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Grand angle

Soldats de fortune et mercenaires : les visages étrangers de la Guerre du Rif

11.07.2026 à 17 H 17 • Mis à jour le 11.07.2026 à 17 H 17 • Temps de lecture : 11 minutes
Par
Histoire
Ils étaient allemands, américains ou britanniques, et n'avaient a priori rien à faire dans les montagnes du nord du Maroc. Pourtant, de 1921 à 1926, ces étrangers ont marqué de leur empreinte la Guerre du Rif, dont cette année marque le centenaire. Qu'ils aient choisi les rangs de Ben Abdelkrim par conviction, ou ceux de l’armée coloniale par goût du risque ou contre finances, leurs trajectoires révèlent la face méconnue d'un conflit où la globalisation de la guerre faisait ses premières armes

La Guerre du Rif (1921-1926) n'a pas seulement été le théâtre d'un affrontement entre les troupes coloniales franco-espagnoles et la coalition tribale de Ben Abdelkrim El Khattabi. Ce conflit, premier grand soulèvement anticolonial du XXe siècle, avait attiré dans les montagnes escarpées du Nord du Maroc une galerie de personnages singuliers venus d'ailleurs. D’un déserteur allemand en quête de rédemption aux pilotes américains en mal d'aventure, en passant par un journaliste qui s’est mué en diplomate, ces acteurs étrangers ont marqué l'histoire du Rif, apportant leur expertise technique à une guerre qui préfigurait les tragédies technologiques du siècle passé.


Dans ce laboratoire de la modernité guerrière, où l'aviation et les armes chimiques faisaient leurs premières funestes preuves, les trajectoires de ces « volontaires » dessinent une géographie complexe de la loyauté et de l'opportunisme. Comment ces soldats, issus de pays non impliqués dans les manœuvres coloniales sur le sol chérifien, se sont-ils retrouvés au cœur de ce conflit ?

Josef Klems : de la Légion étrangère au maquis rifain

Parmi les figures les plus romanesques de cette période figure Josef Otto Klems. Si la légende, entretenue par des journalistes, comme Vincent Sheean, du Chicago Tribune, en a fait le fils de riches marchands de vin de Düsseldorf, la réalité exhumée par l'historien allemand Dirk Sasse est plus prosaïque. Né en 1893 dans une famille modeste, Klems connaît une jeunesse tourmentée, marquée par des séjours répétés en prison pour vol ou pour détournement de fonds. La Grande Guerre semble d'abord être sa voie de salut, puisqu’il s'y engage au sein de l'armée allemande, avant de déserter dès juin 1914 pour fuir en France. Il s'enrôle alors dans la Légion étrangère, dans le 2ème Régiment étranger, sous le matricule 9073.


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