Le bloc notes de la rédaction
Gülay Hacer : la voix de l’Anatolie s’élève à Chellah
Dès les premières notes, la voix alto, vibrante et nuancée de Gülay Hacer Toruk a imposé le silence et l’émotion. Avec une intensité rare, elle a fait résonner les récits ancestraux de l’Anatolie, chantés en langue turque, en arabe ou en dialectes locaux, comme autant de fragments d’une mémoire vivante. Accompagnée par les musiciennes Lia Makar et Petra Nachtmanova, l’artiste a construit un pont sonore entre les époques, les territoires et les cultures, tissant une trame musicale sensible, ancrée dans les traditions tout en s’ouvrant à la modernité.
Au fil d’un répertoire soigneusement composé, le public a découvert ou redécouvert des pièces issues du patrimoine ancien, telles que Vardım Dostun Bahçesine, interprétée avec une profondeur spirituelle remarquable. Des chants mystiques, inspirés des traditions soufies, se sont mêlés à des poèmes d’amour au lyrisme incandescent, magnifiant la diversité du patrimoine vocal turc. Le tout porté par une présence scénique sobre et habitée, en parfaite osmose avec l’atmosphère intimiste et chargée d’histoire de Chellah.
Artiste complète, Gülay Hacer Toruk s’impose depuis plusieurs années comme une figure essentielle de la scène musicale méditerranéenne. Son engagement dans la préservation et la transmission des traditions vocales anatoliennes l’a conduite à collaborer avec des ensembles aussi variés que Tzane, Doulce Mémoire, le guitariste Titi Robin ou le prestigieux Metropole Orkest. Elle explore avec eux des passerelles inattendues entre musiques anciennes, improvisation contemporaine et rythmes orientaux.
Mais c’est aussi par son action pédagogique que l’artiste marque les esprits. Passionnée par la transmission, elle intervient régulièrement dans des institutions de renom, notamment à la Philharmonie de Paris, où elle enseigne les fondements du chant traditionnel turc et initie les nouvelles générations aux subtilités de cet art vocal millénaire.
La soirée de Chellah fut ainsi bien plus qu’un simple concert : un moment de communion autour d’une voix qui raconte, relie, et soigne. Une offrande musicale précieuse, à l’image de cette 20e édition de Mawazine – Rythmes du Monde, placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, qui a su faire dialoguer les plus grandes stars de la scène internationale avec les traditions les plus profondes des cultures du monde.
Dans ce cadre exceptionnel, Gülay Hacer Toruk a fait entendre l’âme de l’Anatolie. Et cette âme, ce soir-là, s’est mise à vibrer à l’unisson avec celle du public marocain.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
