Le mercredi 10 septembre, à Jorf Lasfar, le groupe Anouar Invest a officiellement lancé les travaux de son projet industriel Anouar Yieldest Additives (AYA), une unité de production de levures et d’additifs pour la boulangerie. Avec un investissement de 480 millions de dirhams, financé intégralement par des capitaux privés marocains, cette usine ambitionne de faire du Maroc un acteur de premier plan dans un secteur dominé par quelques géants internationaux.
La première phase du projet prévoit une capacité de production de 25 000 tonnes de levure par an, extensible à 58 000 tonnes. L’usine, construite sur une superficie de 71 000 m2, fabriquera trois types de produits : de la levure fraîche, de la levure sèche et des améliorants alimentaires.
Dans une première phase, AYA table sur un chiffre d’affaires composé à 30 % d’exportations, avant de destiner l’intégralité de la production aux marchés extérieurs lors de la phase 2. Une stratégie qui vise à s’insérer dans un secteur très concentré, dominé par de grands producteurs issus quatre pays : la France, l’Australie, la Chine et le Canada.
Un investissement intégralement privé
Lancé après deux années de préparation, le projet mobilise 480 millions de dirhams pour sa première phase. Contrairement à nombre de projets industriels stratégiques, celui-ci se distingue par l’absence de toute participation publique. L’investissement est en effet entièrement privé et porté à 100 % par des capitaux marocains, avec des financements auprès de CDG Capital et CIH Bank. Quant à la deuxième phase du projet, le groupe Anouar Invest évoque un investissement complémentaire de 650 millions de dirhams, ce qui porterait le total à plus d’un milliard de dirhams.
Signe de l’importance du projet AYA, quatre membres du gouvernement ont fait le déplacement pour donner le coup d’envoi du chantier. Il s’agit de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, et Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur. Chacun à son tour, ils ont présenté AYA comme un jalon de la stratégie nationale d’industrialisation et un levier de souveraineté alimentaire.
Un ancrage agricole et territorial
Le choix de Jorf Lasfar pour l’implantation de cette unité industrielle n’a rien de fortuit. Cette zone industrielle bénéficie d’une proximité directe avec les filières betteravières et sucrières du pays, auprès desquelles elle s’approvisionnera à 95 % en matières premières locales, principalement la mélasse, un sous-produit de la transformation du sucre. À titre de rappel, le Maroc produit chaque année environ 2 millions de tonnes de betterave sucrière et 330 000 tonnes de canne à sucre, générant près de 120 000 tonnes de mélasse, ressource-clé du processus.
En parallèle, Anouar Invest met en avant la création de partenariats avec le monde académique. Le groupe prévoit notamment une collaboration avec les universités et grandes écoles marocaines – en particulier à El Jadida, afin de former des profils spécialisés en biotechnologie. Objectif : favoriser l’embauche locale et de s’appuyer sur un savoir-faire national, porté par des ingénieurs et chercheurs marocains. Le groupe annonce la création de plus de 500 emplois directs et indirects, dont 30 % d’effectif féminin, principalement dans les laboratoires.
Les promesses d’un « projet vert »
Cette unité industrielle est aussi présentée par Saad Bennani, directeur général d’AYA, comme un « projet vert ». Au chapitre de son alimentation électrique, l’usine disposera d’une puissance installée de 14 mégawatts, dont 40 % devraient provenir d’énergies renouvelables (éolien et solaire), à laquelle s’ajoutera une centrale photovoltaïque sur site d’une capacité de 500 kilowatts. Une station de traitement des eaux, annoncée conforme aux standards internationaux, viendra compléter ce dispositif.
AYA entend en outre valoriser ses propres sous-produits. Les effluents et résidus issus de la fermentation et du traitement des eaux serviront à produire des engrais écologiques, distribués gratuitement aux petits agriculteurs et coopératives de la région. L’entreprise affiche ainsi une logique d’économie circulaire et un alignement avec la stratégie nationale « Génération Green ».
Une phase 2 tournée vers la biotechnologie avancée
À l’horizon 2029, AYA prévoit une montée en gamme avec la production d’extraits de levure destinés à des secteurs à haute valeur ajoutée : pharmacie (vaccins, antibiotiques, protéines recombinantes, dermatologie), agroalimentaire (exhausteurs de goût umami pour bouillons, sauces et biscuits) et compléments nutritionnels (probiotiques, immunostimulants). Une diversification qui permettrait à la future unité de se positionner comme la première usine africaine dans son domaine.
Le pari du groupe Anouar Invest est aussi ambitieux qu’audacieux : transformer la mélasse, un sous-produit longtemps considéré comme marginal, en ressource stratégique, et positionner le Maroc comme un hub biotechnologique régional.
« À travers ce projet, nous franchissons un nouveau cap dans la trajectoire de diversification et de modernisation du groupe. Notre ambition est de bâtir un acteur national et régional de premier plan dans l’industrie de la levure et des améliorants alimentaires, en combinant excellence industrielle, innovation biotechnologique et durabilité », conclut El Hachmi Boutgueray, président-directeur général du groupe Anouar Invest.
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