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Comment le Maroc peut devenir un leader mondial du cannabis légal

29.10.2022 à 20 H 07 • Mis à jour le 29.10.2022 à 20 H 50 • Temps de lecture : 10 minutes
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Le royaume s’est engagé dans la voie de la légalisation du cannabis. Son immense potentiel en la matière nécessite cependant, au-delà du cadre réglementaire, la mise sur pied d’une filière intégrée le plaçant en leader mondial d’un marché mondial estimé à 90 MM$ à l’horizon 2026. Le Desk dévoile les recommandations d’une étude du laboratoire Pharma 5 pour une roadmap nationale

« Comme la France a son champagne ou le Japon a son bœuf de Kobe, le Maroc doit créer son appellation d’origine contrôlée, gage de qualité supérieure et de responsabilité écologique et sociale ». Cette phrase, émanant d’une étude réalisée par le laboratoire pharmaceutique privé Pharma 5, l’un des bénéficiaires du premier lot de licences accordées à l'agence de régulation du cannabis (ANRAC) résume à elle seule le positionnement préconisé pour l’insertion du Maroc dans le marché mondial du cannabis légal.


Près d'un an après l'adoption de la loi organisant les utilisations légales, à des fins pharmaceutiques, médicinales et industrielles du cannabis, le Maroc a entamé ces derniers mois ses ultimes préparatifs pour se positionner sur le juteux marché mondial du cannabis légal. Tout d'abord par l'opérationnalisation de l’ANRAC, mais aussi par l'octroi de dix autorisations, aussi bien à des laboratoires pharmaceutiques qu'à des agroindustriels.

Une filière intégrée pour des débouchés multiples

Tous ces primo-licenciés ne sont pas logés à la même enseigne. Quand certains se sont contentés de décrocher le sésame, d’autres, comme Pharma 5 ont élaboré des études pour participer à la concrétisation par le Maroc d'une vision intégrée pour la conception, la fabrication et la commercialisation de produits à base de cannabis. Des produits aux destinées multiples, du simple usage récréatif aux essences de bien-être et jusqu’à leur application dans le domaine thérapeutique.


L’une des plus grandes révolutions de la médecine du 20ème siècle est l'usage que l’on peut faire des molécules du CBD et THC, et de manière générale du système endocannabinoïde (SEC). « Pris séparément ou ensemble, le THC et le CBD ont de nombreuses vertus thérapeutiques grâce à leur action prouvée sur le système endocannabinoïde : système nerveux central (stress, douleur, épilepsie), l’inflammation, le métabolisme, certaines maladies auto-immunes telles que la sclérose en plaque, etc.. », souligne dans ce sens l’étude de Pharma 5 consultée par Le Desk.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


L’étude liste pas moins de six bienfaits du cannabis thérapeutique : l'aide au maintien de l'équilibre de l'organisme, la contribution à la réduction de l'inflammation, la faculté d'agir au niveau du métabolisme, la participation au fonctionnement du système nerveux central, l'intervention dans de nombreux processus physiologiques et psychologiques, et enfin la réduction des troubles cutanés.


L'étude souligne par ailleurs les risques inhérents au cannabis, insistant sur le nécessaire contrôle. Parmi les risques, ceux qui pèsent sur les jeunes, précisant que l'utilisation modérée du cannabis n'entraîne pas d'effets addictifs ou de risques d'overdoses chez les adultes. « La consommation de cannabis peut être considérée à risque élevé pour la santé avec des effets à court ou à long terme lorsque les taux de THC sont élevés, et essentiellement chez les personnes de moins de 18 ans ».


Des marchés leaders aux pieds d’argile

Mais au-delà de la plante elle-même, de sa composition comme de ses risques, l’étude s’est attardée sur les marchés de commercialisation des produits issus du cannabis de par le monde, leurs échecs comme leurs réussites. À ce titre, le benchmarking a conduit à analyser au moins trois marchés importants : l’israélien, l’américain et le canadien.


C'est en se basant justement sur la compréhension de ces marchés, que Pharma 5 en a tiré les leçons pour le Maroc. Premier élément relevé et existant dans chacun des trois marchés, une chaîne de valeur scindée en deux, avec d'un côté l'expertise agronomique, représentant 25 %, et d'une autre l'expertise industrielle, monopolisant plus de 75 % de la chaîne de valeur.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Une donne compliquant les acteurs de la filière du cannabis dans ces pays, dans la mesure où chacune des expertises comporte des caractéristiques précises avec des licences accordées distinctes. Une absence de vases communicants qui constitue le talon d’Achille des trois marchés susmentionnés.


De plus, malgré la présence de géants de la pharmaceutique dans ces pays, peu ont choisi d'investir fortement et de manière précoce dans la filière du cannabis, en raison souvent d'une réglementation « complexe et fluctuante », préférant ainsi uniformiser leurs activités sur un marché global.


Après l’euphorie des introductions en bourse des géants nord-américains et des acteurs israéliens, leurs cours en bourse se sont effondrés, note l’étude qui en explique les facteurs : surproduction (le Canada a congelé ses surstocks), déficit de compétitivité, coût et qualité, non-respect des normes GMP pharmaceutiques lié à l’absence d’acteurs pharmaceutiques, absence de débouchés à l’international qui en découlent, etc.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Pour les trois laboratoires pharmaceutiques ayant reçu récemment l'autorisation de l'agence de régulation du cannabis (Pharma 5, Sothema et Galenica) tout le potentiel pour se démarquer est là : ils pourraient constituer la chaîne de valeur intégrée, assurant de bout en bout le process nécessaire pour la filière du cannabis.


Dotées à la fois des capacités logistiques et financières, ces trois laboratoires peuvent tout aussi bien s'activer dans l'expertise agronomique, auprès des agro-industriels qui deviendront ici fournisseurs, comme ils peuvent aussi prendre en charge l'aspect portant sur l'expertise industrielle : la R&D, la fabrication, la logistique et la distribution sont autant de domaines auxquels ces génériqueurs sont habitués.


De plus, le Maroc présente la particularité de pouvoir prendre en charge la culture outdoor (à l’air libre), contrairement aux autres pays subissant les contraintes de l'indoor (en intérieur) et du greenhouse (serres), afin d'assurer la teneur et la pureté du produit.


Une roadmap pour viser un marché de 90 MM $

Nombre de professionnels interrogés par Le Desk estiment que la loi, dans son état actuel, ne définit pas de manière suffisante - à partir de l’agrément - la manière avec laquelle l’exploitation sera faite de la graine de cannabis, à la biomasse jusqu’à l’industrie pharmaceutique et sur quels dérivés (THC ou CBD) et dans quelles étapes pour chaque type de produits (vapo, gélule, pilule etc.). La production brute plafonnée à 1 % de THC pour un lopin de terre de 20 ha et un déplafonnement de la teneur en THC pour les laboratoires pharmaceutiques ne constituent qu’un cadre général à cette industrie naissante. Cela sans compter les contraintes de gestion sécuritaire de la filière et les modalités de contrôle des produits à exporter ou destinés à une transformation locale.


L’étude de Pharma 5 préconise ainsi des recommandations susceptibles d’encourager la filière du cannabis au Maroc garante d’une maîtrise des process de production, mais aussi d’une valorisation suffisante pour éviter un écueil qui pourrait se révéler désastreux, celui de l’importation massive de graines de pays producteurs qui mettrait à mal la production locale. Dans ce sens, et face à cet impératif, l’étude insiste sur les immenses potentialités, avec un « projet inclusif à fort impact positif global ».


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Il y a tout d'abord l'impact économique : de nombreux marchés potentiels peuvent être touchés, du textile à la cosmétique, en passant par l'alimentaire et le médical. À horizon 2026, on table sur un marché à l’international de plus de 90 milliards de dollars, à périmètre légal constant. Autrement dit, un marché à très forte croissance sur lequel le Maroc a un potentiel de leadership incontestable, mettant en avant la possibilité de nouvelles recettes fiscales comme de nouveaux investissements.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


L'étude réalisée indique par ailleurs que la filière du cannabis dans le royaume demeure l'un des rares secteurs au Maroc offrant cette potentialité à court terme, avec une expertise couplée d’acteurs privés et publics sur la quasi-totalité des processus.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Vient aussi l'impact social, au sujet duquel, on ne manque pas de souligner les retombées sociales positives sur les populations locales, la création d'emplois pérennes à forte valeur, le désenclavement et surtout la couverture sociale universelle dont elles pourront bénéficier.


L'impact est aussi analysé au niveau international : le rayonnement du Maroc mis en avant, avec le rappel d'un terroir marocain d'exception et d'une expertise agro-industrielle déjà présente dans le pays. Tourisme, labélisation du patrimoine marocain et positionnement du Maroc dans les études cliniques sont autant d'autres facteurs soulignés. Sans compter une autre retombée en termes d’image grâce à des cultures « eco-friendly », respectueuses de l’environnement en outdoor.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Outre analyser l'existant, l'étude établie par Pharma 5 ébauche une feuille de route pour la filière impliquant une stratégie nationale fondée sur un solide partenariat public-privé . Pour cela, trois conditions sont posées : la valorisation du patrimoine immatériel marocain, la nécessité de s'appuyer sur l'expertise locale des agriculteurs et enfin l'activation des systèmes publics et privés vertueux notamment dans la recherche agronomique.

 

Le patrimoine immatériel mis en avant 

On souhaite ainsi faire du cannabis, un élément du patrimoine immatériel, allant jusqu'à verrouiller une appellation d’origine contrôlée (AOC) : « Made in Rif », indique-t-on. Une variété devrait être valorisée et réhabilitée : la « Beldiya » marocaine, « abandonnée au profit d’hybrides au rendement plus élevés mais de moins bonne qualité, et la faire inscrire comme variété à part entière », étaye l'étude qui souligne que la « Beldiya » est nettement plus appréciée et donc plus chère que sa concurrente hybride, la Critikal qui inode déjà le marché noir.


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


La « Beldiya » est par ailleurs présentée comme étant meilleure pour la santé, que ses concurrentes hybrides, disposant d'un taux de THC beaucoup plus faible. Elle répond aux différentes études scientifiques menées à l'étranger, préconisant une faible teneur en THC. Ici, il est fait remarquer que les consommateurs mondiaux ne sont plus à la recherche de produits à très forte concentration de THC.


Il y a donc nécessité d’initier un changement de paradigme, estime l’étude de Pharma 5 : « Ce n’est pas le niveau de THC qui fait la qualité du cannabis mais la qualité de l’environnement de culture et des terpènes ».


Cannabis légal au Maroc. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Le Maroc a donc tout à gagner en adoptant un positionnement premium, « Sustainability Oriented » sur une filière éco-responsable aux nombreux impacts sociaux et environnementaux positifs.


Enfin, à travers cette étude pionnière sur le potentiel de production de produits dérivés du cannabis au Maroc, Pharma 5 relève trois types de segments que la nouvelle filière devrait couvrir : le segment touristique, autour des provinces du Rif, le segment cannabis médical, avec le potentiel du Maroc de se positionner à l'étranger, et enfin le segment cannabis bien-être, permettant d'atteindre une cible privilégiée et premium.


En résumé, ce marché mondial en pleine construction et croissance est à portée du Maroc. Les principaux acteurs des pays leaders que sont les Etats-Unis, le Canada et Israël sont en réalité en « situation délicate » pour des raisons qui constituent des avantages compétitifs considérables pour le Maroc (qualité, coûts, expertise pharmaceutique, éco-responsabilité, etc.). Le royaume dispose d’un patrimoine immatériel unique au monde constitué par la « Beldiya » et le Rif. Et enfin un savoir-faire agricole et pharmaceutique national solide et reconnu à l’international (qu’il soit industriel ou réglementaire.

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Par @soufianesbiti
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