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n°362.Que dit le rapport de Guterres sur la situation actuelle au Sahara Occidental ?

10.10.2018 à 22 H 16 • Mis à jour le 10.10.2018 à 22 H 20
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Principales nouveautés du dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la situation au Sahara Occidental soumis au Conseil de sécurité le 3 octobre et mis en ligne le 10 octobre dans sa mouture finale : depuis mars 2018, la Minurso a constaté plusieurs violations de l’accord militaire n°1 imposant le cessez-le-feu entre le Maroc et le Polisario et le dialogue de sourd entre l’ONU et Tindouf

Mis en ligne ce mercredi, le rapport d’António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, concernant la situation au Sahara occidental, a été soumis au Conseil de sécurité le 3 octobre. Une vingtaine de pages qui rendent compte des différents développements de la situation dans le territoire contesté, depuis la publication du rapport précédent en mars dernier.


Après avoir passé en revue les différentes rencontres et visites de l’Envoyé spécial de l’ONU, Horst Köhler, le Secrétaire général revient sur les différentes violations de l’accord militaire n°1 autant par le Maroc que par le Polisario, prévenant que « dans tous les cas, la Mission a pris contact avec les parties pour prévenir les violations ou y remédier et est parvenue à plusieurs reprises à persuader les parties de rétablir au moins en partie le statu quo ou de renoncer à des actions qui auraient constitué une violation de l’accord militaire », précise le rapport.

 

Plusieurs violations de l’accord militaire relevées par la MINURSO

Parmi ces violations, pour la seule période de fin mars 2018 à nos jours, la MINURSO a constaté « six violations de l’accord militaire n°1 par l’Armée royale marocaine, qui viennent s’ajouter à 10 violations persistantes. Parmi ces violations, deux avaient un caractère général, trois consistaient en ce que l’accord militaire n°1 définit comme des « renforcements tactiques » et la dernière était une violation de la liberté de mouvement », affirme le rapport relayant les observations de la mission onusienne. Du côté de Front Polisario, « ce sont 13 violations générales de l’accord militaire n°1 », précisant que le nombre de violations de « la liberté de mouvement a considérablement augmenté depuis la parution » du précédent rapport.


Autre reproche, cette fois-ci adressé au Maroc, la reconstruction d’un mur de sable érigé en 1987, à côté de Mahbas. Le rapport précise que le Maroc avait demandé l’autorisation d’effectuer les travaux en février, avril et juin 2017, chose à laquelle la MINURSO a opposé un niet catégorique. Motif mis en avant : « la reconstruction d’un mur existant précédemment constituerait un renforcement en violation de l’accord militaire n°1 ». Un argument qui n’a pas été du goût de la partie marocaine, preuve en est l’édification d’un « nouveau mur plus grand qui était en construction au-dessus d’un mur existant ».



L’Armée royale marocaine a également mis en place des postes d’observation que la MINURSO critique. Du côté marocain, on avançait que « le mur renforcé et les nouvelles installations sont nécessaires pour accroître sa capacité à prévenir la contrebande de drogue et d’autres activités criminelles ». 13 autres nouveaux postes d’observation de l’Armée royale marocaine ont également été établis, que le groupe de travail sur les violations a présenté comme « une violation de l’accord militaire n°1 ». Par ailleurs, le rapport affirme également que 10 autres postes marocains sont actuellement en cours d’examen par le groupe de travail sur les violations.


Le Front Polisario est également pointé du doigt. En cause, « quatre petites positions militaires dans la zone tampon  », à environ à 20 kilomètres au sud-est de Guerguerat. Des positions déclarées comme violation flagrante de l’accord militaire par la mission onusienne. En réponse, le Polisario a décidé de retirer trois de ces sites, tout en maintenant « une petite présence militaire  » à une quinzaine kilomètres de Guerguerat. Le motif  : être prêt à réagir au cas où le Maroc se décidait de reprendre les travaux sur la route à l’intérieur de la zone tampon.

 

Friture sur la ligne entre la MINURSO et le Front Polisario

Cependant, au-delà des violations militaires, le rapport du Secrétaire général de l’ONU semble s’attarder sur un point qui lui parait primordial : les relations entre l’ONU et le Front Polisario. A ce titre, le rapport souligne que « le front Polisario n’a pas encore accepté de recevoir officiellement mon Représentant spécial à son siège à Rabouni, conformément à la pratique établie de longue date » Le Front Polisario préconisant plutôt que la rencontre ait lieu sur le territoire du Sahara occidental. Adressant une lettre au Secrétaire général Brahim Ghali pour lui demander d’opter plutôt à Rabouni, António Guterres regrette que la position soit restée inchangée.


Les communications, selon le rapport, se limitent actuellement à des contacts par téléphone et par écrit, entre la MINURSO et le Front Polisario. Selon celui-ci, la MINURSO rencontrerait régulièrement le coordinateur marocain à Laâyoune et devrait donc traiter le Polisario à égalité en tant que partie du conflit. Quant aux autorités marocaines, toute réunion de la MINURSO avec les représentants du Front Polisario, à l’intérieur du territoire, « constituerait une reconnaissance du Front Polisario sur le territoire à l’est du mur de Sable ainsi qu’une reconnaissance de la « République arabe sahraouie démocratique » ».

 

Relevant plusieurs problèmes humanitaires, mais aussi le manque de moyens de la section du HCR basée à Tindouf, le Secrétaire général de l’ONU tend toutefois à conclure son rapport sur une bonne note, rappelant que malgré toutes les violations de l’accord militaire, aucune violation du cessez-le-feu n’a été enregistrée. Les déclarations des autorités mauritaniennes et algériennes concernant leur volonté de s’impliquer encore plus dans la résolution du conflit sont également vues d’un bon œil par António Guterres. Celui-ci appelle également au calme et à ce que les deux parties cessent l’escalade des déclarations interposées. A ce titre, il recommande la prolongation du mandat de la MINURSO jusqu’à octobre 2019, laissant le temps à son envoyé spécial de tenir notamment des réunions portant sur les négociations directes, dont celle de décembre qui sera consacrée à la définition du cadre des échanges, et de tenter de trouver des solutions à un conflit qui n’a que trop duré.

Par Soufiane Sbiti @sbiti_
Le Desk En clair