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FootballCAF Awards 2025 à Rabat : le Maroc consacre son modèle et s’offre une moisson historique

19.11.2025 à 20 H 38 • Mis à jour le 20.11.2025 à 10 H 31 • Temps de lecture : 10 minutes
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Achraf Hakimi recevant le trophée du Meilleur joueur africain de l'Année aux CAF Awards 2025.
En s’adjugeant six trophées majeurs lors des CAF Awards 2025 à Rabat, dont le sacre d’Achraf Hakimi, le Maroc ne célèbre pas seulement des champions : il consacre un modèle sportif structuré, devenu la référence du football africain sur la route de la CAN 2025 et du Mondial 2030

En raflant six des onze distinctions majeures lors des CAF Awards 2025, organisés mercredi soir à Rabat, le football marocain s’est offert bien plus qu’une collection de trophées. Avec, en point d’orgue, le sacre d’Achraf Hakimi comme Joueur africain de l’année, cette soirée entérine la montée en puissance d’un modèle patiemment construit, où formation, infrastructures et stratégie politique convergent pour faire du Royaume l’un des centres névralgiques du football africain et mondial.

 

Une moisson sans précédent qui consacre une trajectoire

À domicile, le Maroc a dominé la cérémonie comme rarement un pays africain l’a fait. Le Royaume repart avec le prix du meilleur joueur africain pour Achraf Hakimi, de la meilleure joueuse pour Ghizlaine Chebbak, du meilleur gardien de but pour Yassine Bounou, du meilleur jeune joueur pour Othmane Maamma, de la meilleure jeune joueuse pour Doha Madani, ainsi que le titre de la meilleure sélection africaine masculine pour les U20, champions du monde au Chili.


Cette avalanche de distinctions ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un continuum de résultats : demi-finale historique au Mondial 2022 au Qatar, qualification maîtrisée pour la Coupe du monde 2026, sacre mondial U20 à Santiago, rayonnement continental du football féminin avec les Lionnes de l’Atlas, sans oublier l’ancrage des clubs marocains dans les compétitions interclubs africaines.


Que Rabat accueille pour la deuxième année consécutive cette grand-messe de la CAF n’a rien d’anecdotique. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, l’a rappelé depuis la scène : le football africain n’a « rien à envier au meilleur du football mondial » et le Maroc, « terre des champions du monde U20  », est devenu une plateforme d’organisation et de développement que les instances internationales citent en exemple.


Hakimi, cinquième Ballon d’or africain marocain et vitrine d’un pays

Au centre de cette soirée : Achraf Hakimi. Le latéral droit du Paris Saint-Germain, déjà classé sixième au Ballon d’Or remis en septembre à son coéquipier Ousmane Dembélé, voit enfin le continent graver son nom au palmarès du meilleur joueur africain de l’année 2025. Il devient ainsi le cinquième Marocain à soulever ce « Ballon d’Or africain » après Ahmed Faras en 1975, Mohammed Timoumi en 1985, Badou Zaki en 1986 et Mustapha Hadji en 1998.


Hakimi arrive à ce sacre au sommet de sa carrière. Avec le PSG, il sort d’une saison pleine : dix buts, douze passes décisives, un triplé domestique Ligue 1 - Coupe de France - Trophée des champions, une Super Coupe d’Europe et, surtout, la Ligue des champions 2024-2025, sa deuxième après celle remportée avec le Real Madrid en 2018. En sélection, il reste l’un des principaux artisans de la qualification des Lions de l’Atlas à la Coupe du monde 2026.


Son discours, au moment de recevoir le trophée des mains de Gianni Infantino, résume l’angle marocain de cette soirée. Hakimi dédie son titre « à tous les Marocains et Africains qui rêvent de jouer au football un jour », remercie « tous ceux qui ont cru en (lui) » et cite explicitement le roi Mohammed VI, dont il souligne la « vision clairvoyante » et le rôle déterminant dans la mise à disposition de moyens structurants pour le football national. Il remercie aussi Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), pour le soutien constant à l’équipe nationale, avant de promettre que les Lions « donneront le meilleur d’eux-mêmes » pour aller chercher la CAN 2025 à domicile.


Au-delà de l’émotion, ce sacre donne un contenu politique à la soirée : Hakimi n’est pas seulement un joueur qui gagne des titres en Europe, il devient le visage international d’un projet national, celui d’un Maroc qui se veut puissance sportive émergente et trait d’union entre l’Afrique et l’Europe.


Bounou et Chebbak, symboles d’un Maroc pluriel et ambitieux

Si Hakimi incarne la réussite d’un joueur formé très tôt au plus haut niveau européen, deux autres figures marocaines ont structuré la narration de cette cérémonie : Yassine Bounou et Ghizlaine Chebbak.


À 34 ans, Bounou décroche un nouveau titre de meilleur gardien africain de l’année, au terme d’une carrière déjà riche : héros de Séville en Ligue Europa 2020, premier gardien africain à remporter le Trophée Zamora en Liga en 2022, gardien du club saoudien Al Hilal, et surtout pilier des Lions de l’Atlas lors du Mondial 2022, avec ses parades décisives face à l’Espagne, la Belgique ou le Portugal. Calme, discret, rarement dans l’esbroufe, il est devenu un modèle pour toute une génération de jeunes gardiens marocains et africains.


Son parcours raconte aussi un autre pan du « modèle marocain ». Formé au Wydad Casablanca, passé par l’Atlético Madrid, Saragosse, Girona puis Séville, Bounou illustre un continuum entre formation locale et maturation en Europe, avant un retour au centre de gravité africain via l’Arabie saoudite. Dans son cas comme dans celui d’Hakimi, le Maroc exporte du talent, mais la sélection nationale reste l’espace où se cristallise la reconnaissance.


Chebbak, sacrée meilleure joueuse africaine de l’année, porte quant à elle le récit du renouveau du football féminin marocain. Fille de l’ancien international Larbi Chebbak, meneuse de jeu et capitaine des Lionnes, elle grave son nom dans un palmarès longtemps dominé par les Nigérianes et les Sud-Africaines. Première Marocaine à obtenir ce titre, elle incarne à la fois la continuité – l’héritage familial, le lien avec les années 1970 – et la rupture : une femme africaine au sommet, produit d’une politique assumée de développement du football féminin.


Ses performances lors de la CAN et du Mondial féminin, son Soulier d’or de la dernière CAN avec cinq buts, sa constance au très haut niveau ont pesé lourd dans la balance. Recevant son trophée des mains de Patrice Motsepe, Chebbak a, elle aussi, insisté sur la « vision éclairée » de Mohammed VI et sur le travail de la FRMF, tout en appelant les jeunes Africaines à croire en leurs rêves malgré les obstacles. Là encore, l’individuel rejoint le systémique : derrière Chebbak, ce sont les structures mises en place, des clubs comme l’AS FAR jusqu’aux compétitions nationales féminines, qui sont validées.


Maamma, Madani et la génération U20 : la preuve par la formation

Les distinctions décernées à Othmane Maamma et Doha Madani, ainsi que le titre de meilleure sélection africaine de l’année pour les U20, éclairent la face la plus stratégique du projet marocain : la formation.


À vingt ans, Maamma, milieu offensif de Watford, rafle le trophée de meilleur jeune joueur africain après avoir déjà été élu meilleur joueur du Mondial U20 remporté par les Lionceaux de l’Atlas au Chili en octobre. Son jeu mêlant créativité, discipline tactique, leadership et capacité à faire basculer un match par une passe, un pressing intelligent ou un but décisif en a fait la plaque tournante du dispositif de Mohamed Ouahbi. Sa performance en finale contre l’Argentine, où il a dominé l’entrejeu, a fini de convaincre observateurs et recruteurs.


Doha Madani, vingt ans elle aussi, sociétaire de l’AS FAR, est sacrée meilleure jeune joueuse africaine. Son profil symbolise la montée en gamme du football féminin de club au Maroc, où les académies et structures professionnelles commencent à produire des talents capables de rayonner rapidement sur la scène continentale.


Le cœur du dispositif se trouve toutefois dans la sélection U20, désignée équipe nationale masculine de l’année après son triomphe au Mondial chilien. Vainqueurs successivement de l’Espagne, du Brésil, de la Corée du Sud, des États-Unis, de la France et de l’Argentine, les Lionceaux de l’Atlas n’ont pas seulement gagné un titre : ils ont imposé une identité de jeu, fondée sur un bloc compact, des transitions rapides, une forte maîtrise technique et une mentalité compétitive qui n’a plus rien de complexe face aux grandes nations historiques.


Cette équipe incarne un modèle hybride : plusieurs de ses cadres – Yassir Zabiri, Fouad Zahouani, Houssam Essadak, Yassine Khalifi – sont issus de l’Académie Mohammed VI de Football, tandis que d’autres évoluent dans les meilleurs centres européens. La combinaison de ces deux réservoirs, local et international, produit un groupe à la fois techniquement solide, tactiquement éduqué et mentalement armé.


L’Académie Mohammed VI, colonne vertébrale du « modèle marocain »

En filigrane de la plupart de ces trajectoires, on retrouve un même point de départ : l’Académie Mohammed VI de Football, inaugurée en 2009. Pensée comme une élite factory mêlant excellence sportive, suivi scolaire et accompagnement individuel, elle est devenue, en une quinzaine d’années, l’un des principaux réservoirs de talents du pays pour les sélections jeunes et, de plus en plus, pour l’équipe A.


Les méthodes de l’Académie – rigueur quotidienne, intelligence de jeu, polyvalence tactique – irriguent désormais l’ensemble de la pyramide. Plusieurs générations y ont été formées, certaines étant parties directement en Europe, d’autres ayant transité par la Botola avant de s’exporter. La réussite des U20 au Chili, comme les performances de joueurs confirmés, est souvent l’aboutissement d’un cycle de dix à douze ans de travail.


Fouzi Lekjaa ne s’en cache pas : dans son discours à Rabat, il a insisté sur la « prise de conscience générale de la nécessité de faire confiance à nos jeunes » et sur l’importance de leur offrir des conditions leur permettant « d’exceller et de relever les défis ». Pour lui, l’expérience marocaine s’inscrit clairement dans une « politique nationale d’envergure » où le sport est considéré comme un levier à part entière du développement global.


Rabat, capitale africaine du football avant la CAN 2025 et le Mondial 2030

La dimension géopolitique de cette soirée ne doit pas être sous-estimée. En transformant Rabat en scène permanente du football africain – barrages de la Coupe du monde 2026, CAF Awards 2024 et 2025, compétitions continentales, préparation de la CAN 2025 et, plus loin, co-organisation du Mondial 2030 –, le Maroc consolide son statut de hub sportif.


Gianni Infantino, Patrice Motsepe et de nombreux responsables africains n’ont cessé de louer les infrastructures et la logistique du Royaume, présentés comme un modèle à l’échelle continentale. Dans le même temps, Lekjaa a rappelé que le Maroc, sous la conduite de Mohammed VI, entend rester « cet arbre qui plonge ses racines en Afrique et étend ses branches vers l’autre rive de la Méditerranée », formule, inspirée de Hassan II, qui résume la stratégie de soft power sportif : assumer son africanité tout en s’adossant à une projection euro-méditerranéenne.


La réussite aux CAF Awards 2025 ne se résume donc pas à des trophées alignés sur une étagère. Elle vient valider une architecture d’ensemble, où les victoires des U20 au Chili, les exploits de Bounou au Mondial 2022, les titres européens d’Hakimi et la consécration de Chebbak dessinent une même trajectoire.


À la veille d’accueillir la CAN 2025 et à quelques années du Mondial 2030, le Maroc aborde la suite avec un double défi : transformer ces signaux de puissance en titres majeurs avec les Lions et les Lionnes de l’Atlas, et maintenir dans la durée un modèle fondé sur la formation, la gouvernance et l’investissement public. Pour l’heure, le message envoyé depuis Rabat le suivant : le centre de gravité du football africain s’est déplacé, et le Royaume entend bien y rester.

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