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ÉconomieCroissance modérée, finances assainies, commerce déséquilibré : les prévisions du HCP à l’horizon 2026

15.07.2025 à 10 H 04 • Mis à jour le 15.07.2025 à 10 H 26 • Temps de lecture : 6 minutes
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Le siège du Haut-Commissariat au Plan, à Rabat.
Portée par la reprise agricole, la vigueur de la demande intérieure et la relance de l’investissement, la croissance marocaine devrait se maintenir autour de 4% en 2025 et 2026, selon le HCP. Cette dynamique s’accompagnerait d’un allègement progressif du déficit budgétaire, malgré un déficit commercial persistant et une efficacité de l’investissement encore limitée

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de publier son « Budget économique exploratoire 2026 », livrant une photographie détaillée des perspectives économiques du Maroc pour les deux prochaines années. Malgré un environnement international incertain, le Royaume devrait maintenir une dynamique de croissance soutenue, portée par une reprise agricole, une demande intérieure résiliente et un effort d’investissement continu. Toutefois, des déséquilibres externes persistants continueront de peser sur la balance des paiements.


Une croissance de 4,4 % en 2025, tirée par l’agriculture et la demande intérieure

Après un taux estimé à 3,8 % en 2024, la croissance de l’économie marocaine devrait s’accélérer pour atteindre 4,4 % en 2025, avant de légèrement ralentir à 4 % en 2026. Cette progression est principalement attribuée au redressement du secteur agricole (+4,7 % en 2025, +3,3 % en 2026), qui bénéficierait de conditions climatiques plus favorables et d’une remontée de la production céréalière, projetée à 44 millions de quintaux. Les secteurs non agricoles devraient quant à eux progresser respectivement de 4,3 % en 2025 et de 4 % en 2026, confirmant leur rôle de socle structurel de la croissance.


La demande intérieure restera le principal moteur de l’activité, affichant une amélioration de 5,4 % en 2025 et de 4,6 % en 2026. La consommation des ménages devrait croître de 3,6 % et 3,4 % sur ces deux années, soutenue par la hausse des revenus agricoles, la revalorisation salariale issue du dialogue social, la baisse des tensions inflationnistes (1,9 % en 2025 puis 1,5 % en 2026) et la poursuite des transferts sociaux directs. L’investissement brut, dopé par les projets d’infrastructures, la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et l’amélioration du crédit, progresserait de 9,8 % en 2025 et de 7,2 % en 2026.


Amélioration budgétaire sur fond de reprise de l’activité

Le déficit budgétaire poursuivrait sa trajectoire de consolidation, passant de 3,8 % du PIB en 2024 à 3,6 % en 2025, puis à 3,4 % en 2026. Cette amélioration résulterait d’une hausse continue des recettes ordinaires, attendues à 23,7 % du PIB sur les deux exercices, portée notamment par les recettes fiscales (19,3 % du PIB en 2025 et 19,4 % en 2026) et non fiscales (entreprises publiques et innovations de financement). Les impôts directs et indirects se maintiendraient à des niveaux stables (8,8 % et 8,1 % du PIB respectivement).


Du côté des dépenses, la progression resterait contenue, autour de 27,8 % du PIB en 2025 et 27,3 % en 2026. Les dépenses ordinaires représenteraient 21,1 % du PIB en 2025, avant de descendre à 20,7 % en 2026. En recul, les charges de compensation ne pèseraient plus que 1 % du PIB en 2025 et 0,9 % en 2026. L’investissement public se stabiliserait à 6,8 % du PIB en 2025 et 6,6 % en 2026.


Cette discipline budgétaire devrait permettre une légère décrue des ratios d’endettement : la dette du Trésor passerait de 67,7 % du PIB en 2024 à 67,1 % en 2025 et à 66,7 % en 2026. Sur la même période, la dette publique globale, incluant les engagements garantis, baisserait de 79,8 % à 78,9 % du PIB.


Déficit commercial aggravé et contribution négative de la demande extérieure

En dépit de la performance attendue du secteur touristique et de la progression des exportations de phosphates et d’agroalimentaire, le déficit commercial devrait continuer de se creuser. Il passerait de 19,1 % du PIB en 2024 à 19,8 % en 2025, puis à 20,1 % en 2026. Le déficit du compte courant s’élargirait parallèlement à 1,8 % puis à 1,9 % du PIB.


La demande extérieure nette afficherait une contribution négative à la croissance économique : -1,4 point en 2025 et -0,9 point en 2026. Cette contre-performance résulte de la faiblesse de la demande européenne et d’un niveau d’importations stimulé par les besoins d’équipement et de consommation, dopés par la reprise intérieure. Le volume des importations croîtrait ainsi de 8,8 % en 2025 et de 7,9 % en 2026, tandis que les exportations progresseraient à un rythme plus modéré : +5,8 % en 2025 et +6,3 % en 2026.


Malgré une amélioration des exportations d’engrais, soutenues par la reconversion industrielle du secteur phosphatier, les performances du textile et de l’automobile devraient être pénalisées par une demande extérieure molle et par la transition technologique européenne vers l’électrique.


Une épargne en hausse, mais un besoin de financement accru

Le taux d’épargne intérieure progresserait pour atteindre 22,6 % du PIB en 2025 et 23,1 % en 2026, tandis que l’épargne nationale (incluant les revenus extérieurs) atteindrait respectivement 29,4 % et 29,8 % du PIB. Cependant, l’investissement brut resterait plus élevé (31,2 % en 2025 et 31,6 % en 2026), générant un besoin de financement de 1,8 % à 1,9 % du PIB.


Les réserves de change resteraient solides, couvrant près de 5 mois d’importations de biens et services. La masse monétaire évoluerait en ligne avec la croissance nominale du PIB, avec une hausse estimée à 7,1 % en 2025 et à 6,2 % en 2026.


Une croissance encore peu créatrice d’emplois

Malgré le maintien d’un taux d’investissement élevé, l’efficacité de ce levier reste questionnée. L’indicateur ICOR, mesurant le rendement du capital investi, reste élevé à 11,8 sur la période 2010-2023, traduisant une productivité faible. De plus, le contenu en emploi de la croissance économique s’est affaibli : seulement 20 000 emplois en moyenne créés par point de croissance entre 2010 et 2019, contre 30 000 dans la décennie précédente.


Un contexte international peu porteur

À l’échelle mondiale, le HCP prévoit un ralentissement de la croissance économique, limitée à 2,3 % en 2025 et 2,4 % en 2026. Le commerce mondial ralentirait fortement, grevé par des tensions géopolitiques persistantes, des politiques protectionnistes renforcées, et un fléchissement de la demande dans les grandes économies, notamment en Europe et en Chine.


Dans ce contexte, la stratégie marocaine de montée en gamme industrielle – en particulier via la valorisation du phosphate, la diversification de l’offre touristique et le renforcement de la demande domestique apparaissent comme des leviers clés pour préserver la trajectoire de croissance.

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