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Crise diplomatiqueLa visite de Macron à Alger compromise par un arrêté du Quai d’Orsay ?

31.07.2022 à 23 H 31 • Mis à jour le 01.08.2022 à 02 H 55
Par
Macron -Algérie
Selon un média proche du régime algérien, la visite d’Emmanuel Macron à Alger ne pourrait être maintenue en raison de la publication par le ministère français des Affaires étrangères d’un arrêté classant le voisin de l’Est comme un pays « où les conditions de vie sont particulièrement rigoureuses ». Qu’en est-il vraiment ?

Dans un message adressé récemment à son homologue algérien, le président français Emmanuel Macron annonçait qu’il se rendrait « prochainement » à Alger en réponse à une invitation d’Abdelmadjid Tebboune. « En réponse à votre invitation, je serai heureux de venir en Algérie prochainement pour lancer ensemble ce nouvel agenda bilatéral, construit en confiance et dans le respect mutuel de nos souverainetés », peut-on lire dans cette lettre rendue publique le 7 juillet.


Après un épisode de tensions, dont le point culminant fut le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris et la fermeture du ciel aux avions militaires français en octobre 2021 à la suite de propos de Macron accusant « le système politico-militaire » algérien d’entretenir depuis l’indépendance du pays en 1962 « une rente mémorielle », les relations entre les deux pays se sont peu à peu réchauffées. « M. le Président et mon cher ami, j’ai l’immense plaisir, en ce 5 juillet 2022 où l’Algérie célèbre son 60e anniversaire de l’indépendance, de vous adresser, au nom de la France et en mon nom propre, à vous, l’Algérie et son peuple, un message d’amitié et de solidarité, accompagné des félicitations les plus sincères à votre pays », a écrit le président français dans le même message adressé à Abdelmadjid Tebboune.


Mais ce retour à des relations plus apaisées ne fut que de courte durée, à en croire Algérie Patriotique, site de propagande anti-marocain appartenant à Lotfy Nezzar, fils ainé de l’ancien ministre de la Défense algérien Khaled Nezzar. En cause : dans un arrêté du 7 juillet fixant la répartition en trois zones des postes diplomatiques et consulaires, « le ministère français des Affaires étrangères met l’Algérie dans l’insensée catégorie A désignant les pays où les conditions de vie sont ‘’particulièrement rigoureuses’’ ».


L’Algérie, un pays de tout temps « dangereux »

Dans cette catégorie, « considérée comme dangereuse », l’Algérie côtoie des pays en guerre ou institutionnellement instables : l’Afghanistan des Talibans, la Syrie, l’Ukraine, l’Irak, le Mali, la Somalie, le Yémen, la Libye ou encore la Papouasie-Nouvelle-Guinée. « Si l’on en croit la réaction de sources officielles algériennes qui ont requis l’anonymat, il est difficile d’envisager le maintien de la visite du président français en Algérie qu’il a lui-même annoncée voici quelques semaines », écrit le porte-voix d’Alger.


Un classement vécu comme un affront. D’autant plus que le Maroc, désigné ennemi juré par la publication numérique, fait partie de la « zone C », aux côtés de « pays prospère » où, déplore le site de Lotfy Nezzar, « la France estime que la situation ne nécessite aucune disposition particulière ».


« Le royaume alaouite (…) est aligné avec le géant allemand, l’Australie, les pays scandinaves, les paradis fiscaux que sont le Luxembourg, le Liechtenstein et la Suisse, la richissime Principauté de Monaco et les pétromonarchies du Golfe », s’énerve l’auteur de l’article, qui écrit qu’à Alger « ce classement est qualifié de “scandaleux“ car “non conforme à la réalité“ »

 

« Il s’apparente à une nouvelle provocation de Paris, qui semble voir d’un mauvais œil le partenariat stratégique qu’Alger et Rome ont scellé et qui a été couronné par une augmentation substantielle des quantités de gaz algérien destinées aux Italiens dans ce contexte de ce que le gouvernement français appelle la “sobriété énergétique“ », extrapole-t-il.


Pourtant, une simple vérification permet de constater que l’Algérie est familière de la zone A, comme en témoigne par exemple un arrêté du 14 décembre 2021. Depuis, un seul pays a été introduit dans cette zone : l’Ukraine, habituellement classée, avant son invasion par la Russie, dans la zone B réservé aux pays « où les conditions de vie sont réputées difficiles, en raison notamment du climat ou des contraintes quotidiennes ».


L’arrêté du 14 décembre abrogeait un autre texte daté du 9 décembre 2019, qui lui aussi classait le voisin algérien dans la catégorie A aux côtés de pays « où les conditions de vie sont particulièrement rigoureuses ». Dans ces mêmes arrêtés, le Maroc a toujours fait partie de la catégorie C. Le partenariat entre l’Algérie et l’Italie n’a ainsi aucun effet sur le classement décrié.


Un ballon d’essai de la diplomatie algérienne ?

Alger entend-il conditionner la visite de Macron à une « sortie » de la liste A ? Une chose est sûre, la diplomatie algérienne continue de souffler le chaud et le froid concernant ses relations avec certains pays européens, distillant officieusement dans les médias féaux des messages allant à l’encontre des déclarations officielles.


Dernier exemple en date : après avoir instauré en juin le gel sur le commerce extérieur avec l’Espagne en protestation contre le soutien de Madrid au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, Alger a rétropédalé le 28 juillet en levant cette suspension à travers une directive de l’Association des banques et établissement financiers (Abef), celle-là même qui avait enjoint 50 jours plus tôt aux banques algériennes de geler toute domiciliation bancaire des opérations de commerce extérieur.


Une décision interprétée par de nombreux observateurs comme une reculade de l’Algérie, qui s’est fait sermonner par l’Union européenne, qui s’était déclarée « prête à s’opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à un État membre ». Le 30 juillet, les autorités algériennes rétropédalent à nouveau : « Les allégations colportées, en ce moment, par certains médias sur une prétendue reculade de l’Algérie concernant ses relations commerciales avec l’Espagne sont erronées, car aucune information officielle n’a été rendue publique à ce sujet par les autorités ou les institutions compétentes », a écrit l’agence de presse officielle APS.


« Les décisions concernant les questions financières et commerciales qui engagent l’Etat sont prises en Conseil des ministres, par le ministère des Finances ou par la Banque d’Algérie et sont annoncées par les canaux officiels  », lit-on dans le commentaire de l’agence officielle, qui enfonce : « Les décisions économiques notamment celles liées aux relations de l’Algérie avec ses partenaires commerciaux relèvent des prérogatives exclusives de l’Etat, et non pas des organisations professionnelles, telle que l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) », peut-on lire dans la même dépêche.


L’ABEF, dont les membres fondateurs sont des établissements détenus par l’État algérien (la Banque extérieure d’Algérie, la Banque nationale d’Algérie, la Banque de développement local, la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance, la Banque de l’agriculture et du développement rural, le Crédit populaire d’Algérie…), a-t-elle pu prendre d’instaurer un gel du commerce avec un partenaire commercial de poids avant de le lever sans l’aval de la présidence ? À l’évidence, non.

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