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Rirha, nouvelle place forte de la présence romaine au Maroc ?
Le site archéologique de Rirha révèle-t-il une nouvelle place forte de la présence romaine au Maroc ? C'est en tout cas ce que laissent entrevoir les résultats de la dernière campagne de fouilles archéologiques menée par une équipe franco-marocaine sous la direction de Mohamed Alaoui Kbiri. Ce professeur au département d'archéologie préislamique de l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) et son équipe ont mis au jour un complexe thermal d'importance sur le site de Rirha. Situé sur les berges de l'Oued Beht, à quelques kilomètres au sud de Sidi Slimane, dans le Gharb, ce lieu pourrait receler une importante cité maurétano-romaine datant du IIIe siècle.
« Il s'agit des vestiges de thermes publics datant de l'époque romaine. Leurs murs sont épais et leurs salles sont volumineuses. Ils étaient en outre équipés d'un système sophistiqué d'hypocauste pour réchauffer l'eau depuis les sous-sols », décrit Pr Alaoui Kbiri. « Leur présence nous met sur la voie d'un chantier de fouille très prometteur, celui d'une cité du IIIe siècle qui pourrait s'étaler sur une dizaine d'hectares », ajoute-t-il, soulignant l'impact potentiel de cette découverte sur la compréhension historique de la région. Après la mise au jour de l'étendue de la ville portuaire de Sala (Rabat), les recherches semblent converger vers une nouvelle cartographie plus dense du tissu urbain à l'ère de la Tingitane.
Pour le moment, il est encore difficile de préciser les contours de ce qui aurait été la ville antique de Rirha. Les indices archéologiques confirment néanmoins une intense activité sur le site. Avant la révélation des thermes publics, un autre marqueur de romanité avait déjà été identifié dans les vestiges d'une villa datée de la même époque. Cette bâtisse a livré un indice supplémentaire sur le sort potentiel de la cité maurétano-romaine : « Nous avons retrouvé des traces d'un violent incendie qui a fait s’effondrer les poutres et s'écrouler la toiture », confie l’archéologue.
L'équipe de chercheurs de la mission archéologique de Rirha s'attendent à trouver d'autres preuves de l'existence d'une cité romaine d'importance. Crédit : Mission archéologique RirhaCette destruction, datée de la seconde moitié du IIIe siècle, peut-elle être un témoin du retrait des Romains du territoire de l'actuel Maroc ? Notre interlocuteur préfère rester prudent : « Bien que la datation du sinistre corresponde à cette époque, nous ne pourrons sérieusement explorer cette piste que si l'on retrouve d'autres traces de destruction ailleurs dans la ville. Si c'est un cas isolé, il sera plus compliqué de le prouver. » En attendant, les chercheurs continuent à accumuler les découvertes, parmi lesquelles les restes d'un pressoir à vin, une première au Maroc.
Qu'ils aient été chassés ou non de leur ville, les anciens habitants de Rirha n'ont pas été les seuls à s'installer sur les rivages de l'Oued Beht. L'équipe d'archéologues a en effet identifié d'autres populations successives. « Après la période maurétano-tingitane, un autre groupe a vécu sur ce territoire au IVe siècle, et y a pratiqué la métallurgie dans des forges. Plus tard, au IXe siècle, ce sont des musulmans du temps des Idrissides qui ont investi les lieux, où nous avons retrouvé des céramiques. Enfin, d'autres céramiques mérinides, datant du XIVe siècle, ont aussi été déterrées, preuve que Rirha a suscité la convoitise durant au moins dix siècles ».
Les couches successives, dévoilées grâce aux prospections géophysiques, promettent aux chercheurs des années de fouille fructueuses. Pour l’instant, l'archéologue marocain, épaulé dans la codirection de la mission par Elsa Rocca, enseignante-chercheuse à l'Université Paul Valéry de Montpellier, et Charlotte Carrato de l'institut de recherche Mosaïques Archéologies, concentre pour l'heure ses travaux sur le complexe thermal. La prochaine étape consistera à mettre au jour une zone au centre du site que les chercheurs soupçonnent d’être « le cœur de la cité, avec les infrastructures maurétano-romaines typiques, dont des voies, un forum et d'autres bâtiments publics ».
Le chantier semble donc gagner en envergure, comme en témoigne l’implication de différentes institutions marocaines et européennes, dont l'Unité mixte de recherche archéologique des sociétés méditerranéennes (UMR5140), la Casa de Velázquez de Madrid, le Labex Archimede et la Commission des fouilles du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères. Autant dire que Rirha s'impose déjà comme l'un des projets archéologiques les plus prometteurs du Royaume.
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