milliards de dirhams, soit près de 79 % du montant total, contre 360 millions pour la tranche révisable tous les six ans, 460 millions pour celle révisable tous les douze ans et 245 millions seulement pour la tranche révisable tous les vingt ans, qui offrait pourtant la prime de risque la plus élevée. Chaque tranche était initialement plafonnée à 1,25 milliard de dirhams. Le mécanisme d'allocation prévoyait de relever en priorité les plafonds des tranches longues, la tranche à vingt ans d'abord, puis celles à douze, six et un an, par paliers de 250 millions de dirhams, pour absorber tout surplus de demande. C'est l'inverse qui s'est produit : seule la tranche courte a vu son plafond rehaussé, à plus de trois fois son niveau de départ, tandis que les trois tranches longues sont restées en deçà du leur. Les souscripteurs ont ainsi privilégié l'instrument perpétuel tout en limitant leur exposition au risque de taux, par le jeu d'une révision annuelle du coupon.
Par catégorie de souscripteur, ce sont les organismes de placement collectif en valeurs mobilières qui ont porté l'essentiel de l'opération, avec 4,225 milliards de dirhams alloués, soit près de 85 % du total. Les organismes de retraite et de pension ont reçu 500 millions, les entreprises d'assurance et de réassurance 275 millions les établissements de crédit, les compagnies financières et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) n'ont, eux, obtenu aucune allocation. La large adhésion mise en avant par l'émetteur recouvre ainsi une base d'investisseurs très concentrée autour des OPCVM. Le communiqué ne précise ni le volume des ordres reçus ni un éventuel taux de couverture, là où l'émission internationale d'avril avait revendiqué un carnet souscrit 4,6 fois.
Un hybride au service du programme d'investissement
L'intérêt de l'instrument hybride réside dans son traitement à mi-chemin entre la dette et les fonds propres. Le caractère perpétuel et subordonné des titres, conjugué à la faculté de différer les coupons, permet généralement un classement partiel en quasi-fonds propres par les agences de notation, ce qui consolide les fonds propres économiques sans émission d'actions ni dégradation immédiate du levier comptable. La mécanique de step-up, une majoration de 25 points de base à la première date d'option, puis de 75 points de base supplémentaires une vingtaine d'années plus tard, crée une incitation au remboursement aux fenêtres prévues sans constituer une obligation, le groupe ne fournissant aucune garantie de remboursement. CDG Capital et Attijari Finances Corp. ont agi en qualité de conseils, CDG Capital et Attijariwafa Bank assurant le placement.
L'opération constitue la quatrième émission hybride d'OCP sur le marché domestique, après trois transactions menées depuis 2016, et fait suite à la levée hybride internationale de 1,5 milliard de dollars réalisée en avril, souscrite 4,6 fois auprès de 176 investisseurs issus de 23 pays, à des coupons de 6,74 % et 7,37 %. Elle s'inscrit dans une démarche d'optimisation de la structure de capital destinée à financer le programme d'investissement 2023-2027 du groupe, estimé à environ 13 milliards de dollars, qui prévoit de porter la capacité de production de solutions de nutrition des plantes d'environ 15 à 20 millions de tonnes d'ici 2027, via notamment la mine de Meskala et le complexe de Mzinda, tout en poursuivant ses objectifs d'autonomie hydrique et de neutralité carbone à l'horizon 2040.
Le recours répété aux hybrides traduit la volonté du groupe de mobiliser des ressources longues sans peser sur un profil de crédit qu'il tient à préserver. Noté Baa3 par Moody's assorti d'une perspective stable, soit un cran au-dessus de la signature souveraine, BBB- par S&P et BB+ par Fitch, OCP a clos l'exercice 2025 sur un chiffre d'affaires de 113,9 milliards de dirhams et une marge d'EBITDA de l'ordre de 38 %, pour une dette nette d'environ 13 milliards de dollars et un levier net proche de 2,76 fois l'EBITDA. Dans un marché tendu par la volatilité des prix du soufre et des engrais, cette nouvelle sortie hybride domestique allonge l'horizon des ressources du groupe et diversifie ses sources de financement, à des coupons en dirhams logiquement inférieurs aux coupons en dollars de l'émission internationale, reflet de l'écart entre les deux environnements de taux plus que d'un moindre coût de risque.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

