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Tensions entre Brahim Diaz et Idrissa Gueye lors de la finale de la CAN 2025.

n°1158.La CAF face à la finale Maroc-Sénégal : une décision qui esquive l’essentiel

31.01.2026 à 08 H 20 • Mis à jour le 31.01.2026 à 15 H 33 • Temps de lecture : 5 minutes
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En sanctionnant les deux fédérations sans jamais qualifier le retrait sénégalais d'abandon de match, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF) a opté pour un compromis politique. Un verdict d'équilibriste qui esquive l'essentiel et crée un précédent problématique

La décision du jury disciplinaire de la Confédération africaine de football CAF), rendue après les incidents de la finale de la CAN 2025 disputée à Rabat le 18 janvier, cherchait manifestement l'équilibre. Elle ressemble pourtant davantage à un compromis politique qu'à une réponse juridique assumée face aux événements les plus graves de cette soirée chaotique. En distribuant les torts de manière symétrique, l'instance continentale a privilégié l'apaisement diplomatique au détriment d'une qualification claire des faits.


Le communiqué officiel évoque « des sanctions infligées à la Fédération sénégalaise, à la Fédération marocaine ainsi qu'à plusieurs joueurs et officiels pour violations avérées du Code disciplinaire ». Derrière cette formulation consensuelle se cache cependant un choix décisif : celui de ne pas trancher sur l'événement central de la crise, le retrait collectif de la sélection sénégalaise en pleine finale, survenu après un penalty accordé au Maroc, quelques minutes seulement après l'annulation d'un but sénégalais.


Une délibération marathon, un verdict trop prudent

Le jury disciplinaire s'est réuni en visioconférence le mardi 27 janvier, siégeant du milieu d'après-midi jusqu'aux environs de minuit. Il a examiné les rapports des officiels de match ainsi que les réserves déposées par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), et a auditionné le sélectionneur sénégalais Pape Bouna Thiaw, les joueurs Ismaïla Sarr et Iliman Ndiaye côté sénégalais, Achraf Hakimi et Ismaël Saibari côté marocain.


L'enjeu dépassait de loin les sanctions individuelles. La FRMF avait formellement demandé l'application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition, qui prévoient qu'une équipe refusant de jouer ou quittant le terrain sans autorisation de l'arbitre doit être déclarée perdante et éliminée. La réattribution du trophée au Maroc sur tapis vert était donc juridiquement envisageable.


Sur ce point crucial, la CAF a choisi l'esquive. La réclamation marocaine a été rejetée sans motivation détaillée, et la notion d'abandon de match n'apparaît nulle part dans la décision publiée.


Des sanctions financières, mais périphériques

Le Sénégal n'a pas été épargné en apparence. La Fédération sénégalaise écope de 615 000 dollars d'amendes cumulées, sanctionnant le comportement des supporters, des joueurs et de l'encadrement technique. Le sélectionneur Pape Bouna Thiaw est suspendu cinq matchs et condamné à 100 000 dollars d'amende pour comportement antisportif et atteinte à l'image du football. Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr écopent chacun de deux matchs de suspension pour leur attitude envers l'arbitre.


Ces sanctions, relativement lourdes sur le plan financier, visent des comportements accessoires : contestations, pressions, gestes déplacés. Elles contournent soigneusement l'acte fondateur du chaos : le refus collectif de reprendre le jeu, à l’instigation du sélectionneur sénégalais, qui a suspendu le cours normal d'une finale continentale.


Le cadre réglementaire de la CAF ne laisse pourtant aucune place au doute. Toute interruption volontaire, tout retrait d'équipe sans autorisation arbitrale constitue une infraction bien plus grave que de simples protestations. En refusant de qualifier juridiquement cet épisode comme un abandon, la CAF crée un précédent dangereux pour l'autorité des arbitres et l'intégrité des compétitions futures.


Un traitement du volet marocain qui interroge

Le versant marocain de la décision suscite également des questions. Achraf Hakimi écope de deux matchs de suspension, dont un avec sursis, Ismaël Saibari de trois matchs fermes et 100 000 dollars d'amende. Leur faute : avoir participé à une tentative d'empêcher le gardien sénégalais d'utiliser une serviette pour sécher ses gants, accessoire effectivement interdit par les règlements FIFA.


La FRMF est elle aussi lourdement sanctionnée, avec 415 000 dollars d'amendes pour le comportement des ramasseurs de balles, une intrusion dans la zone VAR et l'usage de lasers par des supporters. Étendre ainsi la responsabilité marocaine à des éléments périphériques, parfois difficilement contrôlables dans un contexte aussi tendu, contraste singulièrement avec la relative indulgence accordée au Sénégal sur le point central du litige.


Cette asymétrie donne l'impression que le jury a cherché à équilibrer politiquement son verdict en alourdissant artificiellement le volet marocain, neutralisant ainsi les critiques prévisibles sur la clémence envers le Sénégal.


Une cohérence juridique mise à mal

En droit disciplinaire sportif, la proportionnalité des sanctions et leur cohérence avec la gravité objective des faits constituent des principes fondamentaux. À cet égard, la décision de la CAF paraît fragile. Elle frappe durement des comportements secondaires tout en minimisant l'acte le plus attentatoire à l'intégrité du jeu.


Les précédents ne manquent pas. L'affaire WAC-Espérance de Tunis en 2019, le cas Rojas en 1989 : la jurisprudence sportive internationale a constamment affirmé qu'un retrait volontaire sans justification valable équivaut à un abandon et appelle des sanctions sportives lourdes. En s'écartant de cette ligne sans explication, la CAF ouvre une brèche inquiétante.


Un message problématique pour l'avenir

Au-delà de ce match, le signal envoyé est préoccupant, comme le souligne la réaction de Patrice Motsepe, président de la CAF. Il suggère qu'une équipe mécontente peut interrompre une rencontre, susciter la violence parmi ses supporters officiels, faire pression collectivement sur l'arbitre et l'accuser publiquement de corruption, puis reprendre le jeu sans risquer davantage que des amendes et quelques suspensions symboliques limitées au cadre continental.


Deux recours restent possibles : le jury d'appel de la CAF d'abord, puis le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne en dernier ressort. C'est peut-être devant ces instances que se jouera finalement la clarification juridique que la CAF a préféré éviter.

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