AvisSecteur meunier : le Conseil de la concurrence dresse un diagnostic sévère et appelle à une refonte en profondeur
Le Conseil de la concurrence a rendu ses conclusions sur l’état du secteur meunier au Maroc, un pilier stratégique de la sécurité alimentaire nationale, mais fragilisé par des dysfonctionnements structurels, une dépendance croissante aux importations et un cadre de soutien devenu difficilement soutenable. Le verdict est sans appel : seule une mise à niveau globale, touchant à la fois la production agricole, l’organisation du marché et les mécanismes de compensation, permettra au Maroc de renforcer sa souveraineté céréalière.
Le rapport rappelle que le modèle marocain, longtemps centré sur des importations abondantes et des dispositifs de subvention visant à maintenir des prix stables pour les consommateurs, a permis d’éviter les ruptures d’approvisionnement dans un contexte mondial instable. Cependant, derrière cette stabilité apparente se cachent des fragilités profondes, exacerbées par la sécheresse, la volatilité des marchés internationaux et les tensions géopolitiques qui affectent les cours des céréales.
La production nationale, bien que marquée par un progrès notable – le rendement par hectare ayant progressé d’environ 42 % entre 2003 et 2019 – demeure insuffisante pour couvrir les besoins du pays. Les exploitations restent majoritairement fragmentées, faiblement mécanisées et encore éloignées des standards internationaux en matière de qualité des semences, d’irrigation ou d’accompagnement technique. Cette faiblesse en amont impacte directement la filière meunière, qui peine à s’approvisionner en blé local répondant aux critères exigés pour la production de farines de qualité.
Face à ces limites, les minoteries se retrouvent massivement tournées vers les marchés internationaux, devenant tributaires de fluctuations de prix souvent brutales. Ce recours structurel aux importations fragilise la compétitivité du secteur et pèse sur les finances publiques, l’État devant mobiliser des subventions importantes pour amortir l’impact des variations mondiales sur les prix à la consommation.
Le Conseil de la concurrence souligne également les insuffisances du cadre réglementaire et des mécanismes d’intervention publique. Les dispositifs de soutien, bien qu’utiles pour préserver le pouvoir d’achat, génèrent une charge budgétaire croissante et ne favorisent pas suffisamment la montée en gamme de la production locale. Le système de stockage et de constitution de réserves stratégiques reste, lui aussi, insuffisamment clarifié, alors qu’il constitue un levier essentiel face aux risques climatiques et géopolitiques.
Le rapport alerte sur un risque réel : celui d’une dépendance accrue aux marchés mondiaux, susceptible d’exposer davantage le pays aux crises alimentaires. Dans ce contexte, le Conseil plaide pour une réforme globale et cohérente de la filière. Il appelle à une révision en profondeur du cadre réglementaire et des mécanismes de subvention, à un accompagnement renforcé des agriculteurs pour améliorer la qualité et la productivité des céréales locales, et à une structuration plus efficace des stocks de sécurité.
Pour le Conseil, la souveraineté alimentaire du Maroc dépendra de la capacité du pays à moderniser toute la chaîne – du champ jusqu’au sac de farine – en stimulant la concurrence, en améliorant la qualité de la production et en rééquilibrant la relation entre ressources locales et importations. La filière meunière ne pourra gagner en résilience qu’à travers une transformation systémique, seule à même de répondre aux défis économiques, climatiques et géopolitiques des années à venir.
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