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Le bloc notes de la rédaction

Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française de l'Éducation nationale et présidente de France Terre d'Asile, lors de leur échange au Forum des droits humais d'Essaouira, le 26 juin 2026.
Festival

Forum des droits humains d’Essaouira : une 13ème édition dédiée à la jeunesse

26.06.2026 à 18 H 00 • Mis à jour le 26.06.2026 à 18 H 00 • Temps de lecture : 6 minutes
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En marge de la 27e édition du Festival Gnaoua et musiques du monde d'Essaouira, qui se tient jusqu'au 27 juin dans la cité des Alizés, le désormais traditionnel Forum des droits humains a rassemblé un large public et de nombreuses personnalités autour du thème « Jeunesse du monde – Liberté, identité, avenir ». Tour d'horizon de la journée inaugurale

Le lendemain de la soirée d'ouverture de la 27e édition du Festival Gnaoua et musiques du monde d'Essaouira – et malgré une nuit écourtée pour certains –, le public est venu nombreux se presser dans l'un des hôtels de la ville pour la première journée du Forum des droits humains d'Essaouira, qui tenait là sa 13e édition. Organisé conjointement par le festival et le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), ce rendez-vous, « le plus démocratique du Maroc  », selon les mots de Driss El Yazami, président de l'institution dédiée à la diaspora marocaine, a de nouveau suscité l'engouement.


Le public, hétéroclite, s'est réparti entre la salle de conférence et l'espace avec écran géant installé à l'extérieur. Il a suivi la prise de parole inaugurale de Neila Tazi, fondatrice et productrice du Festival d'Essaouira, qui a expliqué le choix de la thématique de cette année : « Jeunesse du monde – Liberté, identité, avenir ». Face aux incertitudes mondiales, entre réchauffement climatique, intensification des conflits, précarité et révolution numérique, elle a affirmé que les jeunes doivent aujourd'hui reconstruire leur avenir. Elle insiste sur le fait qu'« il n'y a pas de jeunesse sans liberté  », condition sine qua non pour « s'inventer un chemin  ».


L’identité, « une construction vivante »

Pour elle, l'identité est « une construction vivante  », nourrie par les racines et les choix personnels, dans un monde où l'avenir « n'est plus une promesse qui va de soi  » face aux crises successives. Elle a également fait le lien avec les valeurs portées par le festival, en particulier l'idée que tradition et modernité ne s'opposent pas, mais peuvent dialoguer : « Les jeunes n'ont pas à choisir entre l'enracinement et l'ouverture  », a-t-elle ajouté, estimant que cette approche justifie l’adhésion et l'attachement d'un public largement composé de jeunes.


Driss El Yazami lui a ensuite succédé au micro pour défendre le choix d'une thématique qui peut apparaître « éculée  », mais qui est et sera « toujours d'actualité  ». Le président du CCME a aussi mis en garde contre le risque de mettre tous les jeunes « dans le même panier  » : « Il existe en réalité plusieurs jeunesses, tous n'ont pas le même rêve, et tous ne partent pas sur un même pied d'égalité. » La matinée s'est poursuivie par une leçon inaugurale dispensée par Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais à la renommée internationale.


Professeur émérite à l'Université américaine de Columbia, il a expliqué la nécessité d'une « approche transversale et pluridisciplinaire  » dans une vision universelle d'un monde où la jeunesse est de plus en plus connectée. Le Forum a par la suite laissé place à un format inédit : une conversation entre deux personnalités incarnant un visage institutionnel de la culture. Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française de l'Éducation nationale et présidente de France Terre d'Asile, ont partagé leurs expériences personnelles et débattu des enjeux communs pour les jeunesses du monde.


Un appel à l'engagement politique des jeunes

Les deux intervenants sont revenus sur leur engagement précoce en politique, soulignant à la fois la difficulté de s'imposer dans ce milieu plutôt conservateur, et la nécessité pour les jeunes militants de s'engager au sein des partis pour porter la voix de leur génération. À l'évocation des contestations menées par le mouvement Gen Z 212 à l'automne 2025, sujet en toile de fond du forum, Bensaïd a rappelé la nécessité de nouer le dialogue avec les jeunes et en a profité pour évoquer la création par sa formation politique, le Parti Authenticité et Modernité (PAM, majorité), d'une application mobile dédiée.


Interrogée par Le Desk après son intervention, l'ancienne ministre française a estimé de son côté « qu'il n'est jamais agréable pour les pouvoirs publics de voir la jeunesse descendre dans la rue  ». Elle considère toutefois que si les autorités « veulent bien regarder la réalité objectivement, celle d'une jeunesse qui se mobilise avec des mots d'ordre, pour réclamer une éducation de qualité et trouver une place dans la société, c'est plutôt une bonne nouvelle pour le pays. Car cela veut dire que sa jeunesse y croit encore, et qu'elle pense pouvoir s'adresser à ses pouvoirs publics pour qu'il soit fait droit à ces revendications  ».


Pour clore cette première journée du Forum, les organisateurs ont proposé une table ronde intitulée « Arts et Cultures : créer pour exister », explorant la culture comme espace de transmission intergénérationnelle et la création comme langage universel. La scène y a été envisagée comme une agora moderne, capable de relier les continents par une parole commune. La cinéaste Asmae El Moudir a apporté sa vision sur le pouvoir de l'image et le devoir de mémoire, tandis que la journaliste et productrice Fatym Layachi a partagé son travail issu d'un documentaire bientôt diffusé sur les récents mouvements sociaux au Maroc.


La création, une manière d'exister

À leurs côtés, Fatima Ezzahra Aït Azouit, artisane originaire d'Essaouira et militante de la culture amazighe, a rappelé l'importance des savoir-faire ancestraux et leur valeur d’identifiant culturel. La réflexion s'est également enrichie des perspectives de l'artiste plasticien sénégalais Aliou Diack et de la romancière française Samira El Ayachi. Ensemble, ces intervenants ont invité les nouvelles générations à s'emparer pleinement de la création et de la « fabrication culturelle », présentant l'acte de créer comme une nécessité vitale, une manière d'exister, de témoigner et de participer à la construction d'un monde en devenir.


En guise de bilan, Driss El Yazami s’est réjoui de « l'engouement en termes d'assistance, de l'intérêt des médias, et de la prédisposition des invités qu'on sollicite, qui viennent sans hésitation  ». Quant à la pertinence du sujet choisi pour cette édition du forum, le président du CCME assume : « Au sortir des événements de la Gen Z 212, et malgré toute une série de rapports publiés ces dernières années sur la jeunesse marocaine, nous avons besoin d'en parler, surtout dans ce genre de cadre qui célèbre la culture. » La 13e édition du Forum des droits humains se poursuit le samedi 27 juin, et devrait de nouveau attirer un public aussi attentif qu'impliqué.

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Le Desk Culture