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AgricultureAprès la sécheresse de 2025, les pluies laissent espérer une meilleure récolte céréalière

03.02.2026 à 16 H 30 • Mis à jour le 03.02.2026 à 17 H 28 • Temps de lecture : 6 minutes
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Lors d'une opération de semis direct, pilier essentiel du développement d'une agriculture résiliente face au changement climatique.
Après une sécheresse sévère en 2025, l'abondance des pluies hivernales redonne espoir aux agriculteurs. Les barrages atteignent leurs plus hauts niveaux depuis 2018, laissant présager une meilleure récolte céréalière pour 2026

Après une année 2025 marquée par une sécheresse sévère, le Maroc entrevoit enfin une éclaircie. Les précipitations abondantes enregistrées depuis décembre 2025 ont transformé les perspectives de la campagne céréalière 2025/26, redonnant espoir aux agriculteurs. C'est ce qui ressort du dernier bulletin du Système mondial d'information et d'alerte rapide de la FAO (SMIAR), publié le 2 février.


Un retournement de situation bienvenu

Les semis des céréales d'hiver – blé et orge principalement, mais aussi maïs et pommes de terre, autres cultures alimentaires majeures du Royaume – ont certes démarré avec un léger retard fin décembre 2025 en raison d'une arrivée tardive des pluies. Mais ce délai a été largement compensé par l'abondance des précipitations qui ont suivi. Les réservoirs d'irrigation des régions clés ont vu leurs niveaux remonter significativement, tandis que l'humidité des sols s'est nettement améliorée, offrant des conditions propices à l'établissement et au développement précoce des cultures.


Les chiffres parlent d'eux-mêmes : au 3 février 2026, le taux de remplissage des barrages atteint 61,2 % à l'échelle nationale, contre seulement 27,7 % à la même date l'an dernier. Dans le bassin du Loukkos, au nord du pays, les cinq grands barrages affichent même un taux de remplissage de 100 %. Ces réserves devraient encore augmenter au printemps, lorsque les importantes chutes de neige tombées sur l'Atlas fondront et alimenteront les cours d'eau.


Les données géospatiales confirment cet optimisme. L'indice de santé de la végétation (VHI), mesuré à la deuxième décade de janvier 2026, affiche des valeurs favorables sur la majeure partie des zones agricoles du nord et du centre du pays. Les prévisions météorologiques tablent sur des précipitations proches de la normale jusqu'en avril, même si des déficits localisés pourraient affecter certaines zones des régions orientales et centrales.


Tourner la page d'une année 2025 difficile

Ce regain d'optimisme contraste fortement avec le bilan de la campagne précédente. La production céréalière 2025 s'est établie à 4,535 millions de tonnes, soit 13 % en dessous de la moyenne quinquennale (2020-2024) de 5,223 millions de tonnes, même si elle affiche une hausse de 41 % par rapport à la catastrophique année 2024 qui n'avait enregistré que 3,212 millions de tonnes.


Le détail par culture révèle des situations contrastées. Le blé a atteint 3,5 millions de tonnes en 2025, contre 2,442 millions en 2024, soit une progression de 43 %, mais un niveau qui reste inférieur à la moyenne de 3,882 millions de tonnes. L'orge s'est établie à 950 000 tonnes, contre 659 000 en 2024, en hausse de 44 %, pour une moyenne de 1,226 million de tonnes. Le riz paddy a atteint 15 000 tonnes, contre 10 000 en 2024, une progression de 50 % qui le rapproche de la moyenne de 46 000 tonnes. Enfin, les autres céréales ont reculé de 31 % pour s'établir à 70 000 tonnes, contre 101 000 tonnes en 2024.


La cause principale de ce déficit global réside dans des conditions climatiques désastreuses en début de cycle cultural. Entre décembre 2024 et février 2025, les précipitations cumulées avaient chuté de plus de 60 % par rapport aux normales saisonnières dans les principales régions productrices. Les pluies tardives de mars et avril n'avaient pas suffi à reconstituer les réserves hydriques des sols ni à permettre une récupération adéquate des rendements.


Un dispositif d'importation renforcé en attendant la récolte

En attendant de confirmer les promesses de la nouvelle campagne, le Maroc reste fortement dépendant des marchés internationaux. Les importations pour la campagne 2025/26 (juillet-juin) sont estimées à environ 11 millions de tonnes, un volume en hausse de 20 % par rapport à la moyenne quinquennale d'environ 9 millions de tonnes, et qui dépasse nettement les quelque 8 millions de tonnes importées en 2024/25.


Pour amortir l'impact sur les consommateurs, le gouvernement a prolongé jusqu'en avril 2026 le dispositif de subvention des importations de blé tendre, initialement prévu jusqu'en décembre 2025. Cette mesure vise à stabiliser les prix de la farine et à garantir l'approvisionnement en pain pour la population.


Le dispositif semble porter ses fruits. Malgré les tensions sur l'offre domestique, l'inflation alimentaire annuelle n'a progressé que de 1 % en 2025 par rapport à 2024. Cette hausse modérée est principalement imputable aux prix de la viande fraîche et du poisson, tandis que les prix des céréales ont paradoxalement diminué grâce aux mesures de soutien gouvernementales.


Le revers de la médaille : des inondations dans le Nord

Cette abondance de pluies a toutefois son revers. Les fortes précipitations dans le nord du pays provoquent actuellement des évacuations d'urgence. La Direction générale de la météorologie (DGM) a émis une alerte rouge le lundi 2 février, prévoyant jusqu'à 150 mm de pluie sur les régions de Chefchaouen, Tétouan et Larache. Des chutes de neige sont également attendues à partir de 1 500 mètres d'altitude sur l'ensemble de la chaîne de l'Atlas.


Les bassins du Loukkos et du Sebou sont particulièrement exposés au risque d'inondation. À Ksar El-Kébir, sur le Loukkos, certaines rues sont déjà submergées. Les forces auxiliaires et la gendarmerie, déployées depuis le vendredi 30 janvier, procèdent à l'évacuation des habitants vers des zones sécurisées au moyen de bus et de trains spécialement affrétés. La nécessité d'ouvrir les vannes du barrage Oued El Makhazine, rempli à pleine capacité, accentue le risque de nouvelles crues en aval.


Des perspectives économiques encourageantes

Malgré ces perturbations localisées, le bilan global reste largement positif pour l'économie marocaine. Si le secteur agricole ne représente qu'environ 9 % du PIB, il emploie plus de 23 % de la population active. Une bonne année agricole se traduit par une hausse de la demande des ménages ruraux et stimule l'activité dans l'ensemble de l'économie.


Si les conditions météorologiques se maintiennent conformément aux prévisions jusqu'à la fin du printemps, et sans dégradation majeure due aux intempéries, la récolte 2026 pourrait permettre au royaume de réduire sa dépendance aux importations et de retrouver des niveaux de production plus conformes à son potentiel agricole. De quoi nourrir un optimisme prudent pour les mois à venir.

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