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InfluenceL’ancien chef du lobby américain des armes à feu à la solde de l’Algérie contre le Maroc

27.06.2019 à 06 H 16 • Mis à jour le 27.06.2019 à 10 H 10
Par Kenza Filali
Depuis la révélation en novembre 2018 de son contrat passé avec Alger destiné à contrer les positions du Maroc sur le dossier du Sahara Occidental, David Keene, ancien patron de la NRA, a perçu au moins 180 000 dollars selon sa toute récente déclaration au FARA. Un lobbying appuyé notamment auprès de John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de Trump

David Keene, l’ancien président de la National Rifle Association (NRA), le puissant et très controversé groupe de pression américain des armes à feu, également président de l’American Conservative Union, s’est converti depuis des années en lobbyiste actif pour l’Algérie depuis qu’il présidait le Carmen Group.


Son activisme, notamment pro-Polisario, a été réactivé par un contrat conclut début novembre 2018 par le cabinet Keene Consulting avec l’Algérie prévoyant une rétribution annuelle de 360 000 dollars par an, versée en tranches mensuelles. Un contrat qui s’ajoutait à ceux de deux autres cabinets : International Policy Solutions, recruté en septembre 2018 par la Sonatrach pour redorer l’image de l’Algérie (25 000 dollars par mois) et Foley Hoag, dont le contrat dormant depuis 2007 avec l’ambassade algérienne à Washington a été remis en route en avril 2018, au moment où le dossier du Sahara Occidental était débattu devant le Conseil de sécurité…


Selon sa dernière déclaration au FARA, le fichier du Département de la Justice américain qui recense les agents recrutés par des puissances étrangères, Keene a déclaré le 23 juin 2019 avoir reçu du gouvernement algérien, depuis la fin de l’année dernière, au moins 180 000 dollars pour défendre les intérêts d’Alger auprès des cercles influents aux Etats-Unis.



Usant de ses réseaux haut placés dans l’administration Trump, Keene dit avoir rencontré un certain nombre de responsables gouvernementaux, dont des membres du Congrès, des assistants de la Maison Blanche et même John Roberts, président de la Cour suprême.


Un activisme visant Bolton en particulier… 

Parmi les contacts de Keene avec le gouvernement américain en 2019, le plus important est sans doute le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, par ailleurs ancien collègue de Keene à la NRA en charge des affaires internationales.


De sa position auprès de Trump, Bolton est en première ligne sur le dossier du Sahara Occidental qui oppose Rabat et Alger depuis des décennies. Selon OpenSecrets.org, un groupe de recherche indépendant qui traque l’usage de l’argent dans la politique américaine, Keene a rencontré Bolton en janvier, peu de temps après que ce dernier eut exprimé sa frustration que le conflit n’ait pas été résolu dans le cadre des pourparlers de paix des Nations Unies.


Keene avait déjà rapporté au FARA avoir fait du lobbying pour l’Algérie de 2006 à 2008. Mais il a continué à le faire sans le déclarer à la justice. Il a ainsi commis en 2010 un article d’opinion dans The Hill, la gazette d’influence de Washington, blâmant le Maroc, alors qu’il n’agissait plus officiellement pour le compte de son sponsor algérien depuis deux ans… D’autres chroniques suivront les années suivantes, notamment dans le Washington Times en défense du Polisario…


En décrivant les termes de leur accord de lobbying de 360 000 dollars, l’Algérie a publié en novembre 2018 un communiqué de presse via l’agence de relations publiques O’Dwyers au titre jugé scabreux par OpenSecrets.org : « Algeria is Keen on NRA Alum Keene ». Un mois plus tard, le Maroc, le Polisario et son chaperon algérien, devaient se rencontrer à Genève pour des pourparlers sous l’égide de l’ex-envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies, Horst Köhler. Le processus avait été activement poussé depuis la Maison Blanche par Bolton…


Depuis que Keene est de nouveau entré en fonction en tant qu’agent officiel de l’Algérie, le pays a connu d’importantes turbulences, qui ont culminé avec la destitution du président Abdelaziz Bouteflika en mai, note OpenSecrets.org.


Selon Foreign Lobby Watch, le Maroc a intensifié de son côté son influence à l’étranger et ses propres opérations de lobbying, dépensant près de 1,5 million de dollars l’an dernier pour cibler les États-Unis.


Exemple cité par OpenSecrets.org, le lobbyiste Richard Smotkin a aidé à organiser un voyage de 100 000 dollars au Maroc pour Scott Pruitt, alors chef de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), comme l’avait révélé Le Desk, puis repris et cité par le New York Times et le Washington Post.


Des liens scrutés avec l’espionnage russe

Keene a divulgué de nombreux contacts avec des représentants du gouvernement et décrit son nouveau rôle spécifique dans le lobbying au nom de l’Algérie, poursuit la même source.


Il a ainsi avoué avoir assisté à une collecte de fonds pour le sénateur républicain de l’Alaska Dan Sullivan en avril. Durant le premier trimestre 2019, la NRA a elle aussi soutenu financièrement Sullivan et d’autres sénateurs du même parti, notamment Shelley Moore Capito (Virginie Occidentale), David Perdue (Georgie), John Cornyn (Texas) et Cory Gardner (Colorado).


Le 15 décembre 2018, Keene a rencontré John Roberts, président de la Cour suprême –  en présence des sénateurs républicains Orrin Hatch (Utah) et Pat Roberts (Kansas) –  dans l’objectif de « promouvoir les relations et les intérêts mutuels des Etats-Unis et de l’Algérie ». Une rencontre qui a marqué la première apparition du magistrat en chef dans les rapports du FARA sur les agents agissant pour l’étranger…


Roberts est le seul juge de la Cour suprême en exercice actuellement identifié comme contact d’un lobbyiste pour le compte d’intérêts étrangers, selon les données de Foreign Lobby Watch.


Selon OpenSecrets.org, le cas Keene a fait l’objet d’un examen minutieux en raison de ses contacts avec la Russie en particulier à l’occasion du voyage de la NRA à Moscou en 2015 organisé par l’espionne russe Maria Butina, actuellement en détention dans une prison fédérale.


John Bolton a également été lié à Butina, relève la même source. Il est apparu dans une vidéo faisant la promotion du lobby russe des armes à feu animé par Butina, Right to Bear Arms, très certainement à la demande de Keene…

Par Kenza Filali
Le Desk Newsroom