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FootballMaroc-Paraguay (2-1) : Hakimi, autoroute à droite, péage à gauche

31.03.2026 à 22 H 36 • Mis à jour le 01.04.2026 à 13 H 26 • Temps de lecture : 7 minutes
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Achraf Hakimi durant le match Maroc-Paraguay à Lens le 31 mars.
Dominateurs en première mi-temps, expéditifs au retour des vestiaires, puis recroquevillés dans les trente dernières minutes, les Lions de l'Atlas ont dompté le Paraguay (2-1) mardi soir dans un Bollaert-Delelis archicomble. Deux éclairs signés El Khanouss et El Aynaoui, un boulevard nommé Hakimi, et une fin de match en apnée. Récit d'une soirée lensoise entre maîtrise et frissons

Il y a des soirées où Bollaert ne fait pas semblant. Le vieux chaudron lensois, temple d'un football de sueur et de tripes, s'est offert mardi soir une parenthèse marocaine, le genre de parenthèse dominée par le claquement de drapeaux rouge et vert sur les rambardes. Archicomble, fiévreux et acquis à la cause des Lions de l'Atlas. Ces derniers ont fait ce qu'ils savent faire de mieux ces derniers temps : prendre les choses en main, souffler le chaud et le tiède, puis serrer les dents quand le vent tourne.


Premier acte : la domination sans la récompense

Côté composition, Mohamed Ouhabi avait décidé de secouer le cocotier, avec plusieurs changements par rapport au onze aligné contre l'Équateur à Madrid, vendredi dernier. Redouane Halhal est propulsé dans la charnière centrale, Anass Salah-Eddine est installé à gauche de la défense, et un trio offensif inédit – Gessime, Talbi, Rahimi – est chargé de faire des misères à l’Albirroja. Au milieu, le tandem formé par Samir El Mourabet et Bilal El Khanouss avait quant à lui pour mission de faire circuler le ballon comme un secret de famille qu'on ne partage qu'entre initiés.


Le pressing marocain, dès les premières secondes, donne le ton. Haut, agressif, étouffant. Les Paraguayens, coincés dans leur moitié de terrain comme des touristes perdus dans la médina de Fès, peinent à trouver la sortie. Sur le côté gauche, Chemsdine Talbi s'amuse, déborde, provoque. On sent que quelque chose peut se passer, mais le football a cette sale habitude de ne pas récompenser les plus gourmands.


Quatorzième minute : Yassine Gessime arme de loin. Le ballon survole la transversale. La frappe avait la conviction, pas la trajectoire. Puis vient le quart d'heure paraguayen – parce que même les équipes dominées finissent par trouver un interstice, un décalage, une virgule dans le récit de l'autre. 21e minute : double occasion pour la Albirroja, double arrêt de Bounou. Le gardien du onze national, impérial dans son rectangle, rappelle au passage qu'il n'est pas venu à Lens pour faire du tourisme dans le Pas-de-Calais. Trois minutes plus tard, rebelote. Bounou, encore, infranchissable, comme un videur de boîte de nuit qui fait dans l’excès de zèle.


Le match s'encrasse alors dans un bras de fer physique. Gustavo Alfaro, le sélectionneur paraguayen, a verrouillé les issues. Bloc bas, lignes serrées, transitions rapides. Le football sud-américain dans sa version la plus pragmatique, celle qui ne fait pas rêver les esthètes, mais qui empoisonne les techniciens. Les cinq dernières minutes de la première période voient les Marocains camper aux abords de la surface adverse, frapper à la porte sans trouver la clé. Mi-temps : 0-0. Le score ment, mais le score a toujours raison.


Deuxième acte : le flanc droit comme boulevard

Et puis tout bascule. Parce qu'il suffit parfois de changer de trottoir pour trouver ce qu'on cherchait de l'autre côté de la rue.


Après une première période orientée côté gauche, les Lions de l'Atlas décident de frapper à droite. Et à droite, il y a Achraf Hakimi. Autant dire qu'il y a un problème pour la défense paraguayenne.


48e minute. Action fluide sur le flanc droit. Gessime, le Strasbourgeois au toucher de balle soyeux, trouve Hakimi dans sa course. Le Parisien, lancé comme un TGV dans la plaine du Gharb, centre vers la surface. Bilal El Khanouss est là, au bon endroit, au bon moment, avec ce sens du timing qui distingue les bons joueurs des très bons joueurs. 1-0. Bollaert explose. Le bruit monte des tribunes comme une vague qui n'a pas l'intention de retomber.


Cinq minutes. Il aura fallu cinq minutes pour que le même scénario se reproduise, presque à l'identique, comme un copier-coller footballistique. 53e minute : Gessime, encore lui, sert Hakimi, encore lui, qui déborde sur la droite à une vitesse qui ferait passer un radar de l'A1 pour un appareil défectueux. Centre en retrait, Neil El Aynaoui surgit et pousse le ballon au fond. 2-0. Le remake est parfait. Même réalisateur – Gessime –, même acteur principal – Hakimi –, fin différente – El Aynaoui au lieu d'El Khanouss. Le cinéma marocain à son meilleur.


Troisième acte : le repli et la frayeur

Alors, bien sûr, à 2-0, on pourrait croire que le Maroc allait dérouler. Mais le football, surtout le football amical, a cette tendance à relâcher les fils quand le filet semble déjà plein. Les trente dernières minutes ressemblent à un film dont on connaît la fin, mais dont on redoute quand même le rebondissement.


Les Lions reculent. Pas par choix, plutôt par gravité naturelle : quand les jambes pèsent un peu plus et que le score est confortable, le corps humain a ce réflexe de calculateur comptable. Pourquoi risquer quand on peut gérer ? Le Paraguay, lui, sent l'ouverture. Les Sud-Américains poussent, grattent, cherchent la faille. Zakaria El Ouahdi, sentinelle impeccable, sauve une balle sur la ligne dans un geste qui vaut trois points à lui seul – ou plutôt deux buts, en l'occurrence.


Mais à la 88e minute, Gustavo Caballero trouve la faille. 2-1. Le frisson parcourt Bollaert. Les deux dernières minutes plus les arrêts de jeu deviennent soudain beaucoup plus longs que prévu. Le Paraguay y croit, le Maroc serre les dents. Le coup de sifflet final tombe comme une délivrance.


Beaucoup d'ambition, « mais aussi beaucoup d'humilité »

En conférence de presse, Mohamed Ouahbi avait le visage de ceux qui savent qu'ils n'ont pas encore tout vu, mais qui apprécient ce qu'ils ont sous les yeux. Satisfait, sans être exalté. Le sélectionneur a d'abord posé le cadre : ce match n'avait rien à voir avec celui contre l'Équateur, vendredi à Madrid.


Autre adversaire, autres problèmes, autres connexions à trouver. Et c'est précisément ce travail d'adaptation qui l'intéressait.


Pas question, pour autant, de tirer des conclusions définitives. Ouahbi préfère garder la tête froide : ce qui compte, à ses yeux, c'est autant le niveau de jeu de ses hommes que celui des adversaires qui les attendront lors de la Coupe du Monde. Le Mondial, justement, est l'horizon qui dicte chaque décision. Le technicien national a pris un groupe élargi pour ce rassemblement, en sachant pertinemment que certains joueurs ne verraient pas le terrain. Une manière de ratisser large avant de tailler dans le vif : seuls les plus performants embarqueront pour la grande aventure.


Mais pas de révolution. Ouahbi est un bâtisseur patient, pas un dynamiteur : il insiste sur la cohérence, refuse de tout chambouler d'un coup. On construit brique par brique, pas à coups de masse. Et quand on lui parle des attentes qui pèsent sur cette sélection depuis ses performances récentes, il répond avec cette formule qui résume toute sa philosophie : « Nous voulons avoir beaucoup d'ambition, mais aussi beaucoup d'humilité. » Le genre de phrase qui pourrait passer pour un lieu commun si elle ne collait pas aussi bien à ce qu'on a vu sur le terrain : une équipe capable du meilleur comme du (presque) pire, mais qui avance.


Premier rassemblement bouclé, deux matchs, une victoire et un nul. Ouahbi a conclu en saluant la sérénité du stage. Et Bollaert, ce soir-là, a vibré. Comme il sait si bien le faire.

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