Il y a l'année que le Maroc a donné à voir, et il y a celle qu'il a gardée dans ses poches. La première tient en quelques chiffres flatteurs, égrenés dans le Rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib présenté au Roi : une croissance accélérée à 4,9 %, une inflation ramenée à 0,8 %, un retour en catégorie « investment grade » auprès des agences de notation, une Bourse de Casablanca en hausse pour la troisième année consécutive. La seconde se lit dans une seule ligne du même rapport, nettement moins commentée : au cours de l'année, les Marocains ont accumulé 491 milliards de dirhams (MMDH) en billets et pièces, un montant qui équivaut à 28,5 % de la richesse produite par le pays. Jamais l'argent liquide n'avait pesé aussi lourd dans l'économie nationale. Et jamais l'écart n'avait été aussi net entre le discours de la modernité financière et la réalité d'un pays qui, chaque année davantage, préfère le cash.
La parenthèse Covid jamais refermée
La progression est significative. Sur la décennie qui a précédé la pandémie, la monnaie fiduciaire augmentait à un rythme annuel moyen de 6,2 %. La crise sanitaire de 2020 a produit un premier choc, avec une flambée de 20,1 % nourrie par la peur et la thésaurisation, portant le ratio à 26,1 % du PIB. On aurait pu croire à une parenthèse. Elle ne s'est jamais refermée : entre 2020 et 2024, le cash a crû de 10,6 % par an en moyenne, puis de 18,5 % pour la seule année 2025. La Banque centrale elle-même le reconnaît à demi-mot, en notant qu'elle attendait un retour de ce rythme vers sa moyenne historique, et qu'il a fait exactement l'inverse.
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