GamingLe Maroc fait son entrée à la Gamescom avec dix startups et une stratégie d’attraction d’investisseurs
L’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) et le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication ont annoncé la participation officielle du Maroc à la Gamescom 2026, prévue du 26 au 30 août à Cologne, en Allemagne. C’est une première : le Royaume n’avait jusqu’ici jamais disposé d’un pavillon national dans ce salon, qui rassemble chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs et représente la principale plateforme mondiale de l’industrie du jeu vidéo.
Le pavillon marocain accueillera dix entreprises. Neuf d’entre elles sont des startups issues du programme « Video Game Incubator », lancé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication en partenariat avec l’ambassade de France au Maroc. La dixième est la lauréate du « Challenge Startup Gamification by Inwi & MJCC », organisé en marge de la troisième édition du Morocco Gaming Expo. La sélection reflète une filière encore émergente mais structurée autour de dispositifs d’appui publics et de partenariats avec des acteurs privés.
La participation marocaine à la Gamescom vise à attirer des investisseurs étrangers, notamment des studios de développement, en s’appuyant sur plusieurs atouts comparatifs. Sur le plan des coûts, le Maroc se positionne à environ 30 % du niveau salarial américain et 50 % du niveau canadien, avec un coût homme/mois estimé à 2 651 dollars selon des données du cabinet fDi Benchmark (Financial Times, 2024), contre 8 755 dollars aux États-Unis et 6 057 dollars au Canada. Sur le plan de la connectivité horaire, le fuseau UTC+1 est présenté comme un avantage sur les destinations asiatiques pour les studios européens.
Le profil démographique est également mis en avant : âge médian de 29 ans, 180 000 diplômés universitaires par an, 42 % de femmes parmi les ingénieurs, et un objectif gouvernemental de porter le nombre de diplômés du numérique de 8 000 à 22 500 par an d’ici 2027. Deux programmes de formation dédiés au gaming, basés à Rabat et d’une durée de dix mois, forment des profils spécialisés, de l’animation au game design en passant par la programmation.
Rabat Gaming City, le projet phare d’un écosystème encore à construire
Le dossier de promotion met en particulier en avant le projet « Rabat Gaming City », une zone dédiée à l’industrie du jeu vidéo en cours de développement dans la capitale, à proximité du pôle universitaire. Le projet prévoit des espaces de travail, des centres de formation et de R&D, ainsi qu’une infrastructure numérique de haut niveau. L’incitation fiscale est significative : exonération totale d’impôt sur les sociétés pendant cinq ans, suivie d’une réduction de 56 % à partir de la sixième année, bonus d’investissement jusqu’à 30 % des dépenses en capital, et prise en charge partielle des salaires des expatriés pendant 18 mois.
Ces dispositifs s’inscrivent dans le cadre plus large du positionnement du Maroc comme deuxième plateforme africaine d’externalisation informatique, derrière l’Afrique du Sud selon l’indice AT Kearney, et premier réseau télécoms en Afrique du Nord. L’industrie IT et outsourcing représente 1,8 milliard de dollars de revenus à l’export en 2023, pour plus de 141 000 emplois permanents et 1 200 entreprises actives. Le gaming, secteur à forte composante créative et technologique, est présenté comme un prolongement naturel de cette infrastructure existante.
La participation à la Gamescom constitue néanmoins une opportunité stratégique de validation et de visibilité internationale pour un écosystème dont la majorité des acteurs sont des structures jeunes et de petite taille. Le saut d’échelle entre l’incubation locale et la compétition sur un marché mondial dominé par des studios disposant de ressources sans commune mesure restera le défi central de la filière marocaine du jeu vidéo.
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