Présidence de l’ASMEX : Sonia Mezzour, candidate sous le feu des questions
Candidate à la présidence de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), dont l’élection est prévue le 23 juin, Sonia Mezzour a accordé un entretien au Desk. Vice-présidente sortante de l’institution, ingénieure diplômée de l’École polytechnique de Zurich et titulaire d’un master de Harvard, elle dirige aujourd’hui Oversea, un cabinet spécialisé dans le financement et l’investissement entre le Maroc, l’Europe et l’Afrique. Elle est aussi la sœur de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, alors que l’ASMEX relève de la tutelle du Commerce extérieur, rattaché au ministère de son frère.
À quelques jours du vote, l’ASMEX est traversée par une controverse interne. Le président sortant a convoqué une assemblée générale extraordinaire, prévue le 22 juin, pour amender les statuts et redéfinir le critère d’« exportateur avéré » conditionnant l’éligibilité à la présidence. Pour Sonia Mezzour, candidate à la présidence de l’ASMEX, le fond de la démarche n’est pas en cause, mais le calendrier l’est. « Il est tout à fait normal qu’une organisation comme l’ASMEX veuille renforcer sa gouvernance », concède-t-elle, avant d’ajouter : « Maintenant le timing n’y est pas. Il est important qu’un processus électoral déjà enclenché puisse être mené à son terme. »
Sur la question de la rétroactivité, plusieurs administrateurs estiment qu’un texte adopté le 22 juin ne saurait régir un scrutin prévu le lendemain. Sonia Mezzour partage cette analyse sans réserve : « Il est aujourd’hui extrêmement important pour la crédibilité et la réputation de l’ASMEX qu’un processus engagé selon les règles en vigueur puisse être mené à bien dans la sérénité. »
La question de sa propre éligibilité est au cœur de la polémique. Son profil, celui d’une ingénieure passée par la haute fonction publique et aujourd’hui à la tête d’un cabinet de conseil, peut difficilement se confondre avec celui d’un exportateur au sens classique du terme. Interrogée sur ce point, elle renvoie à la décision des instances de l’association : « Cette question a été déjà adressée par les instances de gouvernance concernées, puisque ma candidature a été validée par le bureau exécutif et le conseil d’administration. »
Elle défend par ailleurs une conception élargie de l’export : « La notion d’export a largement évolué. L’export à connotation de bien uniquement est largement dépassé. Aujourd’hui, on parle de chaîne de valeur de l’export, qui comprend les services, le financement international, les garanties, l’assurance crédit export, la logistique digitalisée, la décarbonation. » Elle cite également ses opérations transfrontalières, son passage comme représentante du Maroc à l’ONU et à la Chambre de commerce internationale de Paris, et son mandat d’administrateur indépendant dans une entreprise cotée.
Le point de friction le plus sensible de sa candidature tient à sa parenté avec le ministre Ryad Mezzour. L’ASMEX est censée représenter les exportateurs face aux pouvoirs publics, y compris face au ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. La candidate assume le lien familial sans détour : « Je suis la sœur de Ryad Mezzour et j’en suis très fière. » Elle rappelle toutefois que l’ASMEX est une organisation patronale, « indépendante par définition » et « sous la tutelle d’aucune structure même étatique ».
Elle dit avoir pris des précautions dès son mandat de vice-présidente : « J’ai toujours évité d’être présente aux réunions présidées par monsieur le ministre du commerce et de l’industrie. » Et d’assurer qu’en cas d’élection, elle mettrait en place « des mécanismes de déport pour préserver la neutralité ».
Deux lectures s’affrontent pourtant sur ce dossier. Certains voient dans une présidence proche du ministre un levier d’influence précieux pour l’association. D’autres y lisent un risque de vassalisation d’une institution dont le rôle est précisément de peser sur les politiques publiques. Sonia Mezzour, sans trancher entre les deux, insiste sur la vocation de l’ASMEX à être « force de proposition auprès du gouvernement ».
Sur le fond, la candidate articule son programme autour de trois axes. Le premier est financier : elle plaide pour un meilleur accès des PME aux marchés de capitaux, pour le renforcement de la SMAEX en agence de crédit export, et pour la création à terme d’une banque Exim marocaine. « La Suisse, qui a quatre fois moins d’habitants, exporte dix fois plus que le Maroc et autant que tous les produits manufacturés du continent africain », avance-t-elle pour illustrer le retard à combler.
Son deuxième axe porte sur la gouvernance interne de l’ASMEX : mandature raccourcie, vice-présidence générale, commissions thématiques actives. Le troisième cible les défis réglementaires liés à l’Union européenne, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et le projet « Made in Europe », qu’elle juge susceptibles de peser lourdement sur les exportateurs marocains.
À l’adresse des membres appelés à voter le 23 juin, elle a conclu : « Je pense que je peux apporter une pierre à l’édifice dans la construction d’un Maroc meilleur, et je pense que vous voteriez aussi pour la première femme présidente de l’ASMEX en 44 années d’existence. »
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