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Cash roi : ce que la flambée de l’argent liquide dit de l’économie marocaine

21.07.2026 à 16 H 45 • Mis à jour le 21.07.2026 à 16 H 53 • Temps de lecture : 9 minutes
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En 2025, pendant que Bank Al-Maghrib célébrait une année vitrine et poussait ses chantiers de digitalisation, la circulation fiduciaire a bondi de 18,5 % pour atteindre 491 MMDH, soit 28,5 % du PIB, l'un des ratios les plus élevés au monde. Derrière ce record : une économie informelle que la Banque centrale évalue désormais à 34 % du PIB, et une amnistie fiscale dont les gains se sont volatilisés en douze mois

Le Maroc tout en haut du classement mondial du cash


Chiffres-clés (fin 2025)




  • Circulation fiduciaire : 491 MMDH (milliards de dirhams)

  • Poids dans le PIB : 28,5 %


Comparatif international — monnaie fiduciaire / PIB, en % (2024), panel de 22 pays (BAM, données FMI)




  • Bulgarie : 27,6

  • Maroc : 25,7

  • Irak : 25,1

  • Algérie : 24,6

  • Guinée-Bissau : 22,1

  • Japon : 18,2

  • Albanie : 16,9

  • Jordanie : 14,6

  • Tunisie : 13,5

  • Népal : 11,1

  • Ukraine : 9,9

  • Égypte : 8,0

  • Émirats arabes unis : 6,5

  • Australie : 3,5

  • Chili : 3,4

  • Brésil : 2,5

  • Afrique du Sud : 1,9

  • Kenya : 1,7

  • Qatar : 1,6

  • Turquie : 1,4

  • Suède : 0,8

  • Norvège : 0,6


(Valeurs relevées sur le graphique de BAM ; seul le Maroc, à 25,7 %, est un repère certain.)


Croissance annuelle de la monnaie fiduciaire




  • 2010-2019 (moyenne/an) : 6,2 %

  • 2020-2024 (moyenne/an) : 10,6 %

  • 2025 : 18,5 %


Effet boomerang de l'amnistie fiscale




  • 2024 : ≈ 60 MMDH de liquidités déposées dans les banques via l'amnistie

  • 2025 : +77 MMDH de cash regagnés en un an

  • Circulation fiduciaire passée de 414 à 491 MMDH en douze mois


Contexte




  • Économie informelle : 34 % du PIB (2021-2023), contre 30 % une décennie plus tôt

  • Bancarisation : 58 % des adultes en 2024 (53 % en 2020) · 22,6 millions de cartes · 13,7 millions de wallets


Sources : Bank Al-Maghrib, Rapport annuel 2025 (données FMI pour le comparatif) ; Direction générale des impôts, rapport d'activité 2024.

Il y a l'année que le Maroc a donné à voir, et il y a celle qu'il a gardée dans ses poches. La première tient en quelques chiffres flatteurs, égrenés dans le Rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib présenté au Roi : une croissance accélérée à 4,9 %, une inflation ramenée à 0,8 %, un retour en catégorie « investment grade » auprès des agences de notation, une Bourse de Casablanca en hausse pour la troisième année consécutive. La seconde se lit dans une seule ligne du même rapport, nettement moins commentée : au cours de l'année, les Marocains ont accumulé 491 milliards de dirhams (MMDH) en billets et pièces, un montant qui équivaut à 28,5 % de la richesse produite par le pays. Jamais l'argent liquide n'avait pesé aussi lourd dans l'économie nationale. Et jamais l'écart n'avait été aussi net entre le discours de la modernité financière et la réalité d'un pays qui, chaque année davantage, préfère le cash.


La parenthèse Covid jamais refermée

La progression est significative. Sur la décennie qui a précédé la pandémie, la monnaie fiduciaire augmentait à un rythme annuel moyen de 6,2 %. La crise sanitaire de 2020 a produit un premier choc, avec une flambée de 20,1 % nourrie par la peur et la thésaurisation, portant le ratio à 26,1 % du PIB. On aurait pu croire à une parenthèse. Elle ne s'est jamais refermée : entre 2020 et 2024, le cash a crû de 10,6 % par an en moyenne, puis de 18,5 % pour la seule année 2025. La Banque centrale elle-même le reconnaît à demi-mot, en notant qu'elle attendait un retour de ce rythme vers sa moyenne historique, et qu'il a fait exactement l'inverse.

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