CultureÀ Ouarzazate, pose la première pierre de la Cité internationale du cinéma pour 240 MDH
Le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a donné vendredi 26 juin le coup d'envoi des travaux de construction de la Cité internationale du cinéma de Ouarzazate, un projet de 240 millions de dirhams qui ambitionne de doter le Royaume d'un écosystème de production intégré là où, jusqu'ici, il ne disposait que de décors et de plateaux. Implantée sur 10,49 hectares et pensée comme une zone d'accélération de l'industrie cinématographique selon une logique de « One-Stop-Shop », la future Cité a vocation à couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur du secteur, de la conception au tournage et à la finition.
Le complexe s'organise autour de cinq pôles complémentaires. Le premier, dédié à la production, abritera un studio de tournage de 3 000 m², des plateaux techniques et des espaces d'accueil pour les équipes nationales et étrangères. Le deuxième regroupera la postproduction et la sauvegarde, le troisième la formation et le développement des compétences, le quatrième l'innovation et les technologies créatives, le dernier l'accueil, les services et le tourisme cinématographique. C'est cette intégration, plus que la capacité de tournage supplémentaire, qui constitue le pari du projet.
Car l'enjeu central, assumé par le ministre, tient en un mot : localiser. Depuis des années, une partie des productions internationales viennent filmer à Ouarzazate avant de quitter le pays pour achever leurs films ailleurs, faute d'infrastructures de finition aux normes sur place. Cette fuite de valeur ajoutée prive le Maroc de la part la plus rémunératrice et la plus qualifiante de la chaîne : étalonnage, montage, effets, mixage, archivage. En internalisant la postproduction, la Cité cherche à transformer un avantage de coût et de décors, déjà consolidé par le dispositif de cash rebate de 30 % en vigueur depuis 2022, en un véritable écosystème de production capable de retenir les budgets sur la durée du projet.
Le ministre a pris soin de désamorcer la crainte d'une concurrence frontale avec le tissu privé local. La Cité, a-t-il insisté, n'a pas vocation à rivaliser avec les acteurs en place mais à enrichir l'offre destinée aux productions. L'argument n'est pas anodin dans une ville dont l'économie repose largement sur le cinéma depuis quatre décennies. Les studios Atlas, ouverts en 1983, puis CLA en 2004, ont fait de Ouarzazate un « Hollywood du désert » où se sont tournés entre autres Lawrence d'Arabie, Gladiator, Kingdom of Heaven, La Momie, Babel ou les séquences de Game of Thrones à Aït Ben Haddou. L'expérience accumulée par ces opérateurs constitue précisément l'atout sur lequel le projet public entend s'adosser, en comblant les maillons (postproduction et services intégrés) que le privé n'a pas développés.
Le lancement referme par ailleurs une longue séquence d'incertitude. Porté de longue date, le projet avait alimenté ces derniers mois une polémique nourrie autour d'un possible glissement vers la périphérie de Rabat, le ministère ayant dû démentir toute confusion avec un projet d’investissement privé distinct. L'ouverture du chantier à Ouarzazate tranche, au moins symboliquement, en faveur de l'ancrage territorial revendiqué pour la ville. Le montage financier et le tour de table précis du « partenariat multipartite » évoqué, comme le calendrier de livraison de la Cité, n'ont toutefois pas été détaillés à ce stade.
La visite ministérielle a également porté sur le volet patrimonial, indissociable de l'attractivité cinématographique de la région. Bensaid s'est enquis de l'avancement des travaux de restauration de la kasbah de Taourirt et du ksar d'Aït Ben Haddou, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1987 et endommagé par le séisme d'Al Haouz. Menés en application des directives royales appelant à accélérer la réhabilitation des sites touchés, ces chantiers seraient achevés à 80-85 % pour le ksar, dont la livraison est attendue d'ici environ quatre mois. La phase suivante portera sur la valorisation du site, avec l'objectif d'en étaler la fréquentation touristique sur toute l'année.
L'enjeu, a résumé le ministre, ne se limite pas à la réfection du bâti mais englobe la mise en valeur du patrimoine culturel et immatériel, de manière à consolider la position de Ouarzazate comme destination alliant cinéma et patrimoine.
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