n°1267.Jouahri : la croissance ne fait plus reculer le chômage
Le chiffre qui résume l'année marocaine tient en une soustraction. Sur les 407 000 personnes ayant atteint l'âge de travailler en 2025, seules 177 000 se sont présentées sur le marché de l'emploi. Les 230 000 autres ne cherchent pas de travail : elles étudient, tiennent un foyer, ou ont renoncé. C'est ce décrochage silencieux, plus encore que le taux de chômage lui-même, qui raconte l'état réel du marché du travail dans un pays dont l'économie a pourtant crû à un rythme que beaucoup d'économies avancées lui envieraient. La croissance est là l'emploi, lui, ne suit plus.
L'économie nationale a bien créé 193 000 postes en 2025, une nette amélioration après les 82 000 de 2024 et surtout la destruction de 157 000 emplois en 2023, année de sécheresse. Mais cette embellie quantitative n'a pas suffi à faire refluer le chômage, qui n'a cédé que quelques dixièmes de point pour s'établir à 13 %, un niveau que Bank Al-Maghrib elle-même juge « très élevé ». La raison est arithmétique autant que structurelle : la démographie déverse chaque année sur le marché plus de bras que la croissance n'en absorbe, et une part croissante de la population en âge de travailler a cessé de se présenter à l'embauche. Le taux d'activité, à 43,5 %, s'est certes stabilisé après trois années de recul continu, mais à un plancher qui signifie que moins d'un Marocain en âge de travailler sur deux participe à la vie économique.
Un « maillon faible », nommé par le wali
Ce qui donne à ce rapport son tranchant, c'est que le diagnostic ne vient pas des critiques de la politique économique, mais de son gardien. Dans la note introductive qu'il signe, Abdellatif Jouahri écrit noir sur blanc que le marché du travail « a été le maillon faible de l'économie nationale » et que « les politiques actives mises en place au cours des dernières années n'ont pas permis d'insuffler une dynamique tangible ». La formule la plus lourde de sens est ailleurs : le wali constate que « le contenu en emploi de la croissance s'est sensiblement affaibli ». En clair, il faut désormais plus de points de PIB pour produire un même volume d'emplois qu'auparavant. La machine tourne plus vite mais entraîne moins de monde.
Abonnez-vous pour continuer la lecture
à partir de 40 dh par mois
(facturé annuellement)
Choisir une offre
