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Drame à Al HoceimaAffaire Fikri : l’enquête préliminaire n’identifie pas précisément les responsabilités

01.11.2016 à 11 H 01 • Mis à jour le 02.11.2016 à 09 H 59
Par Kenza Filali
Onze personnes ont été déférées devant le juge d'instruction pour faux en écriture publique et homicide involontaire suite au décès de Mouhcine Fikri annonce le procureur général d’Al Hoceima 
sur la base d’une enquête préliminaire de la BNPJ sur les circonstances du drame qui a provoqué une vague d’émotion et de colère sans précédent à travers le pays

Le procureur général du roi près la Cour d’appel d’Al Hoceima a décidé de déférer devant le juge d’instruction 11 personnes, dont deux agents d’autorité, le délégué de la Pêche maritime, le chef de service de la délégation de la pêche maritime, le médecin chef du service de la médecine vétérinaire, « pour faux en écriture publique et homicide involontaire » suite au décès de Mouhcine Fikri, apprend-on ce matin par un communiqué du procureur relayé par la MAP, qui précise que cette décision fait suite aux conclusions de l’enquête préliminaire durant laquelle plus de 20 personnes ont été auditionnées pendant leur garde à vue de 72 heures après prolongation.


Des auditions qui ont donné lieu à « des constatations et des confrontations », souligne le communiqué dans un souci manifeste de démontrer à l’opinion publique toute la diligence accordée à cette affaire qui a suscité une vague d’émotion et de nombreuses manifestations de colère à travers le pays, notamment à Al Hoceima, ville du drame, où les protestations n’ont pas faibli depuis vendredi soir.


« Le procureur général du roi a chargé la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), dont le siège est à Casablanca, eu égard à son expertise et expérience et en vue de garantir la partialité et la neutralité de son travail, le but étant de diligenter une investigation approfondie sur les circonstances du décès du défunt Mouhcine Fikri », ajoute la même source.


Un premier scénario officiel
 se dessine

D’après les éléments de l’enquête, un premier scénario officiel des faits se dessine déjà : « Mouhcine Fikri avait acheté de certains pécheurs du port d’Al Hoceima près de 500 kilogrammes d’espadon, interdit de pêche durant la période allant du 1er octobre au 30 novembre de chaque année en vertu de Arrêté du ministre de l’Agriculture et de la Pêche Maritime n°1176-13 du 8 avril 2013 », poursuit le communiqué.


Il a par la suite « chargé une personne de transporter cette quantité à bord d’un véhicule de transport, qui n’a pas fait l’objet de contrôle à son départ du port, ce qui a amené un élément de la police, qui assurait la permanence, à informer les services de sécurité concernés qui ont arrêté le véhicule au niveau de l’avenue Tarik Ibn Ziad », explique la même source.


A ce stade, la version officielle acquiesce donc la thèse d’une sortie sans encombres du port, alors que certaines sources médiatiques avaient assuré que Fikri avait « forcé le passage ».


Après l’arrivée du représentant de la délégation de la pêche maritime, celui-ci « a constaté des infractions à la loi règlementant la pêche maritime », précise le communiqué, notant que « suite à cette constatation les services de la police judiciaire ont informé le parquet général qui a ordonné de remettre le conducteur et les poissons saisis au délégué de la pêche maritime pour prendre les mesures légales requises à cet effet (…) Le vétérinaire a indiqué que les poissons sont impropres à la consommation pour faute de document attestant de leur origine ce qui nécessite leur destruction », note le communiqué.


Un PV de destruction non conforme aux faits


Selon le communiqué du procureur « la commission composée du délégué de la pêche maritime, du chef de service de la pêche maritime, du médecin vétérinaire et du représentant de l’autorité locale a fait appel, pour effectuer l’opération de destruction, à un camion de ramassage d’ordures, dont un responsable a exigé un ordre de destruction avant de transporter la quantité de poisson saisie », ajoutant que la commission « a rédigé un procès verbal de destruction des poissons saisis avant d’effectuer cette opération et dont l’original a été remis au représentant de la société, ce qui constitue, du point de vue du parquet général, un faux en écriture publique ».
En clair, la constatation de la destruction de la marchandise a été actée par ladite commission avant que celle-ci n’ait eu lieu.


Au sujet du point le plus crucial du déroulé des événements, celui ayant trait aux circonstances précises de la mort tragique de Mouhcine Fikri, les conclusions de l’enquête expliquent que le processus de déclanchement du mécanisme de compactage s’est fait en deux étapes, révélant que la mise sous contact a été le fait d’un ordre émanant d’un ouvrier de la société de ramassage des ordures.


Un ouvrier responsable de la mise sous courant électrique… 

« Alors que les services de la société étaient en train de charger les poissons dans le camion de ramassage d’ordures à partir du véhicule saisi, le conducteur du camion a reçu un signal d’un ouvrier de la société d’alimenter la benne-tasseuse en électricité », explique la même source, notant que Mouhcine Fikri est monté avec plusieurs personnes à l’arrière du camion de ramassage d’ordures afin d’empêcher que les poissons n’y soient chargés. Aussi, selon les termes de l’enquête, l’homme cherchait à s’interposer à la destruction de sa marchandise qui n’y avait pas déjà été chargée comme cela avait été avancé par nombre de témoignages. Se pose alors la question de la mise en branle du mécanisme. Pourquoi celui-ci aurait-il été démarré alors qu’il était à vide ?


« A ce moment, la benne-tasseuse s’est mise en marche suite à l’actionnement de l’appareil se trouvant à droite de la partie arrière du camion, provoquant ainsi la mort de Mouhcine Fikri ».
 Si la mise sous courant du mécanisme est clairement attribuée à une injonction faite par un ouvrier au conducteur du camion benne, l’enquête ne dit pas à ce stade qui a actionner un appareil de commande de mise en marche qui se situe à l’arrière du véhicule.


« La benne-tasseuse, qui se trouve à la partie arrière du camion, est mise en marche après son alimentation en électricité via un bouton situé dans la cabine de pilotage par le conducteur et en actionnant un appareil automatique situé dans la partie arrière du camion », est-il souligné.


…  Mais pas de clarification au sujet du mécanisme d’activation

La responsabilité de cette seconde manœuvre, nécessaire à la mise en route des palles ayant broyé le poissonnier qui se trouvait à ce moment au fond de la benne comme le montre très clairement une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, n’est attribuée à quiconque selon les résultats de l’enquête tels que rendus publics ce matin. Serait-ce le fait du mouvement de foule qui a eu lieu au moment où Mouhcine Fikri et deux autres personnes se sont juchées sur la partie arrière du camion benne ? Le communiqué du procureur fait l’impasse sur ce point sans même exposer les éventualités possibles.


Alors que des témoignages non authentifiés avaient fait état d’une injonction supposément entendue sur le lieu du drame de la part d’un agent d’autorité ayant crié « broie-le ! », fait déclencheur de la colère sur les réseaux sociaux, puis dans la rue, « l’investigation effectuée n’a révélé l’émission d’aucun ordre d’agression de la victime par une partie quelconque, notant qu’à travers l’examen des détails de l’événement et des dépositions des parties, le Parquet général a estimé que les actes commis revêtent le caractère d’un homicide involontaire », précise le communiqué. « La justice, qui examinera l’affaire, en décidera conformément à la loi », conclut-il.


Enfin, il est précisé que « le parquet général poursuivra l’enquête sur les infractions en relation avec la pêche maritime qui pourraient engendrer des poursuites ultérieures en cas d’existence de preuves ».




Par Kenza Filali
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