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Le taux de chômage des 15–24 ans a bondi à 38,4 % au troisième trimestre, contre 35,8 % au trimestre précéden

n°1128.Croissance sans inclusion : la remontée du chômage révèle les limites du modèle d’emploi

10.11.2025 à 16 H 34 • Mis à jour le 10.11.2025 à 16 H 34 • Temps de lecture : 4 minutes
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Malgré la vigueur des investissements publics, la légère hausse du chômage au troisième trimestre souligne les limites d’un modèle de croissance fondé sur les infrastructures, incapable d’offrir des débouchés réels à une jeunesse urbaine de plus en plus diplômée

Le Maroc affiche depuis plusieurs années une trajectoire de croissance soutenue, portée par la commande publique, l’industrialisation progressive et l’essor du BTP. Mais derrière cette résilience, un constat persiste : le modèle de croissance peine à se traduire en emplois durables, en particulier pour les jeunes urbains instruits. La dernière note d’Oxford Economics illustre cette fragilité.


Une hausse modérée du chômage, mais révélatrice

Au troisième trimestre 2025, le taux de chômage global a atteint 13,1 %, contre 12,8 % au trimestre précédent. En glissement annuel, il demeure inférieur aux 13,6 % enregistrés en 2024. Ce léger rebond, dans un contexte de forte activité économique, interroge sur la capacité du tissu productif à créer des emplois à la hauteur du dynamisme de l’investissement public.


Selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) reprises par Oxford Economics, 167 000 emplois nets ont été créés sur un an, essentiellement dans les services (+94 000), la construction et les travaux publics (+90 000, dont 25 000 en zones rurales) et, dans une moindre mesure, l’industrie (+29 000). Le secteur agricole, en revanche, a perdu 47 000 postes.


Cette évolution traduit une mutation structurelle : les gains de productivité rurale réduisent la demande de main-d’œuvre agricole, poussant les populations vers les villes. Mais les secteurs capables d’absorber cette migration – services, BTP et industrie – restent eux-mêmes vulnérables aux cycles de financement public et aux aléas conjoncturels.


Le paradoxe d’une jeunesse éduquée en marge du marché

Là où le diagnostic devient plus préoccupant, c’est sur le terrain de l’emploi des jeunes. Le taux de chômage des 15–24 ans a bondi à 38,4 % au troisième trimestre, contre 35,8 % au trimestre précédent. À première vue, cette hausse s’explique par l’arrivée des diplômés sur le marché du travail. Mais elle souligne surtout un désajustement persistant entre la formation et les besoins économiques.


En milieu urbain, la situation est encore plus critique : 48,2 % des jeunes y sont sans emploi, un taux certes inférieur au pic de 50,3 % atteint en 2024, mais toujours parmi les plus élevés de la région. Quant au chômage des diplômés, il reste élevé à 19 %, révélant un marché du travail segmenté où les emplois disponibles – souvent peu qualifiés – ne correspondent pas aux aspirations ni aux compétences des jeunes sortis du système universitaire.


Oxford Economics y voit un facteur de risque politique majeur : « le nombre croissant de jeunes instruits mais sans emploi constitue un vivier de frustration sociale », prévient la note, rappelant le mouvement de contestation GenZ212 apparu récemment dans plusieurs villes du pays.


Un modèle de croissance extensif, non inclusif

Le paradoxe du marché de l’emploi marocain réside dans cette dissociation entre dynamisme macroéconomique et inclusion sociale. Le moteur de croissance reste avant tout tiré par l’investissement public et les chantiers d’infrastructure – autoroutes, ports, lignes ferroviaires, hôpitaux, stades ou logements sociaux – qui soutiennent la demande d’emploi dans le BTP et les services connexes.


Mais ces créations d’emplois sont souvent temporaires, à faible valeur ajoutée, et concentrées sur des profils non qualifiés. Les secteurs à plus forte intensité de savoir – industrie manufacturière de pointe, numérique, recherche et innovation – peinent encore à émerger à une échelle capable de transformer durablement le marché du travail.


En parallèle, le taux de participation à la population active a légèrement reculé à 43,3 %, signe que nombre de jeunes et de femmes se retirent du marché faute de perspectives.


Une tension entre productivité et inclusion

Pour Oxford Economics, la situation actuelle est typique d’une économie en phase de maturation : la productivité augmente, l’agriculture se modernise, les infrastructures s’étendent – mais la redistribution des gains de croissance reste incomplète. Le défi, selon l’analyse, n’est plus tant de créer de l’emploi que de créer le bon emploi : qualifié, durable et socialement valorisant.


Ce déséquilibre structurel menace à terme la stabilité du modèle marocain. Car si la croissance continue d’être alimentée par des investissements d’État massifs, elle ne peut compenser indéfiniment le déficit d’opportunités pour une jeunesse urbaine de plus en plus formée et connectée. La note conclut d’ailleurs sans détour : « Le Maroc ne manque pas de croissance, il manque de débouchés à la hauteur de son capital humain. »


La tendance signale la fin d’un cycle où la dépense publique suffisait à soutenir l’emploi. Pour transformer cette croissance en inclusion, le Maroc devra repenser son modèle productif, en misant sur la diversification industrielle, l’innovation et la montée en compétences. Sans cela, la jeunesse urbaine diplômée, moteur potentiel du développement, risque de devenir son talon d’Achille.

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