FinanceBank Al-Maghrib: le secteur bancaire marocain confirme sa robustesse en 2024
Dans un contexte international toujours incertain, marqué par des tensions géopolitiques persistantes et des conditions climatiques difficiles, le secteur bancaire marocain a fait preuve d’une solidité remarquable au cours de l’année précédente. C’est le constat dressé par Bank Al-Maghrib dans la 21e édition de son rapport annuel sur la supervision bancaire au titre de l’exercice 2024, qui souligne une année de stabilisation macroéconomique, de reprise modérée de l’activité de crédit et de nette amélioration de la rentabilité du système bancaire.
Bénéficiant d’une croissance économique de 3,8 % et d’un recul marqué de l’inflation à 0,9 %, le secteur a renforcé sa robustesse financière. Le taux directeur, abaissé à 2,5 %, a soutenu le redémarrage de l’activité, avec une hausse des crédits de 4,6 % et une progression soutenue des dépôts (+9,2 %). Dans le même temps, les indicateurs de solvabilité et de liquidité se sont améliorés, alors que la digitalisation, la gestion des risques climatiques et les réformes prudentielles poursuivaient leur montée en régime.
Un secteur en expansion, porté par la transformation digitale
Le paysage bancaire marocain continue de s’élargir. En 2024, le nombre des établissements sous la supervision de Bank Al-Maghrib est passé à 93, contre 88 un an auparavant, avec l’entrée de deux nouveaux établissements de paiement et de trois acteurs du financement collaboratif. Cette population comprend 19 banques conventionnelles, 5 banques participatives, 29 sociétés de financement, 6 banques offshore, 18 établissements de paiement, 11 associations de microfinance et 3 sociétés de crowdfunding, ainsi que la Caisse de dépôt et de garantie (CDG) et la Société nationale de garantie et du financement de l'entreprise (SNGFE), surnommée Tamwilcom. Onze établissements sont cotés en Bourse, représentant 35 % de la capitalisation boursière. À l’international, la présence des groupes bancaires marocains reste stable, s’étendant à 36 pays via 98 représentations.
La digitalisation poursuit sa marche en avant, entraînant une contraction du réseau d’agences, qui passe à 5 692 unités, après une baisse de 120 agences pour les banques conventionnelles et une hausse de 7 pour les participatives. En parallèle, le nombre de guichets automatiques progresse à 8 328, soit 86 nouveaux guichets, et les établissements de paiement étendent leur présence à plus de 32 000 points. Cette dynamique favorise l’inclusion financière : le taux de détention de comptes bancaires atteint désormais 58 % de la population adulte, soit une hausse de 4 points, pour un total de 38,2 millions de comptes.
Le parc de cartes bancaires a atteint 22,6 millions d’unités, tandis que les comptes de paiement frôlent les 14 millions, dont près de 4 millions sont actifs. Le développement du paiement électronique suit la même tendance, avec 94 387 terminaux en service (+13 %) et plus de 80 000 commerçants équipés, dont 93 % acceptent les Mobile Wallets. Côté emploi, les effectifs du secteur bancaire poursuivent leur progression, avec 56 454 salariés (+1,6 %).
Une performance solide dans un cycle économique en reprise
Sur fond de reprise économique, le secteur bancaire affiche une santé robuste. Le bilan agrégé des banques bondit de 8,7 %, représentant désormais 120 % du PIB. L’assouplissement monétaire a favorisé l’expansion du crédit (+4,6 %), tiré par les prêts à l’équipement (+18,7 %) et aux entreprises publiques (+7 %). Les crédits aux ménages, en revanche, ralentissent (+1,2 %), tout comme ceux aux entreprises privées (+2,2 %).
Par secteur, les financements progressent dans les industries extractives (+12,4 %) et l’énergie (+6,5 %), mais reculent dans le textile (-12,4 %) et l’hôtellerie (-13,1 %). Les banques augmentent leur exposition aux titres, avec un portefeuille en hausse de 15,3 %, stimulé par les bons du Trésor (+14,2 %) et les titres de participation (+11,9 %).
La collecte des dépôts a bénéficié notamment de l’opération de régularisation fiscale, avec un total en progression de 9,2 % à 1 275 milliards de dirhams (MMDH). Les dépôts à vue, qui constituent plus de 70 % des ressources, progressent de 11,1 %. La hausse des dépôts des entreprises privées (+14,8 %) contraste avec la faible progression de ceux des MRE (+1,8 %). La demande de liquidité reste forte, avec un recours accru à Bank Al-Maghrib (+20,8 %).
Rentabilité bancaire : net redressement des résultats
Malgré un coût du risque en forte hausse (+38,5 %), le secteur bancaire a vu son résultat net consolidé bondir de 24,1 % à 15,7 MMDH. Cette performance est portée par un produit net bancaire en croissance de 16,3 % à 68 MMDH, une hausse des marges d’intérêt (+7,3 %) et de commissions (+7,8 %), ainsi qu’un rebond spectaculaire des activités de marché (+58,5 %).
Les fonds propres atteignent 167,8 MMDH (+3,6 %), tandis que les ressources obligataires ralentissent (+2,6 %). Le coefficient d’exploitation s’améliore à 42,1 %, et les indicateurs de rentabilité progressent : 0,9 % pour les actifs et 9,5 % pour les fonds propres. La marge d’intermédiation atteint 3,11 %, traduisant une meilleure efficience du système bancaire.
Les banques participatives poursuivent leur consolidation. Pour la deuxième année consécutive, elles bouclent l’exercice sur un résultat net positif (97,4 MDH), grâce à une hausse de 22 % de leur produit net bancaire. Leurs financements, principalement immobiliers via la Mourabaha, augmentent de 19,9 % à 33,8 MMDH. Les dépôts progressent de 30,5 % à 15,8 MMDH, et leur LCR moyen atteint 195 %.
Les sociétés de financement affichent une croissance de l’activité (+7,6 %), mais une baisse du résultat net global (-4,1 % à 1,4 MMDH). Si le crédit à la consommation et le leasing progressent, les sociétés de crédit à la consommation voient leur bénéfice reculer de 13,3 %, tandis que les sociétés de crédit-bail enregistrent une amélioration de 9,8 %.
Les banques offshore, de leur côté, voient leur activité se contracter (-5,8 %), malgré une amélioration de leur résultat net (+20,2 %). Le secteur de la microfinance connaît un net rebond, avec un résultat cumulé quadruplé à 248 MDH, malgré des pertes dans plusieurs petites associations.
Risques bancaires : des créances maîtrisées et des fondamentaux solides
Malgré un contexte économique encore marqué par l’incertitude, la qualité des actifs du secteur bancaire marocain est restée globalement stable en 2024. Les créances en souffrance ont progressé de 2,7 % pour atteindre 97,4 milliards de dirhams, mais leur part dans l’encours global de crédits a légèrement reculé, s’établissant à 8,4 % en base sociale (et à 9 % en base consolidée), traduisant un certain maintien de la maîtrise du risque. Le taux de couverture des créances douteuses est resté élevé, à 69 % en moyenne, et même à 76 % pour les créances compromises, ce qui témoigne de la prudence continue des établissements dans la gestion du risque de crédit.
Sur le segment des ménages, l’encours des créances en souffrance a connu une hausse plus marquée de 6,7 %, atteignant 44,6 milliards de dirhams, pour un taux de sinistralité de 10,5 % (+0,3 point sur un an). Ce taux grimpe à 10,6 % pour les seuls ménages résidents. Toutefois, dans le détail, une légère amélioration est observée sur le crédit à la consommation, dont le taux de sinistralité recule à 12,3 %, contre 12,7 % l’année précédente.
S’agissant des entreprises non financières, les évolutions sont contrastées. Les secteurs du commerce et de l’industrie manufacturière affichent une dégradation de la qualité des portefeuilles, avec une augmentation de leurs taux de sinistralité. À l’inverse, le secteur du BTP, traditionnellement exposé au risque, montre des signes d’assainissement. Les créances sur les entreprises publiques, elles, reculent de 5,8 %, tandis que celles sur les TPME, en hausse de 2,4 %, conservent un taux de défaut élevé (près de 15 %). À l’international, les créances en souffrance restent contenues, bénéficiant d’un taux de couverture supérieur à 80 %.
Du côté de la liquidité, Bank Al-Maghrib a intensifié ses interventions sur le marché monétaire, injectant en moyenne 137,1 milliards de dirhams par semaine afin de répondre aux besoins persistants des banques. Malgré cette tension, le secteur bancaire continue d’afficher une position robuste. Le coefficient de couverture des besoins en liquidité à court terme (LCR) s’établit à un niveau confortable de 182 %, soutenu par une progression notable des actifs liquides (+26,5 %).
Enfin, sur le plan prudentiel, les fondamentaux restent solides. Le ratio moyen de solvabilité atteint 16,2 % pour les banques conventionnelles et 15,2 % pour les banques participatives, dépassant largement les minima réglementaires de 12 % et 9 % respectivement. Le ratio de fonds propres de catégorie 1 ressort à 13,5 %, tandis que le ratio de levier bancaire dépasse les 7,7 %, confirmant la résilience du secteur face aux chocs potentiels.
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