FootballCAN 2025 : accroché par le Mali, le Maroc désormais contraint de revoir sa tactique de jeu
Dans l'enceinte du Stade Prince Moulay Abdellah devant plus de 63 000 spectateurs, les Lions de l'Atlas n'ont pu faire mieux qu'un match nul face au Mali ce vendredi soir lors de la deuxième journée de la CAN 2025. Ce résultat de parité, scellé par deux penalties, repousse la qualification marocaine pour les huitièmes de finale au dernier match de poules contre la Zambie. Au-delà de la déception du score, cette prestation mitigée soulève des interrogations sur les choix tactiques et la prévisibilité du jeu marocain.
Si l'objectif reste de soulever le trophée continental à domicile, le Maroc devra impérativement reconsidérer son animation offensive et trouver des solutions pour surprendre des adversaires qui semblent désormais avoir déchiffré le code tactique de Walid Regragui. Sans une remise en question profonde de son approche du jeu, le rêve de titre pourrait rapidement tourner au cauchemar pour l’équipe nationale.
Un scénario identique pour les deux équipes
La rencontre a basculé sur deux phases de jeu similaires qui ont chacune donné lieu à un penalty. Juste avant la mi-temps, Brahim Diaz a ouvert le score pour le Maroc après une main du défenseur malien Gassam dans la surface. La superstar du Real Madrid a parfaitement exécuté son tir en trompant le gardien Djigui Diarra d'une frappe croisée. L'avantage marocain n'aura cependant duré qu'une vingtaine de minutes après la reprise. Une faute de Jawad El Yamiq sur Lassine Sinayoko dans la surface a offert au Mali l'occasion d'égaliser, ce que l'attaquant s'est empressé de faire malgré la bonne intuition de Yassine Bounou.
Une domination stérile qui interroge
Walid Regragui n'avait effectué que deux changements dans son onze de départ par rapport au match d'ouverture victorieux face aux Comores. El Yamiq remplaçait le blessé Romain Saïss tandis qu'Ayoub El Kaabi débutait en pointe aux dépens de Rahimi. Les hommes du sélectionneur marocain ont largement dominé les débats avec plus de 60 % de possession, créant plusieurs occasions franches dont une tentative de Saibari à bout portant repoussée par le gardien malien dès la 17ème minute et une tête d'El Kaabi en début de seconde période alors qu'il se trouvait à deux mètres du but.
Cette ultra-domination ne s'est toutefois pas concrétisée par la victoire espérée. Face à une équipe malienne très physique et bien organisée défensivement, les Lions de l'Atlas ont manqué d'efficacité dans les moments clés. Les Aigles du Mali ont répondu présents dans les duels et ont su profiter de leur unique opportunité franche pour arracher le nul. Plus inquiétant encore, le jeu marocain est apparu prévisible et stéréotypé, permettant aux Maliens de s'organiser efficacement en milieu de terrain pour étouffer les velléités offensives des Lions de l'Atlas et tenter de se projeter en avant.
Des carences tactiques qui se confirment
Les observateurs n'ont pas manqué de pointer du doigt les limites tactiques de Walid Regragui lors de cette rencontre. Le sélectionneur marocain n'a pas su apporter les ajustements nécessaires pour contourner le dispositif défensif malien. Le Maroc a multiplié les tentatives par les ailes et les centres, mais sans véritable variation dans le jeu, rendant les intentions marocaines trop lisibles pour l'adversaire. Cette prévisibilité constitue un véritable problème pour une équipe qui aspire à remporter le trophée continental à domicile.
Le manque d'alternatives tactiques s'est particulièrement fait sentir en seconde période lorsque le Mali a resserré les rangs après l'égalisation. Les Lions de l'Atlas ont continué à jouer de la même manière sans chercher à surprendre leur adversaire par des combinaisons différentes ou des changements de rythme plus marqués. Cette monotonie dans l'animation offensive a permis aux Maliens de gérer la fin de match avec une relative sérénité et une bonne dose d’antijeu exaspérante et ce malgré la pression exercée par le Maroc.
Un jeu devenu trop prévisible
Au-delà de ce match contre le Mali, c'est toute la philosophie de jeu du Maroc qui commence à susciter des interrogations. Les adversaires semblent avoir trouvé la recette pour neutraliser les Lions de l'Atlas, que ce soit en évoluant en bloc bas comme l'ont fait les Maliens ou en montant en bloc haut pour presser les relances marocaines. La circulation du ballon, bien que maîtrisée, manque de percussion et d'imprévisibilité pour déstabiliser des défenses bien en place.
Les mouvements offensifs deviennent répétitifs et les adversaires anticipent désormais les schémas de jeu privilégiés par Regragui. Le recours quasi systématique aux montées de Mazraoui et Salah-Eddine sur les côtés, combiné à l'absence d'un véritable jeu en profondeur, permet aux équipes adverses de se repositionner facilement et de colmater les brèches. Cette lisibilité du jeu marocain représente un handicap majeur alors que la compétition va monter en intensité avec l'approche de la phase à élimination directe.
En manque de créativité et de percussion, le Maroc se retrouve désarmé et peine à créer des décalages. Les tentatives de percées individuelles de Brahim Diaz, bien que spectaculaires, ne suffisent pas à compenser l'absence d'une véritable stratégie collective pour désorganiser les défenses regroupées. De même, lorsque les adversaires choisissent de monter en bloc haut pour étouffer la construction marocaine, les Lions de l'Atlas manquent de solutions pour contourner le pressing et exploiter les espaces laissés dans le dos de la défense adverse.
Les non-dits du sélectionneur national
En conférence de presse, Walid Regragui n'a pas caché sa frustration tout en relativisant l'importance de ce résultat. Le technicien marocain a reconnu que son équipe devait être plus efficace dans ce genre de confrontation serrée et a admis que ses joueurs s'étaient trop exposés en fin de rencontre. Le sélectionneur a néanmoins salué l'intensité déployée par ses hommes et considère que cette alerte en phase de poules servira pour la suite de la compétition. Il a également souligné que cela faisait longtemps que l'équipe n'avait pas été poussée dans ses retranchements de cette manière.
Regragui a toutefois évité d'aborder frontalement les questions tactiques dont celle relative au choix des titulaires et des changements perçus comme aléatoires, préférant insister sur l'aspect mental et la nécessité pour son groupe de repartir à zéro après cette série de victoires interrompue. Cette posture pourrait inquiéter les supporters marocains qui espèrent voir leur sélectionneur apporter des solutions concrètes aux problèmes observés face au Mali. Le technicien a simplement indiqué que l'équipe allait monter en puissance, sans préciser les ajustements envisagés pour rendre le jeu des Lions de l'Atlas moins évident.
Les réactions du vestiaire marocain
Neil El Aynaoui, désigné homme du match malgré le résultat décevant, s'est également montré très déçu du résultat obtenu. Le milieu de terrain de l'AS Rome a souligné la nécessité de trouver des solutions pour créer davantage d'occasions et marquer des buts face à ce type d'adversaire que le Maroc rencontrera régulièrement dans cette CAN organisée à domicile. Son coéquipier Azzedine Ounahi a pointé du doigt la deuxième période durant laquelle l'équipe a arrêté de jouer son football et s'est contentée de suivre les initiatives maliennes, perdant ainsi le fil du match et permettant aux Aigles de reprendre confiance.
Romain Saïss, présent sur le banc en raison de sa blessure, a tenté de relativiser en soulignant que le destin du Maroc restait entre ses mains. Le défenseur expérimenté a qualifié ce résultat de petite alerte qui arrive au bon moment, en phase de poules plutôt qu'en phase finale. Anass Salah-Eddine a pour sa part reconnu la difficulté de la rencontre face à des joueurs maliens très forts physiquement et a regretté le manque de concrétisation des occasions créées.
Le jeune Eliesse Ben Seghir a quant à lui balayé les interrogations sur le statut de favori du Maroc en affirmant la confiance du groupe et la détermination à continuer de travailler dur pour ne laisser aucune chance aux adversaires. Le joueur de l'AS Monaco a insisté sur la cohésion familiale du groupe et la qualité des joueurs à disposition, refusant de laisser les critiques extérieures affecter le moral des troupes. Cette déclaration illustre néanmoins une forme de repli sur soi des Lions de l’Atlas qui pourrait empêcher une remise en question nécessaire des méthodes de jeu.
La polémique arbitrale côté malien
Du côté du Mali, le sélectionneur Tom Saintfiet s'est déclaré fier de la prestation de ses joueurs qui ont tenu tête au favori marocain devant son public. Le technicien belge a toutefois vertement critiqué les décisions de l'arbitre camerounais, contestant le penalty accordé au Maroc et affirmant que son équipe s'était vu injustement refuser un second penalty pour une main de Nayef Aguerd qu’il juge évidente. Malgré cette frustration, Saintfiet a salué le caractère de ses joueurs et reconnu la difficulté de jouer face à une équipe de la qualité du Maroc dans son stade.
Le sélectionneur malien a par ailleurs souligné la qualité de la stratégie mise en place par son staff, qui a permis de neutraliser les points forts du Maroc. Cette analyse conforte l'idée que le jeu des Lions de l'Atlas devient trop lisible et que les adversaires parviennent désormais à élaborer des plans tactiques efficaces pour contrer les ambitions marocaines. Saintfiet a même laissé entendre que le Mali visait la victoire avant le coup d'envoi, preuve que les Aigles ne redoutaient pas outre mesure le dispositif marocain.
Un dernier match décisif contre la Zambie
Avec quatre points au compteur, le Maroc conserve la première place du groupe A devant la Zambie et le Mali qui comptent chacun deux points. Les Comores ferment la marche avec une seule unité. Tout reste donc possible avant la dernière journée où les Lions de l'Atlas affronteront la Zambie lundi soir au Stade Prince Moulay Abdellah. Une victoire ou même un match nul suffirait au Maroc pour valider sa qualification en huitièmes de finale et terminer en tête de son groupe, garantissant ainsi de continuer à jouer à Rabat.
Cette rencontre face aux Chipolopolos zambiens s'annonce toutefois délicate si le Maroc reproduit la même prestation que contre le Mali. La Zambie, qui compte également deux points, aura à cœur de créer la surprise et de compliquer la tâche du pays hôte. Walid Regragui devra impérativement trouver des solutions pour varier le jeu de son équipe et éviter de tomber dans les mêmes travers que vendredi soir. L'enjeu est de taille puisque terminer premier du groupe permettrait d'éviter les grosses cylindrées du tournoi jusqu'en demi-finale.
L'espoir demeure également du côté d'Achraf Hakimi dont le retour est attendu pour ce match crucial. Walid Regragui s'est montré optimiste quant à la participation de son capitaine, expliquant qu'il avait préféré ne pas prendre de risques face au Mali mais que le latéral du Paris Saint-Germain serait prêt pour débuter ou entrer en cours de rencontre contre les Chipolopolos. La présence d'Hakimi pourrait apporter un surplus de créativité sur le flanc droit et offrir enfin cette variété qui fait tant défaut au jeu marocain. Son retour pourrait également permettre à Regragui de modifier son dispositif tactique et de surprendre un adversaire zambien qui aura étudié avec attention les deux premières sorties des Lions de l'Atlas.
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