S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Newsroom

JusticeProcès du rappeur Mehdi Black Wind : son entourage dans l’incompréhension

24.07.2026 à 12 H 40 • Mis à jour le 24.07.2026 à 12 H 40 • Temps de lecture : 5 minutes
Par
Poursuivi pour outrage à une institution constitutionnelle, le procès du rappeur et documentariste El Mahdi Lyoubi, alias Mehdi Black Wind, s'est ouvert au tribunal de première instance à Casablanca ce mercredi 22 juillet, pour ensuite être reporté jusqu’au 31 du même mois. Les détails

Devant la salle 4 du Tribunal de Première Instance d'Aïn Sebâa, en fin de matinée de ce mercredi 22 juillet, journalistes et soutiens accompagnant la famille Lyoubi prennent place. Le procès s'annonce tendu, d'une part sur fond de grève nationale des avocats qui dure depuis un mois et paralyse littéralement le fonctionnement de la justice, et d'autre part, la campagne réclamant la libération de l'artiste ne cesse de prendre de l'ampleur à l'international, déterrant par la même occasion d'autres dossiers de détenus d'opinion au Maroc.


Le rappeur comparait pour « outrage à une institution constitutionnelle ». De source proche, on apprend que c'est en vertu de l'article 179 du code pénal qui mentionne « l'outrage au roi et au prince héritier » et prévoit un délit passible d'une peine allant jusqu'à quatre ans de prison si l'outrage en question est « porté par des moyens de diffusion publique, y compris des moyens audiovisuels ».


« Nous sommes dans l'incompréhension. Les propos qui peuvent être reprochés à Mehdi comme portant outrage au roi sont avant tout des propos artistiques, et ils ont en plus été écrits et chantés il y a longtemps. Mehdi a continué à aller et venir au Maroc, et même à s'y produire, sans jamais être inquiété », s'étonne Hamza, un membre de son cercle le plus proche.


« La dernière fois qu'il avait quitté le pays, il venait de donner un concert au festival L'Boulevard, il n'y avait eu aucun problème. Il est parti en France et n'a plus sorti de chanson depuis », poursuit-il. Le rappeur payerait-il son soutien aux manifestation de la Gen Z comme cela a beaucoup été répété sur la toile ? Hamza en rit : « Mehdi ne fait même pas partie de la Gen Z, il les a soutenus à distance avec des déclarations, comme l'on fait des centaines de gens. Il ne faisait pas partie des groupes Discord, il n'est même pas rentré au Maroc pour participer aux manifestations, il n'a pas manifesté à l'étranger non plus. Pour le coup, je ne vois pas du tout ce qui pourrait lui être reproché à ce sujet », proteste son ami, qui ajoute que le rappeur n'est affilié à aucune organisation politique de quelque nature que ce soit, qu'il n'appartient à aucune mouvance idéologique : «  C'est un être humain normal, comme vous et moi. Il vient au Maroc, va voir ses parents, s'assied dans des cafés, va au hammam et sort voir ses potes, comme Monsieur tout le monde ».


Une interpellation qui mobilise

Au niveau national, la mobilisation n'est pas des moindres, elle touche notamment les milieux de la musique et du cinéma. Une manifestation de soutien rassemblant des artistes, des activistes des droits humains et des proches du rappeur a eu lieu devant le tribunal peu avant l'ouverture du procès.


Lors de l'audience, la soeur du rappeur a demandé à obtenir un report des débats, conformément à la volonté de son frère. En l'absence de ses avocats, il sait qu'un tel procès nécessite un temps de préparation. La demande a été accordée par le juge et la prochaine audience fixée au 31 juillet. En revanche, la demande de libération provisoire a été rejetée. Il restera donc bien en prison, pour l'instant. Si aucun avocat n'a déclaré à ce jour assurer la défense du rappeur, ses cercles proches évoquent le nom de Sara Soujar qui serait d'ores et déjà en lien avec la famille et qui pourrait potentiellement être désignée pour s'occuper du dossier.


Alors qu'il s'apprêtait à regagner Marseille où il vit depuis une dizaine d'années, le rappeur et réalisateur Mehdi Black Wind, 34 ans, est interpellé le 10 juillet dernier par la police aux frontières de l'aéroport Rabat-Salé. Une interdiction de quitter le territoire lui est signifiée, ainsi que l'ordre de se présenter au commissariat de Salé, où lui sera remise une convocation chez la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ) devant laquelle il se présentera le 13 juillet. Placé en garde à vue où il a été interrogé, il sera déféré devant le parquet en comparution immédiate le mercredi 15 juillet, puis incarcéré dans la prison d'Oukacha à Casablanca.


Depuis sont interpellation, la campagne de solidarité autour de lui fait boule de neige. Dès le 14 juillet, une tribune signée par plus de 500 personnalités marocaines et internationales, avait demandé sa libération immédiate. Dans la famille du rap marocain, Don Bigg, El Grande Toto, Dizzy Dros, 7liwa, Khtek, Draganov et bien d'autres font partie des signataires. Tous les grands noms du milieu ont répondu présents.


Il y a aussi le monde du cinéma, avec le réalisateur Faouzi Bensaïdi, la scénariste Laila Marrakchi ou la comédienne Amal Ayouch, les écrivains Abdallah Taïa, autre enfant de Salé, et Edouard Louis, ainsi que de nombreuses personnalités étrangères du milieu du cinéma comme l'actrice Adèle Haenel, l'acteur réalisateur Mathieu Amalric, la comédienne de théâtre Jeanne Balibar ou l'actrice réalisatrice Aïssa Maïga. Ouverte aux signatures, la tribune rassemble à ce jour plus de 4 000 signataires, majoritairement artistes, activistes, avocats, écrivains, directeurs de festivals, réalisateurs, designers, photographes, enseignants universitaires et autres acteurs culturels.


Des rassemblements de solidarité se tiennent fréquemment, au Maroc comme ailleurs pour réclamer la libération du rappeur, alors que les regards sont rivés vers le 31 juillet 2026, date de la prochaine audience, au lendamain de la Fête du Trône...

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

Par
Le Desk Newsroom