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Le bloc notes de la rédaction

Mawazine 2026 : Macy Gray envoûte le Théâtre National Mohammed V avec une prestation vibrante entre soul, R&B et émotion
Concert

Mawazine : Macy Gray, magicienne de la soul, ensorcelle le Théâtre Mohammed V

21.06.2026 à 15 H 27 • Mis à jour le 21.06.2026 à 15 H 27 • Temps de lecture : 4 minutes
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La diva américaine à la voix éraillée a livré samedi soir, sur la scène du Théâtre National Mohammed V de Rabat, l'une des grandes soirées jazz de la 21e édition du Festival Mawazine-Rythmes du Monde (19-27 juin). Une heure et demie d'émotion brute, de groove et de reprises audacieuses, où l'icône de Canton a rappelé qu'aucune chanson ne sort indemne de sa tessiture singulière

Il est des concerts qui ne se racontent pas, qui se vivent. Celui de Macy Gray, samedi soir à Rabat, appartient à cette catégorie rare. Devant un Théâtre National Mohammed V comble, venu en masse célébrer une figure majeure de la musique contemporaine, la chanteuse américaine a déroulé un répertoire savamment orchestré, mêlant la nostalgie d'un répertoire devenu patrimonial à une énergie débordante, presque juvénile. Le pari d'une soirée d'exception était tenu avant même le rappel.


L'entame, d'emblée, donne le ton. L'artiste enchaîne les titres phares — « Witness », « Thinking of You », l'irrésistible « Do Something » ou encore « Why Didn't You Call Me » — sans temps mort, portée par une formation au cordeau et par cette aisance scénique que seules confèrent trois décennies de planches. La salle, conquise, bascule très tôt dans une communion qui ne se démentira plus.


« Creep » ou l'art de la métamorphose

Le sommet de la soirée surgit là où on l'attendait le moins. Lorsque montent les premières notes de « Creep  », reprise du tout premier single du groupe de rock britannique Radiohead, un frisson parcourt la salle. Sous la tessiture unique de Macy Gray, le spleen adolescent de la chanson originelle se mue en confession soul, à la fois plus charnelle et plus déchirante. La reprise, audacieuse, dit tout de l'artiste : sa capacité à s'approprier le répertoire des autres pour en révéler une vérité insoupçonnée.


Ce talent pour la relecture n'a rien d'un hasard. Macy Gray en a fait, au fil des albums, une signature à part entière, d'un hommage à Stevie Wonder à une relecture de Bob Marley. Son actualité la plus récente le confirme : son nouvel album à paraître, Love Songs for Big Hearts and Robots, est lui-même une collection de chansons d'amour réinventées, dont le premier extrait revisite « No One » d'Alicia Keys. À Rabat, « Creep  » fonctionnait comme le condensé vivant de cette esthétique : prendre un classique, le démonter, et le rendre méconnaissable de beauté.


Une présence magnétique, un univers singulier

Voix immédiatement reconnaissable, au timbre éraillé caractéristique, présence magnétique : Macy Gray a imposé sur la scène prestigieuse de la capitale un univers profondément singulier, qui n'appartient qu'à elle. Tout au long de la soirée, l'artiste a oscillé avec une aisance saisissante entre émotion brute, groove rythmé et élégance vocale, refusant de se laisser enfermer dans un registre unique.


C'est précisément cette plasticité qui fait sa rareté. Là où d'autres se contentent d'exécuter, Macy Gray habite chaque chanson, joue des silences et des ruptures, transforme une simple ballade en moment suspendu. La salle, debout par moments, retenait son souffle. Un moment rare et hors du temps, comme la chanteuse en a le secret.


Le voyage musical s'est achevé sur le rassembleur « Everybody  », hymne fédérateur lancé sous les acclamations nourries d'un auditoire véritablement subjugué par l'intensité de la performance. En quittant la scène, Macy Gray laissait derrière elle l'empreinte d'une générosité artistique exceptionnelle et la certitude, pour ceux qui y étaient, d'avoir assisté à l'un des moments forts de cette édition.


Une trajectoire à part dans la musique moderne

Originaire de Canton, dans l'Ohio, Macy Gray occupe une place singulière dans la musique moderne. Son timbre rauque, son esprit funk et une sensibilité qui traverse les genres l'ont, dès la fin des années 1990, installée à la croisée de la soul, du jazz, de la pop et du hip-hop, sans jamais qu'elle ne consente à choisir.


Depuis le succès de son premier album, How Life Is, certifié triple platine en 1999, elle a vendu plus de 33 millions d'albums dans le monde, remporté un Grammy Award ainsi que deux BRIT Awards, et multiplié les collaborations avec des artistes issus d'horizons radicalement différents, d'Ariana Grande à Galactic. Également actrice, elle a marqué le cinéma et la télévision, à travers ses apparitions dans Training Day, For Colored Girls ou encore la série Fuller House.


En 2026, son actualité se prolonge avec une tournée accompagnant la sortie annoncée de Love Songs for Big Hearts and Robots, son nouvel album. À Rabat, le public de Mawazine aura eu le privilège d'en saisir l'esprit avant l'heure : celui d'une artiste qui, à plus de vingt-cinq ans de carrière, n'a rien perdu de son appétit de réinvention.

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