n°1181.Crise d’Ormuz : Tanger-Med davantage affecté que gagnant
Depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l'Iran le 28 février, le détroit d'Ormuz est entré dans une phase de fortes perturbations sécuritaires. Les Gardiens de la Révolution iraniens en ont revendiqué le « contrôle total », et le secteur maritime l'a classé « zone d'opérations de guerre ». L'attaque du navire Safeen Prestige a précipité le retrait ou la forte hausse des couvertures d'assurance « risque de guerre » par certains assureurs, rendant le passage beaucoup plus risqué pour les armateurs commerciaux.
Les cinq plus grands armateurs mondiaux – MSC, Maersk, CMA CGM, Cosco et Hapag-Lloyd – ont tous suspendu certaines escales ou adapté leurs rotations. Plus d'une centaine de navires se sont retrouvés à l'ancre ou en stand-by autour du détroit, en attendant des conditions de navigation plus sûres. Le contournement par le cap de Bonne-Espérance, déjà la norme depuis la crise de la mer Rouge, est redevenu l'une des routes alternatives. Ce détour ajoute 10 à 15 jours de mer sur les axes Asie-Europe et, combiné au phénomène de « vessel bunching » dans les hubs de transbordement asiatiques, le délai total peut s’allonger plusieurs semaines supplémentaires.
Les conséquences financières sont lourdes : les taux d'affrètement des supertankers ont franchi ponctuellement 400 000 dollars par jour (contre 150 000 à 200 000 en temps normal), le baril de Brent a significativement augmenté – de 10 à 23 % selon les sources et les dates de référence retenues –, et les primes d'assurance ont explosé sur certaines destinations.
C'est dans ce contexte que Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM, a détaillé au quotidien français Le Figaro la riposte logistique de son groupe : décharger les marchandises venues d'Asie au port de Khor Fakkan (Charjah), aux Émirats arabes unis, situé juste avant le détroit sur la côte du golfe d'Oman, puis acheminer les produits par train et par camion vers le Qatar, Bahreïn, le Koweït et les autres pays du Golfe. Il a fait état d'une quinzaine de navires bloqués à l'entrée du détroit. Selon les informations publiées par CMA CGM sur son site internet le 6 mars, 14 porte-conteneurs sont immobilisés dans le Golfe arabo-persique, parmi lesquels le Gregos, le San Antonio, l'Everglade, le Saigon et le Galapagos, et 7 autres ne parviennent pas à y entrer.
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