Le bloc notes de la rédaction
Soukaina Fahsi ravit Chellah par une performance à fleur d’âme
Dans l’écrin mystique du site de Chellah, baigné par une légère pluie et enveloppé d’une lumière tamisée, la chanteuse marocaine Soukaina Fahsi a offert, vendredi soir, l’un des moments les plus émouvants de la 20e édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde. Une performance habitée, où la puissance de la voix s’est confondue avec les éléments, dans une expérience musicale aussi sensorielle que spirituelle.
Dès les premières notes, le ton était donné. L’artiste a ouvert son concert par une improvisation vocale saisissante intitulée L’amour est ma foi, une ode à la profondeur du sentiment amoureux et à sa portée mystique. Ce préambule a plongé le public dans une atmosphère presque sacrée, accentuée par une fine pluie venue accompagner, comme par magie, l’interprétation de Goutte de pluie. Un instant suspendu où la nature semblait s’accorder à la vibration du chant.
Puisant dans le répertoire traditionnel marocain, Soukaina Fahsi a ensuite proposé une relecture de plusieurs morceaux emblématiques, à commencer par Lhbib, Lhbib et Moulay Abdellah. Cette dernière, réarrangée dans un style résolument soul, nourri d’influences à la Nina Simone, témoigne de la volonté de l’artiste d’inscrire la musique populaire dans une modernité sensible, sans jamais renier ses racines. Entre piano feutré et nappes vocales intenses, cette fusion entre patrimoine et contemporanéité a été accueillie avec ferveur par une assistance conquise.
Moment fort de la soirée, Lektab (Le Livre) a permis à la chanteuse de dévoiler un pan plus personnel de son univers. À travers ce titre, elle rend hommage à la lecture et à l’écriture, qu’elle considère comme des fondements essentiels de son identité artistique. Le morceau, porté par une orchestration sobre et des paroles ciselées, exprime avec force une démarche intellectuelle assumée, où la création musicale est indissociable d’une parole pensée et engagée.
Mais au-delà de la voix, c’est toute une posture scénique que Soukaina Fahsi a su imposer avec justesse. Vêtue d’un ensemble mêlant élégance contemporaine et références aux tissus et coupes traditionnels marocains, elle a affirmé une esthétique profondément ancrée dans la culture du pays, tout en se projetant dans une expression universelle. Cette cohérence entre le fond et la forme, entre le chant et le geste, a conféré à la performance une intensité rare.
La fin du concert a vu l’artiste élargir encore son répertoire d’influences, en intégrant des sonorités hassanies et gnawa dans Ya Oualfi, avant de conclure magistralement par Joudia et Kharboucha, deux titres qui incarnent la diversité et la richesse des musiques marocaines. La scène de Chellah, chargée d’histoire et de spiritualité, s’est alors muée en théâtre d’une célébration sensible et poétique, où se sont rencontrées la mémoire, l’émotion et la voix d’une artiste singulière.
Par cette prestation à la fois profonde, engagée et lumineuse, Soukaina Fahsi s’est imposée comme l’une des voix majeures de la scène musicale marocaine contemporaine. Une voix qui, au-delà de la musique, interroge, relie et élève.
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