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Emploi, qualifications, conditions de travail… portrait de la population active au Maroc

21.03.2024 à 14 H 11 • Mis à jour le 21.03.2024 à 14 H 19 • Temps de lecture : 8 minutes
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Alors que la population en âge d’activité au Maroc continue à s’accroître et à se rajeunir, le taux d’activité connaît un recul. Au-delà de l’accès à l’emploi, le marché de travail au Maroc fait face à d’autres enjeux, dont la disparité territoriale, la baisse du taux de féminisation, mais aussi la persistance du sous-emploi. Voici, en chiffres, une radioscopie de la population active au Maroc

La population en âge d’activité continue son accroissement, atteignant près de 27,9 millions de personnes âgées de plus de 15 ans et capables de travailler. Cependant, le Maroc ne compte que 12,17 millions d’actifs, dont 10,5 millions de personnes pourvues d’un emploi, tandis que 1,58 million sont au chômage et plus de la moitié (15,7 millions de personnes) sont en dehors du marché de travail.  Les données récemment publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) relèvent ainsi une diminution du volume des actifs et du taux d’activité, qui enregistre les reculs les plus marqués dans les zones rurales et parmi les femmes.


Selon les données du HCP, qui dresse dans sa note un portrait de la population marocaine active et ses tendances, le taux d’activité se situe en 2023 à 43,6 %  en recul de 0,7 point par rapport à une année auparavant. Dans les zones rurales, ce taux a baissé de 49,1 % à 47,3 % en glissement annuel, alors que les femmes restent les plus touchées par cette baisse, avec un taux d’activité féminin à 19 % en 2023, contre 69 % pour les hommes. Globalement, en 2023, la population active au Maroc est de plus en plus urbanisée (63,5 % des actifs vivant dans les villes),  de moins en moins féminisée (22,1 % sont des femmes), de plus en plus jeune (les moins de 35 ans représentant 40,4 % de cette population) et aussi faiblement qualifiée avec près de la moitié des actifs qui ne disposent d’aucun niveau scolaire ou ont le niveau fondamental.


Qui sont ces 10,5 millions de travailleurs ?

Le taux d’emploi a atteint 38 % au niveau national (34,8 % en milieu urbain contre 44,3 % en milieu rural et 61,1 % parmi les hommes contre 15,5 % parmi les femmes). Le taux d’emploi est le plus élevés parmi les 35-44 ans (53,8 %) et atteint 14,5 % pour les 15-24 ans. Sur les 10 591 000 actifs occupés, 39,3 % d’entre eux résident en milieu rural et 20,7 % sont de sexe féminin. Les jeunes âgés de 15 à 34 ans constituent 34,2 % du volume total de l’emploi (8,1 % pour les 15 à 24 ans et 26,1 % pour les 25 à 34 ans).



La majorité des actifs occupés marocains sont soit des salariés. L'emploi salarial touche près de 6 actifs occupés sur 10, soit 58,9 % et reste plus fréquent parmi les femmes citadines (85,9 % contre 67,3 % parmi les hommes). Les indépendants, quant à eux, représentent 26,3 % des actifs occupés, les aides familiales représentent 10,5 % (dont 67,6 % sont des femmes rurales) et, en dernière position, le statut d'employeur représente 1,9 %. Les secteurs d’activité qui emploient le plus ces actifs occupés sont le secteur des services avec 5,1 millions de personnes (48,3 %), suivi de celui l’agriculture, forêt et pêche avec 2.9 millions de personnes (27,8 %), de l’industrie y compris l’artisanat avec 1,2 millions de personnes (12,2 %) et enfin des BTP avec 1,2 million de travailleurs (11,6 %). En milieu rural, 64 % des actifs occupés exercent dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche.


Près de la moitié des actifs occupés (49,9 %) n’ont aucun diplôme, 32 % ont un diplôme moyen et 18,1 % un diplôme supérieur. Le taux des sans-diplôme est le plus élevé dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche (77,2 % des actifs occupés). Cette proportion atteint 56,7 % dans le secteur des BTP, 40,9 % dans l'industrie y compris l’artisanat  et 34,7 % dans les services. Parmi les indépendants, ce sont près des deux tiers qui n’ont aucun diplôme (65,8 %), alors que 27,8 % ont un diplôme moyen et 6,4 % un diplôme supérieur. La catégorie des salariés reste ainsi la mieux qualifiée, avec 40,4 % de salariés sans diplôme, 34,4 % qui ont un diplôme moyen et 25,5 % qui ont un diplôme supérieur.


Quelles conditions de travail ?

S’agissant du mode d’insertion et d’organisation au marché de travail, trois constats ressortent : la persistance du travail non rémunéré, le taux faible de la protection sociale, ainsi que la persistance de travail sans contrat. Selon le HCP, près de 11 % des actifs occupés exercent un emploi non rémunéré, avec une proportion plus élevée chez les ruraux (24,6 %) et chez les femmes (28,5 %). Les jeunes de moins de 25 ans sont particulièrement plus touchés par le travail non rémunéré avec une part de 33,5 % contre 7,5 % pour les adultes âgés de 45 ans et plus. Les personnes n’ayant aucun diplôme sont également plus touchées par l’emploi non rémunéré avec une part de 14,7 % contre 7,4 % pour les détenteurs d'un diplôme. Près d'un actif occupé sur 10 (10,2 %) exerce un emploi de type occasionnel ou saisonnier, 15,5 % en milieu rural et 6,8 % en milieu urbain.


Le taux de couverture maladie demeure à son tour faible, avec moins de trois actifs occupés sur 10 (29,3 %) qui bénéficient  d’une couverture médicale liée à l’emploi (41,4 % dans les villes et 10,7 % à la campagne). La part des actifs occupés affiliés à un système de couverture médicale liée à l’emploi est fortement liée au niveau de diplôme, variant de 13,5 % parmi les personnes n'ayant aucun diplôme à 74 % parmi les détenteurs d’un diplôme supérieur. De même, uniquement 28,3 % des actifs occupés sont affiliés à un système de retraite (40,7 % en milieu urbain et 9,3 % en milieu rural). Le taux de couverture par un système de retraite est de 35,8 % parmi les femmes et de 26,4 % parmi les hommes. Ce taux passe de 12,5 % pour les actifs occupés n'ayant aucun diplôme à 73,2 % pour les détenteurs d'un diplôme supérieur.



Une grande partie des actifs occupés travaillent également sans contrat formalisant leur relation avec l’employeur. Cela concerne 51,9 % des salariés, tandis qu’un peu plus du quart (26,7 %) disposent d'un contrat à durée indéterminée, 14,9 % d'un contrat à durée déterminée et 6,5 % d’un contrat verbal. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans et les personnes n'ayant aucun diplôme sont les plus touchés par le travail sans contrat avec respectivement des taux de 69,6 % et 71,5 %.  La part des salariés ne disposant d'aucun contrat s’élève à 72,5 % en milieu rural contre 44,4 % en milieu urbain. Elle passe de 36,2 % parmi les femmes à 55,9 % parmi les hommes.


Pour ce qui en est des conditions du travail, environ 35,3 % des actifs occupés travaillent plus de 48 heures par semaine. La durée excessive de travail concerne les hommes (41 %) beaucoup plus que les femmes (13,5 %). Par secteur d'activité, elle touche 40,3 % des actifs occupés relevant du secteur des services, 35,5 % de ceux exerçant dans le secteur des BTP, 32,8 % de l’industrie y compris l’artisanat et 27,6 % de l’agriculture, forêt et pêche. En termes de conciliation entre vie privée et vie professionnelle, 3,5 % des actifs occupés n’arrivent pas, malgré tous les efforts déployés, à concilier aisément entre leur vie privée et leur vie professionnelle, 7,4 % y arrivent avec beaucoup de difficultés et 31,2 % y parviennent mais avec difficultés.


Sous-emploi et chômage … les fléaux à la peau dure

Le volume des actifs occupés en situation de sous-emploi a augmenté entre 2022 et 2023, passant de 972 000 à plus de 1 million de personnes. Cette augmentation est observée tant en milieu urbain que rural, avec un taux passé, entre 2022 et 2023, de 9 % à 9,8 % au niveau national, de 8,1 % à 8,7 % en milieu urbain et de 10,4 % à 11,6 % en milieu rural. Globalement, 53,7 % des sous-employés résidant en milieu urbain, 76,7 % d’entre eux sont âgés de moins de 45 ans et 49,7 % n'ont aucun diplôme. Les catégories ayant connu les hausses les plus importantes du taux de sous-emploi sont les personnes âgées de 25 à 34 ans (+1,6 point), celles n'ayant aucun diplôme (+1,1 point), les hommes (+0,9 point) et les ruraux (+1,2 point). Selon le type de sous-emploi, la part du sous-emploi lié à la durée de travail a connu, entre 2022 et 2023, une augmentation, passant de 44,9 % à 49,1 %. A l’inverse, le sous-emploi lié à l’insuffisance du revenu ou à l’inadéquation entre la formation et l’emploi exercé a reculé au cours de la même période, de 55,1 % à 50,9 %.



Après avoir baissé de 12,3 % à 11,8 % entre 2021 et 2022, le taux de chômage est remonté à 13 % en 2023 (+1,2 point par rapport 2022). Ce taux est de 16,8 % en milieu urbain et de 5,2 % à 6,3 % en milieu rural. La majorité des chômeurs (82,3 %) résident en milieu urbain, et parmi eux, 75,7 % ont moins de 35 ans. De plus, 82,6 % des chômeurs sont diplômés et 31,1 % sont des femmes (le taux du chômage parmi les femmes atteint 18,3 %) Près de la moitié des chômeurs (51,2 %) sont des primo-demandeurs d’emploi, et un pourcentage élevé (66 %) sont au chômage depuis une année et plus.


La hausse du taux de chômage a concerné l’ensemble des catégories d’âge, les deux sexes, ainsi que les différents niveaux de diplômes, les plus touchés étant les femmes (18,3 %), les 15 à 24 ans (35,8 %) et les diplômés (19,7 %), dont principalement ceux de niveau moyen avec la hausse la plus importante, avec un taux passant de 14,1 % à 15,8 % entre 2022 et 2023.  Au cours de cette période, la proportion des personnes récemment au chômage a connu une hausse prononcée, alors que la part des personnes en situation de chômage depuis moins d’un an s'est élevée de 31,3 % à 33,3 %. Ainsi, la durée moyenne de chômage est passée de 33 mois à 32 mois.


Environ 27,8 % des chômeurs se sont retrouvés dans cette situation suite à l’achèvement des études et 27 % suite au licenciement ou à l’arrêt de l’activité de l’établissement.  Le volume des chômeurs ayant déjà travaillé  a connu, entre 2022 et 2023, une augmentation de 98 000 personnes, atteignant 771 000 personnes. Leur part est passée, au cours de cette période, de 46,7 % à 48,8 %, dont 79 % sont des hommes, 56,7 % sont des jeunes de 15 à 34 ans et 71,2 % ont un diplôme (dont 46,2 % de niveau moyen et 25 % de niveau supérieur). En outre, 85,2 % de ces chômeurs étaient des salariés, 13,3 % des auto-employés et près de 55,2 % exerçaient dans le secteur des services.

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