Mondial 2026Le Maroc victorieux dans la douleur, la rotation d’Ouahbi prise en défaut par Haïti
Au Mercedes-Benz Stadium d'Atlanta, le Maroc a longtemps cru que cette dernière journée tournerait au calvaire. Mené dès la 10e minute, rejoint juste avant la pause après avoir égalisé, le onze remanié des Lions de l'Atlas a dû attendre l'entrée de ses remplaçants pour faire la différence dans le dernier quart d'heure. Le score final, 4-2, flatte une prestation décousue : avec 3,26 buts attendus contre 0,66 à Haïti, la domination statistique est réelle, mais elle masque une fébrilité défensive qui n'augure rien de bon avant l'entrée dans le tableau final.
Le pari de la rotation
Le choix de Mohamed Ouahbi était assumé. Qualification quasi acquise, première place encore jouable à distance face au Brésil, le sélectionneur a profité de ce troisième match pour gérer le temps de jeu de ses cadres et préserver des organismes très sollicités. Quatre changements par rapport au onze type aligné contre le Brésil et l'Écosse : Anass Salah-Eddine a pris le couloir gauche à la place de Noussair Mazraoui, Redouane Halhal a remplacé Issa Diop dans l'axe, ce dernier étant sous la menace d'une suspension après son carton reçu face aux Écossais, Sofyan Amrabat a retrouvé l'entrejeu aux dépens d'Ayyoub Bouaddi, et Ayoub El Kaabi a été reconduit en pointe.
Sur le papier, l'ossature restait solide : Bounou dans les buts, Hakimi à droite, Chadi Riad au centre, et un trio offensif Bilal El Khannous - Ismael Saibari - Brahim Diaz derrière El Kaabi, dans un 4-2-3-1 classique. Dans les faits, les retouches ont déséquilibré l'équipe là où on l'attendait le moins. La charnière inédite Riad-Halhal a manqué de repères, le côté gauche a pris l'eau, et la double sentinelle Amrabat-El Aynaoui n'a pas suffi à protéger une défense prise de vitesse à plusieurs reprises par les transitions haïtiennes. Le turnover a donné du temps de jeu, comme prévu. Il a aussi rappelé que cette équipe n'a pas encore la profondeur de banc d'un candidat au dernier carré.
Une première période chaotique
Haïti n'avait plus rien à perdre, et cela s'est vu d'entrée. Dès la 10e minute, Lenny Joseph profitait d'un marquage flottant pour se présenter dans la surface de six mètres sa tentative était déviée par Bounou et inscrite au compteur des Marocains comme un but contre son camp. Les Grenadiers, volontaires et bien organisés dans leur bloc médian, n'ont pas subi : ils ont rivalisé.
Le Maroc a égalisé à la 39e minute par Hakimi, opportuniste pour pousser au fond un ballon mal repoussé par Placide. L'embellie a été de courte durée. Quatre minutes plus tard, Wilson Isidor a expédié une frappe lointaine dans la lucarne gauche, sans doute le plus beau but du tournoi à ce stade, pour redonner l'avantage à Haïti. Il a fallu un dernier éclair avant la pause, une finition maligne de Saibari sur un centre de Hakimi dans le temps additionnel, pour rétablir l'équilibre (2-2). Une première période emballée, à l'image d'une équipe marocaine séduisante par séquences mais incapable de verrouiller son but.
Hakimi et El Khannous au-dessus, Diaz fantomatique
Dans ce désordre, deux hommes ont tiré l'équipe vers le haut. Hakimi, capitaine et moteur du couloir droit, a été de toutes les offensives : son but, ses débordements et ses centres ont constitué la principale source de danger. Le revers de la médaille est connu : ses montées incessantes ont laissé des boulevards dans son dos, et il a été l'un des joueurs les plus souvent éliminés en un-contre-un. Un déséquilibre qui se paiera plus cher face à un adversaire de meilleur calibre.
El Khannous, lui, a confirmé qu'il est aujourd'hui le joueur le plus tranchant entre les lignes. Remuant, percutant, gagnant la majorité de ses duels, il a sans cesse cherché à casser le bloc haïtien par la passe ou la conduite. C'est de ses combinaisons avec Hakimi qu'a découlé l'essentiel du volume offensif marocain.
À l'inverse, Brahim Diaz a livré l'une de ses sorties les plus pâles sous le maillot national. Effacé, rarement juste dans le dernier geste, il a surtout manqué l'immanquable en seconde période : idéalement placé dans la surface pour donner l'avantage aux siens, il a expédié sa reprise au-dessus. Logiquement remplacé à l'heure de jeu par Azzedine Ounahi, il laisse l'image d'un meneur en manque de rythme, à l'opposé de l'influence qu'on attend de lui.
Côté buteurs, ce sont finalement les entrants qui ont scellé le sort de la rencontre. Soufiane Rahimi, lancé à la 70e minute, a d'abord conclu d'une frappe déviée à la 78e après un corner, avant de garder un ballon en jeu et de l'offrir à Gessime Yassine pour le 4-2 (89e). Le jeune ailier a saisi sa chance Rahimi, lui, a une nouvelle fois pesé en sortie de banc.
Salah-Eddine, le maillon par lequel tout a cédé
S'il fallait désigner le revers de cette rotation, ce serait le flanc gauche. Anass Salah-Eddine a été directement impliqué dans les deux buts haïtiens. Sur l'ouverture du score, c'est dans sa zone que Joseph a pu se glisser au second poteau, profitant d'un placement défaillant pour provoquer le contre son camp. Sur le second, le repli tardif et la fermeture insuffisante de son couloir ont offert à Isidor l'espace et le temps nécessaires pour armer sa frappe à distance.
Le paradoxe est cruel : techniquement, Salah-Eddine a été l'un des Marocains les plus propres balle au pied, quasi parfait à la passe. Mais le poste de latéral dans cette équipe exige autant de rigueur défensive que d'apport offensif, et c'est précisément là qu'il a flanché. Son remplacement par Mazraoui dans le dernier quart d'heure a d'ailleurs coïncidé avec la stabilisation du bloc. Pour un joueur appelé à doublure d'un titulaire installé, la démonstration a tourné court : elle a coûté deux buts.
Cap sur Monterrey, et un adversaire d'un autre standing
Le bilan comptable reste positif : sept points, une qualification, un parcours qui se poursuit. Mais la deuxième place du groupe C, concédée au Brésil sur la différence de buts après la victoire 3-0 de la Seleção contre l'Écosse, a une conséquence directe sur le tableau. En tant que dauphin du groupe C, le Maroc affrontera le vainqueur du groupe F le 29 juin, et devra pour cela se déplacer à Monterrey, à l'Estadio BBVA.
C'est un changement de décor majeur. Après des matchs disputés sur le sol américain, les Lions de l'Atlas basculent au Mexique, avec la chaleur et les conditions de jeu propres au nord du pays, et la logistique d'un déplacement supplémentaire à gérer en pleine montée en intensité. L'adversaire, surtout, sera d'un tout autre calibre : en tête du groupe F à ce stade, les Pays-Bas se profilent comme l'opposant le plus probable, le Japon restant en embuscade. La hiérarchie ne sera fixée qu'au terme de la dernière journée du groupe F.
Contre une équipe néerlandaise rompue au très haut niveau, les approximations vues face à Haïti ne pardonneront pas. Les espaces laissés dans le dos de Hakimi, la fragilité d'une charnière remaniée, l'inconstance de Diaz : autant de chantiers qu'Ouahbi devra refermer en quelques jours. Le Maroc a la qualité individuelle pour rivaliser avec n'importe qui, El Khannous et Hakimi l'ont encore prouvé. Reste à retrouver la solidité collective qui avait fait sa force jusqu'ici, sous peine de voir l'aventure s'arrêter dès les seizièmes.
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