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FerroviaireSéoul s’installe pour vingt ans dans le futur réseau RER de l’ONCF

22.06.2026 à 00 H 43 • Mis à jour le 22.06.2026 à 00 H 43 • Temps de lecture : 6 minutes
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Le directeur général de Hyundai Rotem, Lee Yong-bae (à gauche) et le directeur général de l’ONCF, Mohamed Rabie Khlie, après la signature d’un accord de maintenance ferroviaire à Rabat
L'ONCF a signé deux contrats coréens complémentaires : Hyundai Rotem entretiendra ses rames pendant vingt ans via une coentreprise pour 4,4 milliards de dirhams, tandis que KORAIL supervisera la production et formera les équipes marocaines pour 54 millions de dirhams. Les détails

C'est, sur le papier, le plus gros contrat de maintenance jamais décroché par Hyundai Rotem hors de Corée du Sud. Le 18 juin, à Rabat, la filiale ferroviaire et de défense du groupe Hyundai Motor a paraphé avec l'Office national des chemins de fer (ONCF) un accord de 748,2 milliards de wons, soit environ 4,4 milliards de dirhams (MMDH), portant sur l'entretien et la réparation des rames qu'elle s'est engagée à livrer au Maroc. Le contrat, annoncé le lendemain par le constructeur a été signé par le PDG Lee Yong-bae et le directeur général de l'ONCF, Mohamed Rabie Khlie. L'engagement court sur 20 ans.


Le même jour, l'ONCF a signé un second contrat avec la Korea Railroad Corporation (KORAIL), l'opérateur public coréen. Ensemble, les deux accords répartissent entre deux acteurs coréens la fabrication, la supervision et l'entretien du futur réseau express régional (RER) marocain.


Le contrat Hyundai Rotem exécuté par une JV

Le marché relève des services LTSS (Long Term Service Support) : au-delà de la fourniture de matériel, il engage le constructeur sur la disponibilité, la fiabilité et la performance opérationnelle des trains pendant toute leur exploitation. Concrètement, Hyundai Rotem fournira les pièces de rechange, opérera un help desk dédié et assurera le support technique pour la maintenance lourde : essais, réparations et remplacement de composants destinés à garantir la sécurité des circulations.


Le point le plus structurant n'est toutefois pas le montant. Selon l'avis financier déposé par Hyundai Rotem auprès de la Korea Exchange, et comme annoncé précédemment, la contrepartie contractuelle a vocation à être transférée à une coentreprise appelée à être créée entre le constructeur et l'ONCF, conformément à un pacte d'actionnaires conclu entre les deux parties. L'échéance définitive du contrat ne sera fixée qu'une fois cette structure mise en place. La maintenance ne sera donc pas confiée à un prestataire extérieur : elle sera logée dans un véhicule commun, censé ancrer le savoir-faire sur le sol marocain et lier les deux partenaires sur le cycle de vie complet des rames.


Deux Coréens, deux rôles

Le second contrat, signé par le président de KORAIL, Kim Tae-seung, et Mohamed Rabie Khlie, place l'opérateur public coréen en conseiller technique indépendant de l'ONCF. D'un montant supérieur à 9 milliards de wons soit environ 54 millions de dirhams (MDH) et d'une durée de 38 mois, il couvre l'assistance à la maîtrise d'ouvrage (PMC) et le conseil en maintenance pour les 440 voitures.


KORAIL supervisera toutes les étapes du projet, hormis la fabrication proprement dite : revue de conception des rames, contrôle qualité tout au long de la chaîne de production, inspection avant expédition, essais et réception finale du matériel. S'y ajoute un volet de transfert de compétences : assistance à la mise en place d'une organisation de maintenance, formations théoriques et pratiques, et accueil de cadres et techniciens de l'ONCF en Corée. Kim Tae-seung a mis en avant le fait que le Maroc est le seul pays d'Afrique à exploiter un réseau ferroviaire à grande vitesse, et veut faire de ce projet un tremplin vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient.


Cette répartition éclaire la nature de l'accord initial : la commande de 2025 avait été remportée non par Hyundai Rotem seul, mais par un consortium, le K-Railway One Team, réunissant KORAIL, la Korea National Railway Authority et le constructeur. Les contrats de juin ne font qu'en formaliser les rôles : l'entretien à Hyundai Rotem, la supervision et la formation à KORAIL.


Le prolongement d'un marché de 2025

Ces deux contrats découlent directement de l'appel à concurrence remporté par le consortium coréen en février 2025, pour la fourniture de rames automotrices électriques à deux niveaux destinées aux RER. Évalué autour de 2,2 billions de wons, soit environ 13,2 MMDH ,ce marché constitue déjà la plus grosse commande de l'histoire ferroviaire de Hyundai Rotem.


Les rames concernées roulent à 160 km/h et doivent entrer en service à partir de 2029 pour desservir les principales régions autour de Casablanca. La maintenance et la supervision signées cette semaine couvrent 440 voitures, soit, selon les éléments rapportés depuis 2025, l'équivalent de 110 rames automotrices à deux niveaux.


Une brique d'un programme à 29 MMDH

Le contrat s'insère dans un programme d'acquisition autrement plus large. Le 13 novembre 2023, l'ONCF avait lancé une consultation pour 168 trains, 150 destinés aux services-villes, navettes rapides et métropolitains, et 18 dédiés à l'extension de la ligne à grande vitesse (LGV) pour un investissement de l'ordre de 29 MMDH. Trois adjudicataires avaient été retenus début 2025 : Alstom pour les 18 rames LGV (TGV M / Avelia Horizon, marché d'environ 4,5 MMDH), CAF pour une trentaine de trains Intercity (contrat d'environ 600 millions d'euros), et Hyundai Rotem pour les 110 automotrices RER.


Au-delà du matériel roulant, le sud-coréen s'est engagé sur un volet industriel : l'implantation d'une usine au Maroc, un site évoqué à Benguérir, avec un taux d'intégration locale visé autour de 60 % pour la composante industrielle, et le développement d'un écosystème de fournisseurs et de sous-traitants tourné vers l'export, sur le modèle revendiqué des filières automobile et aéronautique. Une part substantielle du marché de fourniture de 2025 a été financée par un prêt de la Korea Eximbank, la banque publique coréenne d'import-export et le Fonds coréen pour le développement de la coopération économique (EDCF).


Ce programme de matériel roulant s'inscrit lui-même dans un plan ferroviaire national bien plus vaste chiffré autour de 96 MMDH, qui comprend notamment l'extension de la LGV de Kénitra à Marrakech (430 km à 320 km/h, lancée par le roi Mohammed VI en avril 2025, achèvement visé en 2029) et la modernisation des dessertes RER de Casablanca, Rabat et Marrakech, dans le cadre du plan Rail Maroc 2040.


L'horizon 2030 en toile de fond

Toute cette montée en cadence est commandée par une échéance : la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l'Espagne et le Portugal, et qui marquera le centenaire de la compétition. C'est elle qui justifie l'ampleur du renouvellement du parc, jusqu'à la solution d'appoint que constitue le récent rachat de 22 voitures Intercity d'occasion à l'italien Trenitalia.


Dans cette équation, la fiabilité du matériel roulant, donc sa maintenance, cesse d'être une fonction secondaire pour devenir un levier stratégique à part entière. Avec ce double contrat, l'ONCF ne se contente pas de sécuriser l'entretien de ses futures rames coréennes : il met en place les outils (coentreprise de maintenance, supervision et transfert de compétences) censés inscrire le partenariat dans la durée. Reste à en mesurer, dans les mois qui viennent, le périmètre exact de la coentreprise et le contenu local effectif, les vraies variables de la portée industrielle de l'accord pour le Maroc.

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